Ce monde devenu fou, la Reine Mère est partout

Je t’aime, tu m’aimes, nous nous aimons …
Un peu, beaucoup ou à la folie ? Passionnément …
En plein été sans climatisation, les nerfs s’échauffent.

Le monde devient-il complètement fou ?
Car la tension n’avait jamais été aussi Palpable,
Au sens figuré, mais aussi au sens Propre.

Monsieur Propre rend tout si propre que l’on peut se voir dedans

Tentons donc de nous voir dedans, afin d’y découvrir peut-être quelque chose.
Apparaît alors la Reine-mère qui s’adresse à son miroir magique :

Miroir, Ô mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle ?

Le miroir magique moderne, à la fois téléphone et Facebook.
Et les Mamas and Papas disaient dans I Wanna Be a Star

I wanna be photographed
Asked for my autograph

Je m’aime, tu t’aimes, nous nous détestons …
Un peu, beaucoup ou à la folie ? Passionnément …

Du J’aime dans l’attente d’en recevoir en retour,
L’amour numérique devenu une crypto-monnaie …

Alors, ces réseaux sociaux nous rendent-ils tous Reine-Mère ?

Prends garde au Loup

Prends garde à toi bel inconnu,
Un animal féroce est peut-être bien devant toi !
En effet, bien que n’en ayant ni l’air ni l’allure,
Planqué derrière mes yeux doux,
Et ce niais visage d’innocent,
Je suis bel et bien Loup,
Et toi ma prochaine victime …

Je t’aurai prévenu Petit Poucet,
Tu n’auras donc Rien à me reprocher …
Peut-être même te dirai-je que tu l’avais si bien cherché,
Que je n’ai Vraiment Pas pu m’en empêcher !
En effet, mon irrépressible nature finit toujours par m’emporter.
Je suis un Loup,
Dès lors, pourquoi donc Lutter ?
Autant plutôt en Profiter !

Prends garde surtout à ne point tenter de me sauver,
Tu ne serais que l’énième victime périssant par Bonté,
Qu’une simple ligne de plus sur un coeur desséché.
Ou bien serait-ce par Stupidité ?
Car je ne sais point faire la différence !
Sous ma cape de politesse se cache l’individualiste,
Dont les douces paroles sont des contes si bien tournés,
Que son propre conteur lui-même se laisse ensorceler !

Et si je déclare soudain être « Amoureux de la Vérité » ,
Méfie-toi …
Car le mensonge aura déjà commencé !
Tends bien l’oreille pour saisir
La petite voix de ton intuition étouffée,
Qui seule peut encore, éventuellement te sauver !

Toc ! Toc ! Toc !
— Qui est là ?
— Ouvrez-moi , je suis perdu
— Je n’en doute pas …
Mais que fais-tu en un si sombre lieu ?
— Je cherche où manger et passer la nuit.
Car je crains d’être dévoré tout entier par le Grand Méchant Loup des Bois.
A moins que je ne le souhaite ?
Quel sot, je ne sais plus !
— Bien t’en a pris,
Te voici désormais en sécurité,
Entre donc
Et mets toi bien tout à ton aise …

Et l’on relata l’histoire du Grand Méchant Loup des Bois …
Férocement dévoré par le gentil Petit Poucet !
D’où l’expression

N’est pas toujours Loup celui qu’on croit !

Indépendance de la Catalogne : Une chimère identitaire?

Aujourd’hui j’ai tout oublié et me lève d’un tout autre pied !
Ô père, pourquoi ai-je cette mine renfrognée ?

Exalté tu es, car le jour est pair !

Me voici soudain devenu Conformiste et Centraliste !

L’Espagne est Une et Indivisible !
Car l’union fait la force !
Puigdemont ! Tremble devant l’apocalypse qui gronde !
Et cesse donc tes clairons populistes !
Car ton plan B n’est que Broutille !
Par Toutatis, es-tu donc tombé sur la tête ?
Iras-tu jusqu’à détruire notre beauté cosmopolite ?

Il est bientôt minuit. Soudain, la tête me tourne …
Et je m’endors alors tout étourdi !

Aujourd’hui j’ai tout oublié et me lève d’un tout autre pied !
Ah mère, pourquoi suis-je plus déchaîné que la Méditerranée ?

Exalté tu es, car le jour est impair !

Me voici soudain devenu Insoumis et Indépendantiste !

Vive la Catalogne libre et indépendante !
Affranchie de l’injustice et de l’infamie !
Rajoy ! Ta dictature ne nous écrasera pas deux fois !
Nous résisterons à l’envahisseur espagnol !
Nous bâtirons une société juste, et vraiment démocratique !
Iras-tu jusqu’à détruire notre beauté cosmopolite ?

Il est bientôt minuit. Soudain, la tête me tourne …
Et je m’endors alors tout étourdi !

Cette nuit, je rêve d’un jeu d’échec sur le Guernica-Titanic.
Blanc et noir sont remplacés par des drapeaux.

  • Échec dit le roi : La Catalogne restera espagnole au XXIème siècle !
  • Échec répliquent les tours indépendantistes : La Catalogne sera indépendante au XXIème siècle !
  • 900 blessés catalans dit le fou Rajoy ? Mais que nenni !
  • Mais pourquoi ta loi ne s’applique-t’elle pas à ta corruption lui répliquent les tours indépendantistes ?
  • Le roi décroche et appelle Seat : Délocalisez-vous immédiatement de Catalogne !
  • Le fou Puigdemont réplique : Vous ne m’aurez pas! Je suis déjà en Belgique !
  • Mat ! En taule le gouvernement catalan s’exclame la reine juge !
  • Mat ! Jusqu’au bout nous irons s’écrient en coeur les indépendantistes !

L’equipage du Guernica-Titanic,
Prévenu de l’iceberg depuis 25 ans,
Accéléra graduellement jusqu’à l’impact.

Le Guernica-Titanic coula tragiquement.
L’enquête dira que leur ego les empêcha de virer de bord …
En effet, ils ne surent reconnaître leurs torts.

Surtout, ils avaient un goût fort prononcé pour la mort …
Des pingouins déclarèrent même avoir entendu des chants exaltés avant l’impact …

Je savoure une paella sur une terrasse.

Et dire que ce pourrait-être ma dernière …
Avec leurs enfantillages, ces abrutis finiront par nous faire entrer en guerre !

Pour le dessert, j’hésite entre crème catalane et torrijas, le pain perdu espagnol.
Tout bien réfléchi, je peux bien commander les deux …

Tant d’énergie dépensée pour de vulgaires drapeaux,
Quel gâchis inutile, je ne comprends pas.

Alors, je déguste mes desserts,
Essayant de ne point trop penser
À cette funeste supercherie identitaire.

La Marche du progrès : Une Chimère ?

Sous le règne de l’adrénaline,
Le coup d’éclat permanent est l’information en temps réel,
Tel un bruit de fond incessant infernal,
Plus c’est sensationnel mieux c’est.
L’homme est un média,
« Le média est un message »,
L’homme est donc un message,
Or il y a plus d’hommes que d’Idées selon Platon.

Sous le règne du stress,
Le coup d’état permanent est dirigé vers le cerveau,
Tel un faisceau constant et abrutissant.
Plus c’est fascinant mieux c’est.
Je fascine donc j’existe.
L’individu n’existe plus,
L’autre est mon spectateur,
Or, le spectateur c’est l’esclave du XXIème siècle.

Sous la doctrine du choc,
On agite, on secoue, on met KO l’individu, pour qu’il s’adapte.
On ne parle pas de la dérive oligarchique de la démocratie.
On n’évoque pas la perversité croissante d’un système destructeur,
On transforme pour progresser, comme si on allait de l’avant,
Et la marche vers le progrès prend des allures triomphale et heureuse.
Comme l’évoque « la marche des gens heureux » des Trois Ménestrels:

Quand nous passons main dans la main sous le ciel clair
On dit de nous « Les voilà les gens heureux »
Et nous allons droit devant nous et le cœur fier
Fiers d’être nous, très heureux d’être amoureux
Rien ne pourrait nous empêcher
De nous aimer

Ringardiser l’adversaire c’est l’ancrer dans ce passé figé,
L’envoyer dans les cordes car il est contre « le progrès »,
Alors que le présent est en mouvement.
On ne s’interroge pas si ce mouvement va en avant ou en arrière,
L’essentiel est bien d’être « En marche ».
Certaines âmes perdues soutiennent même que, pour aller de l’avant,
Il est parfois nécessaire de faire marche arrière, un argument qui laisse pantois …

Or, comme le disait Beaudelaire dans « Chacun sa Chimère » :

Je questionnai l’un de ces hommes, et je lui demandai où ils allaient ainsi. Il me répondit qu’il n’en savait rien, ni lui, ni les autres ; mais qu’évidemment ils allaient quelque part, puisqu’ils étaient poussés par un invincible besoin de marcher.
Chose curieuse à noter : aucun de ces voyageurs n’avait l’air irrité contre la bête féroce suspendue à son cou et collée à son dos ; on eût dit qu’il la considérait comme faisant partie de lui-même. Tous ces visages fatigués et sérieux ne témoignaient d’aucun désespoir ; sous la coupole spleenétique du ciel, les pieds plongés dans la poussière d’un sol aussi désolé que ce ciel, ils cheminaient avec la physionomie résignée de ceux qui sont condamnés à espérer toujours.

Un poème dont l’actualité reste incandescente…
Mais quelle est cette « bête féroce suspendue à son cou et collée à son dos » ?
Cette marche vers le progrès est-elle la condamnation à l’éternelle espérance ?
Ce progrès en est-il seulement un ?
Auquel cas, savons-nous seulement si nous vivrons mieux demain ?

Nous n’en savons rien car le futur est mouvant,
Telle une pièce de monnaie qui tournoie dans l’air.
Dès lors, à qui profite la Marche ? Ou bien serait-ce … le Crime ?
Est-ce donc la « marche des gens heureux » ?
Ou bien celle de « Chacun sa chimère » ?

Je n’en sais rien …
J’essaie de garder les yeux ouverts …
Et de ne pas céder aux sirènes rassurantes de cette croyance du progrès
Qui prend toutes les allures d’une nouvelle religion …
Ulysse! Aide-moi à rester éveillé dans cette tourmente !

La tragédie est-elle réelle ou seulement médiatique?

Le grand écart est atteint.
Jamais la réalité n’avait semblé si éloignée de la fiction.
Ou bien si proche?
On en doute…

Un coup d’oeil par la fenêtre …
Ciel est nuageux, tout est calme.
Un coup d’oeil sur Twitter,
L’apocalypse est pour demain, ou pour le 19 Février 2017.

Qu’en penser? Où est donc la réalité?
Le présent médiatique tragique va t’il se réaliser?
Ou s’agit-il simplement de la bonne vieille stratégie visant à occuper notre temps de cerveau disponible,
Et donc à réduire notre capacité à penser et à vivre aussi.

En attendant, que faire?
Stocker de l’eau et de la nourriture,
Ou se la couler douce?
Incroyable mais pourtant vrai, le doute est en ce moment permis!

Sur Oscar Wilde – Les poèmes en prose

Resumé

The Artiste: Il créa l’image du Plaisir fugace (qui ne dure qu’un instant) à partir de l’image de la Douleur éternelle (qui dure pour toujours)

The Doer of Good : Jésus a guéri un lépreux, un aveugle, et a pardonné une prostituée, ils vivent désormais une vie de jouissance. Il a ressuscité un jeune homme qui est désormais en pleurs. La vie est soit une jouissance continue, soit un fardeau désespérant, dont est absente toute spiritualité. Et Jésus ne représente plus rien.

The Disciple : Narcisse se noie dans l’étang où il admirait sa propre image. Mais l’étang est un personnage plus narcissique que Narcisse lui-même : Car il admirait sa propre beauté dans les yeux du jeune homme

The Master : Joseph d’Arimathie rencontre Jesus mourant. Joseph pleure mais sur le sort de Jésus sinon sur le sien car n’ayant pas été crucifié malgré tous les miracles qu’il a lui aussi accompli!

The House of Judgement : L’Homme est nu devant Dieu pour le jugement dernier. Dieu l’envoie en enfer mais l’Homme répond que c’est impossible car il n’a jamais cessé d’y vivre. Au ciel alors dit Dieu mais l’Homme réponde qu’il n’a jamais pu se l’imaginer. Dieu est impuissant et l’Homme est abandonné à lui-même.

Détail

Oscar Wilde s’est intéressé à un autre genre littéraire, le poème en prose, fondé
sur des recherches de cadences, d’images et de sonorités.

Le Français Aloysius Bertrand, auteur de Gaspard de la nuit (1842), en fut le
créateur, bien que l’on parlât, dès le 18e siècle, de « prose poétique », souvent
lyrique et empruntant à la poésie un certain nombre de procédés : assonances (répétition d’une ou plusieurs voyelles), allitérations (répétition d’une ou plusieurs consonnes), anaphores (répétition de mots ou de groupes de mots en début de phrase ou de vers), et métaphores (figure de style qui, par analogie, désigne une chose par une autre).

Pour sa part, Baudelaire, auteur de Petits poèmes en prose (1855-1869) définit
ce genre comme

« une prose poétique, musicale, sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s’adapter aux mouvements lyriques de l’âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience ».

Aussi Wilde publia-t-il à son tour ses propres Petits poèmes en prose qu’il fit paraître dans la Fortnightly Review en juillet 1894.
Ces poèmes sont au nombre de six, « L’artiste », « Le fauteur du bien », « Le disciple », « Le maître », « La maison du jugement » et « Le maître de sagesse ». Wilde, qui en était très satisfait, les décrivit à une amie, Adela Schuster, comme « de petites paraboles colorées qui vivent quelques instants dans une cellule de mon cerveau et qui le quittent pour aller battre la campagne ».

Dans le premier d’entre eux, « L’Artiste », Wilde met en scène un sculpteur désireux de « façonner l’image du Plaisir qui ne dure qu’un moment ».
Celui-ci part à la recherche d’un bloc de bronze ; « mais nulle part dans le monde
entier on ne put trouver aucun bronze, que le bronze de la statue de La Douleur qui dure pour toujours ».
En se servant d’« un grand four » et du bronze dont était faite l’effigie de la douleur éternelle, il crée alors l’effigie du plaisir fugace, issu de la douleur. Le four et le feu, en tant qu’instruments de la création, symbolisent certes le pouvoir de l’imagination, mais le poème laisse surtout entendre que souffrance et création sont liées. Cela explique que Wilde mentionne le poème dans De profundis, affirmant qu’il préfigure ce que seront les dernières années de sa vie.

« Le Fauteur du bien » est un autre exemple de cette relation sombre à l’existence. Le poème met en scène Jésus, jamais nommé. Celui-ci rencontre trois personnages débauchés. Lorsqu’il leur demande pourquoi ils mènent une telle existence, ils lui répondent que, puisqu’il les a guéris (le premier était lépreux, le second aveugle) ou qu’il leur a accordé son pardon (le troisième personnage, une prostituée, lui répond que « la voie où [elle] marche est agréable », cette voie étant celle de la prostitution), ils sont enchantés de leur vie de plaisir. Enfin, Jésus rencontre un jeune homme en pleurs. Il lui en demande la raison et le jeune homme lui répond : « J’étais mort autrefois et tu m’as fait lever d’entre les morts : que ferais-je d’autre que de pleurer ? ».
La vie est soit une jouissance continue, soit un fardeau désespérant, dont est absente toute spiritualité. Quant à Jésus, qui ne représente plus rien, il est désormais sans pouvoir et sans influence.

Ce même ton se retrouve dans les autres poèmes.
Dans « Le Disciple », l’inspiration est cette fois-ci païenne, le personnage central étant Narcisse. Selon la mythologie, insensible à l’amour d’Écho, des nymphes et des femmes, le jeune homme se penche au dessus d’un étang pour y admirer son image réfléchie. Amoureux de lui-même, il tombe et se noie. Mais Wilde subvertit le mythe grec en faisant de l’eau un personnage plus narcissique que Narcisse lui-même.
Pourquoi l’étang est-il si triste de la mort de Narcisse ? Parce qu’il admirait sa propre beauté dans les yeux du jeune homme ! Quoi de plus faux que l’échange amoureux, et qui aime qui, s’interroge Wilde.

De même, dans « Le maître », Joseph d’Arimathie rencontre un jeune homme en larmes, au corps déchiré par des épines. Toutefois, ce n’est pas sur Jésus crucifié qu’il pleure, mais sur lui-même, les miracles qu’il a accomplis valant bien, selon lui, ceux de Jésus, en fin de compte contesté dans sa légitimité.

Le même cynisme et la même ironie prévalent dans « La Maison du Jugement ». L’Homme, et non pas un homme, apparaît nu devant Dieu, qui lui annonce qu’en raison de ses nombreux péchés, il va l’envoyer en Enfer. L’Homme lui répond que c’est impossible. « Pourquoi ne puis-je t’envoyer en Enfer ? », lui demande Dieu. « Parce que je n’ai jamais cessé d’y vivre », réplique l’Homme. Il ira donc au Ciel. Mais l’Homme conteste l’idée et quand Dieu lui demande pourquoi, l’Homme lui répond : « Parce que jamais et nulle part je n’ai pu l’imaginer.» Dieu est impuissant et l’Homme, selon Wilde, est abandonné à lui-même. Certes, « Le maître de sagesse » se termine sur une rencontre plus positive entre un hermite et Dieu, mais le ton général étant ce qu’il est, le lecteur peine à y croire.

Sur Oscar Wilde — La Sphinge

« La Sphinge »

Resumé

  • Publié en 1894 mais sans doute rédigé en 1874
  • Il cherche un modèle, pense d’abord à Alfred Tennyson et son « In Memoriam » suite de sonnets elégiaques, puis compose en fait quatre-vingt-sept distiques (vers rimant deux par deux), avec des termes complexes pour la rime.
  • Le choix de Sphinx n’est pas anodin:
    1. Wilde connaissait bien La Tentation de Saint Antoine de Gustave Flaubert (1874).
    2. La figure du sphinx est également présente dans Mademoiselle de Maupin (chapitre XIII), dans « Les Chats » de Baudelaire
    3. et dans une nouvelle d’Edgar Poe, qui porte ce titre (« Le Sphinx »).
      Mais ces trois sources ne sont pas attestées.
    4. En revanche, Wilde connaissait « Chacun sa chimère », poème en prose de Baudelaire, dont il parle avec enthousiasme dans « Le Déclin du mensonge » et il est évident que ce texte l’a inspiré.
    5. La figure du sphinx était également très appréciée des artistes symbolistes. Le monstre est représenté sous forme mi-animale mi-féminine, en raison du thème de la « femme fatale », très en vogue, tout au long du 19e siècle.
  • Évocation langoureuse et « décadente » de la créature, dieux égyptiens, Cléopâtre, Vierge Marie, l’empereur Hadrien et son amant Antinoüs sont tous situés dans un monde et une atmosphère baignés de sensualité morbide et toujours hors du commun
  • L’un des premiers grands textes de Wilde car il comprend quelques-uns des thèmes importants de l’auteur: le regard inquisiteur, la femme fatale, et la volupté dangereuse
  • Poème qui met en avant l’étrangeté du vocabulaire, et montre que, pour Wilde, les mots, leur musicalité, leur orthographe, c’est-à-dire ce que les linguistes appellent le « signifiant », ont plus de valeur que ce que à quoi ils renvoient.Wilde met en quelque sorte la poésie en musique, réalisant en partie le rêve des symbolistes, celui d’accomplir la synthèse des arts.
  • À la fin du poème, le narrateur congédie la sphinge pour se réfugier auprès d’un crucifix, faisant ainsi le choix du christianisme contre le paganisme. Le Christ « pleure en vain sur toutes les âmes », car les hommes vivent selon Wilde dans un monde sans Dieu.

Détail

Un poème mérite une attention particulière : La Sphinge, sans doute rédigé en
1874 mais publié en 1894. Une fois encore, Wilde cherchait un modèle et il pensa dans un premier temps à Alfred Tennyson et, en particulier, à son In Memoriam, suite de sonnets élégiaques, ce qui signifie qu’ils déplorent la perte d’un ami très cher du poète, en l’occurrence Arthur Hallam.

Mais, Wilde préféra choisir un mode de composition à ses yeux plus virtuose, c’est-à-dire plus « esthète » et plus « artiste ». Il composa ainsi quatre-vingt-sept distiques (c’est-à-dire des vers rimant deux par deux), chaque vers comptant seize syllabes et comprenant une rime interne, le mot central du premier vers rimant avec le dernier mot du second.

Écrire devenait un exercice acrobatique.

Pour compliquer encore les choses, il choisit pour la rime des termes complexes, employant parfois des mots rares : par exemple, « hippogriffes » fait écho à « hiéroglyphes » et le nom propre « Amenalk » à « catafalque ». Wilde se servait d’ailleurs d’un dictionnaire.

Le choix du thème, le sphinx, ou la sphinge, puisqu’il s’agit d’une créature féminine, n’était pas dû au hasard. Wilde connaissait bien La Tentation de Saint Antoine de Gustave Flaubert (1874), et c’est à ce modèle qu’il emprunta le mot « mandragore » ou encore les noms propres « Tragelaphos » et « Oreichalch », choisis pour leur étrangeté. La figure du sphinx est également présente dans Mademoiselle de Maupin (chapitre XIII), dans « Les Chats » de Baudelaire et dans une nouvelle d’Edgar Poe, qui porte ce titre (« Le Sphinx »). Mais ces trois sources ne sont pas attestées.

En revanche, Wilde connaissait « Chacun sa chimère », poème en prose de Baudelaire, dont il parle avec enthousiasme dans « Le Déclin du mensonge » et il est évident que ce texte l’a inspiré.

La figure du sphinx était également très appréciée des artistes symbolistes, par
exemple Gustave Moreau en France et Fernand Khnopff en Belgique. Tous deux représentent le monstre sous une forme mi-animale mi-féminine, en raison de
la vogue, tout au long du 19e siècle, du thème de la « femme fatale ».

Oedipe et le Sphinx (Gustave Moreau)
Oedipe et le Sphinx (Gustave Moreau)
Des caresses, ou l'Art, ou le Sphinx, Fernand Khnopff, 1896
Des caresses, ou l’Art, ou le Sphinx, Fernand Khnopff, 1896

Le poème commence par une évocation langoureuse et « décadente » de la créature avant d’évoquer de nombreux personnages appartenant à des univers différents : les dieux égyptiens, Cléopâtre, la Vierge Marie puis l’empereur Hadrien et son amant Antinoüs, et bien d’autres encore, tous situés dans un monde et une atmosphère baignés de sensualité morbide et toujours hors du commun. Les « lézards » sont bien sûr « géants », les « hippopotames » sont « monstrueux », et cet adjectif revient à plusieurs reprises, parce qu’il est lié à l’excès et non au raisonnable.

« La Sphinge » est selon moi l’un des premiers grands textes de Wilde. Tout d’abord, parce qu’il comprend quelques-uns des thèmes importants de l’auteur.
Par exemple, ceux du regard inquisiteur (regarder ce qu’on n’a pas le droit de voir) et de la femme fatale, que l’on retrouvera dans Salomé, où chaque personnage en observe un autre en le désirant.
Un autre thème est bien sûr celui de la volupté dangereuse incarnée par la créature (voir encore une fois Salomé, vierge et sacrilège lorsqu’elle exige la tête
du prophète Iokananaan, c’est-à-dire Jean-Baptiste).

Ensuite, et cela est plus important encore, c’est aussi un poème qui, en mettant en avant l’étrangeté du vocabulaire, montre que, pour Wilde, les mots, leur musicalité, leur orthographe, c’est-à-dire ce que les linguistes appellent le « signifiant », ont plus de valeur que ce que à quoi ils renvoient.
Ce qui intéresse Wilde est le pouvoir qu’ont les mots de se refléter les uns les autres, et de déployer les échos qu’ils suscitent dans leurs réverbérations.
Avec « La Sphinge », Wilde met en quelque sorte la poésie en musique, réalisant en partie le rêve des symbolistes, celui d’accomplir la synthèse des arts.

Un dernier point mérite d’être souligné. À la fin du poème, le narrateur congédie la sphinge pour se réfugier auprès d’un crucifix, faisant ainsi le choix du christianisme contre le paganisme.
Toutefois, le Christ qu’il décrit, les yeux épuisés et remplis de larmes, loin
d’incarner pour l’homme l’espoir du salut, n’est qu’une victime parmi d’autres.
Il « pleure en vain sur toutes les âmes ». Pourquoi « en vain » ? Parce que les
hommes l’ignorent. Cela signifie qu’en dépit de leurs constructions mythologiques, ou de leurs convictions, ils vivent selon Wilde dans un monde sans Dieu, ce qui est un premier point de rencontre entre Oscar Wilde et Friedrich Nietzsche, dont j’aurai l’occasion de reparler.

Sur Oscar Wilde – Chapitre 2

Chapitre 2 : Oscar Wilde, poète

Wilde, lecteur

Résumé

  • Intérêt pour Swinburne:
    • Ses « Poèmes et Ballades » avaient connu un succès de scandale. On lui reprochait son paganisme, son anti-christianisme et l’érotisme de ses vers.
    • Fascination pour son sado-masochisme, notamment la flagellation (contrairement à Wilde), et son amoralisme
    • Poésie musicale et positions esthétiques proches de Wilde lorsqu’il affirma : « Je défends l’art pour l’art contre la rigueur de la morale. ».
  • Intérêt pour Keats:
    • Une référence constante et un modèle avoué pour Wilde qui perçoit de la sensualité et de la musicalité dans ses vers, et de son esthétique qui annonce l’esthétisme
    • Il lui consacre un essai, deux poèmes, une conférence et s’insurge contre la vente aux enchères de ses lettres d’Amour.
  • Intérêt pour Walt Whitman (homosexuel), ainsi que Beaudelaire, Mallarmé et Théophile Gautier
  • Intérêt pour le catholicisme, notamment son esthétique, et le rapprochement qu’elle opère des pôles opposés : l’ancienneté et la modernité, la mortification du corps et sa glorification, et l’esprit et la sensualité.

Détail

Un écrivain, et un poète, est en premier lieu un lecteur et Oscar Wilde ne déroge pas à la règle. Lorsqu’il était étudiant à Trinity College, Wilde lut beaucoup de poésie. Il avait découvert Algernon Charles Swinburne, né en 1837, dont les Chants d’avant l’aube avaient paru en 1871 et, en 1872, il se passionna pour Atalante à Calydon, tragédie de Swinburne inspirée par le modèle de la tragédie grecque. Wilde connaissait très bien le grec ancien, de même que la littérature grecque de l’époque classique (par exemple, Homère, Eschyle, Sophocle, Euripide et bien sûr Platon). Pourquoi cet intérêt pour Swinburne ? Sans doute parce que, à leur parution en 1866, ses Poèmes et Ballades avaient connu un succès de scandale. Les critiques s’en étaient violemment pris à son paganisme, à son anti-christianisme et à un érotisme fortement perceptible dans ses vers. S’y ajoutait, chez Swinburne, une fascination pour ce qu’on appelle désormais le sado-masochisme avec l’accent mis sur notamment la flagellation, dont, à l’inverse de Wilde toutefois, il était lui-même adepte. Mais Wilde était séduit par son amoralisme. Enfin, Swinburne, dont la poésie est souvent qualifiée de musicale, avait d’une façon générale des positions esthétiques proches de celles de Wilde, par exemple lorsqu’il affirma : « Je défends l’art pour l’art contre la rigueur de la morale. ». Il est ainsi compréhensible qu’Oscar Wilde, qui reprit cette idée dans la préface du Portrait de Dorian Gray, ait été séduit par cet écrivain, désormais considéré comme l’une des plus grandes voix de la poésie anglaise, et, avec John Keats, sa principale source d’inspiration pour ses propres poèmes.

Keats, l’un des plus grands poètes romantiques, est pour Wilde une référence constante et un modèle avoué, et en partie identificatoire en raison de la sensualité qu’il perçoit dans ses vers, et de leur musicalité. En raison, également, de son esthétique qui annonce, selon Wilde, ce qui sera l’esthétisme, tendance artistique et littéraire qui prend le parti de l’art pour l’art contre le naturalisme. Cette position critique ne lui est pas propre puisque, dans les années 1890, si Shelley était considéré comme le précurseur du Symbolisme, Keats était lu justement comme celui de l’art pour l’art. Cette idée fut développée par Arthur Symons, notamment, qui voit en outre en lui un précurseur de la littérature décadente, torturé par sa sensibilité, selon lui maladive. Wilde, pour sa part, a consacré à Keats une conférence (« Keats’ Sonnet on Blue ») lors de sa tournée aux États-Unis en 1882, après avoir reçu des mains d’Emma Speed, fille de George Keats, frère du poète, le manuscrit original. Il lui a également consacré un essai, « The Tomb of Keats » (« Le tombeau de Keats », publié en 1877) et surtout deux poèmes, « The Grave of Keats » (« La tombe de Keats ») et « On the Sale by Auction of Keats’s Love Letters » (« Sur la vente aux enchères des lettres d’amour de Keats »), événement qui avait suscité son indignation. Ces deux poèmes sont remarquables pour la façon dont Wilde représente le poète romantique, dans les deux cas invisible : Keats est soit enterré soit seulement incarné par ses lettres vendues aux enchères. Keats, vu par Wilde, est par ailleurs un fantasme homérotique (il insiste sur ce qu’il estime être sa beauté physique) et une présence absente, révélatrice du devenir du romantisme en cette fin de siècle.

Wilde lisait aussi les Feuilles d’herbe (Leaves of Grass) de Walt Whitman, le plus grand poète américain du 19e siècle, qu’il rencontra lors de son séjour aux États-Unis, le 18 janvier 1882, et qui ne faisait pas mystère de son homosexualité. Whitman y fait l’apologie du corps, par exemple dans « I sing the body electric » (« Je chante le corps électrique »), et celle du monde matériel et de la nature. Cela, pour autant, ne l’empêche pas de célébrer la puissance de l’esprit humain.

Wilde lut aussi Les Fleurs du mal de Baudelaire, qui l’inspira par exemple lorsqu’il composa « The Sphinx » (« La Sphinge »), Baudelaire faisant allusion à cette créature mythique dans son poème « Les Chats ».

Il découvrit également Mallarmé, dont l’Hérodiade fut l’une des sources de sa propre Salomé. Wilde se passionnait aussi pour les artistes préraphaélites, parmi lesquels Dante Gabriel Rossetti, John Everett Millais et William Holman Hunt. Il considérait de plus en plus que l’art ne devait avoir pour but que lui-même, et la lecture de Théophile Gautier, dont la préface de Mademoiselle de Maupin (1835) fut considérée comme le manifeste de « l’art pour l’art », renforça ce sentiment. Gautier y défend l’inutilité de l’art affirmant qu’ « Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid […]. — L’endroit le plus utile d’une maison, ce sont les latrines. »

C’est aussi à cette époque qu’Oscar Wilde s’intéressa au catholicisme (il lut avec passion l’autobiographie du cardinal Newman, Apologia pro vita sua, consacrée à sa conversion) et cette fascination l’accompagna toute sa vie durant, jusqu’à sa mort. Ce qu’il cherchait dans l’Église romaine était moins un cadre spirituel qu’une esthétique, celle qui, en France, séduisit Joris-Karl Huysmans dont le roman À rebours influença
en partie Wilde dans Le Portrait de Dorian Gray. Ce n’est pas un hasard si la plupart des amis homosexuels de Wilde, ou ceux qui étaient associés à ce qu’on appelle la Décadence, comme Aubrey Beardsley, Lionel Johnson, John Gray et André Raffalovich, se convertirent à cette religion. Selon eux, elle rapprochait de façon stimulante des pôles opposés : l’ancienneté et la modernité, la mortification du corps et sa glorification, et l’esprit et la sensualité. Il n’est donc pas étonnant que Rome figure en bonne place dans certains poèmes de Wilde, par exemple dans « Rome Unvisited » (« Rome non visitée »), qui en souligne la « sainteté », de même que celle de la Vierge Marie, ou encore dans « Easter Day » (« Jour de Pâques ») qui exalte la splendeur du Pape.

Wilde, jeune poète

Resumé

Écrit en 1898, la « Ballade de la Geôle de Reading » éclipsé le reste des créations poétiques d’Oscar Wilde. Pourtant, dès 1881, il fut paraître « Poèmes« .

  • Le premier poème est « Hélas » jouant sur l’homophonie avec Hellas (la Grèce), dans lequel les esthètes interprètent la Grèce comme lieu de liberté (homo)sexuelle. Il prend aussi ses distances avec les valeurs valorisée par les Victoriens: devoir, labeur, les vertus viriles, etc. Il pose aussi la questioné récurrente dans l’oeuvre de Wilde:

« l’art peut-il faire oublier l’éthique ? »

  • Un autre poème intitulé « Humanitad » inspiré par le « Libertad » de Whitman et défend la liberté humaine. Il critique le manque d’idéaux de l’Angleterre contemporaine, se termine sur l’image de la crucifixion, non pas de Jésus, mais de tous les hommes.
  • On voit souvent en Oscar Wilde un dilettante, ce qui est faux, car il met constamment l’accent sur la perfection de la forme. Le sonnet, fondé sur des contraintes en tant que forme fixe, est l’un de ses objets favoris. L’attention portée à la métrique est extrême, comme chez un autre de ses modèles, Théophile Gautier.
  • La critique anglaise tend à caractériser Keats de poète « féminin », en raison de la prééminence supposée de la sensation et de l’émotion (sur la pensée) dans sa poésie.
    Dans « The Grave of Keats », Keats est à la fois divinisé et homo-érotisé.
    Dans « The Tomb of Keats » il fait le choix de l’homo-érotisme et l’associe à saint Sébastien.
  • La réception critique des « Poèmes » ne fut pas très bonne car Wilde fut accusé de plaggier ses références, alors qu’il s’inscrit dans une longue tradition, celle de Shakespeare et de Molière, par exemple, qui n’ont jamais caché qu’ils écrivaient après et avec leurs prédécesseurs.

Détail

Le poème le plus accompli et le plus célèbre d’Oscar Wilde est la « Ballade de la Geôle de Reading », son chant du cygne qu’il publia en 1898. Si, en raison de sa puissance, ce poème a en grande partie éclipsé le reste de sa production poétique, il n’en est pas moins vrai que, dès 1881, Wilde fit paraître un recueil, intitulé simplement Poèmes, dont la rédaction avait commencé des années
plus tôt.
Le recueil commence par un poème intitulé « Hélas ! ». Ce titre, écrit en français,
joue sur l’homophonie de « Hélas » et « Hellas » (la Grèce), qui est l’une
des sources d’inspiration importante du volume.
Ce jeu de mots associe la Grèce à la nostalgie d’un passé et d’un lieu idéalisés,
à un fantasme homoérotique, la Grèce antique étant interpétée par les esthètes fin-de-siècle, de façon simplifiée, comme le lieu de la liberté (homo)sexuelle.
Ce sonnet, en outre, prend ses distances vis-à-vis de notions valorisées par les Victoriens : le devoir, le labeur et, d’une manière générale, les vertus « viriles ». « Hélas ! » pose aussi une question récurrente dans l’œuvre de Wilde : l’art peut-il faire oublier l’éthique ?
Les autres poèmes, qui sont souvent des poèmes dits « de circonstance », sont d’inspiration variée. Certains sont consacrés à Italie, d’autres à la Grèce antique ou au monde médiéval, apprécié des Préraphaélites dans leur poésie comme dans leur peinture. Une autre source, qui reprend en partie les précédentes, est l’errance dans la ville et aussi la beauté masculine.

Quelques poèmes, enfin, ont une teneur politique, par exemple « Humanitad », qui défend la liberté humaine. Le titre de ce poème a été inspiré par le « Libertad » de Whitman. Ce poème, qui s’en prend aux manque d’idéaux de l’Angleterre contemporaine, se termine sur l’image de la crucifixion, non pas de Jésus, mais de tous les hommes. Cela permet de modifier en partie l’image ordinaire que l’on a de Wilde, souvent perçu comme un dandy esthète, alors que le moraliste n’est jamais très loin.

Parmi les idées reçues sur Oscar Wilde, il en est une qui voit en lui un dilettante, ce qui supposerait une absence de sérieux. Rien n’est moins vrai. Si l’on s’en tient à la poésie, on constate qu’il met sans cesse l’accent sur l’importance et la perfection de la forme, ce qui explique que le sonnet, qui est fondé sur des contraintes en tant que forme fixe, soit l’un de ses objets favoris. La forme suppose également une attention extrême portée à la métrique, comme chez un autre de ses modèles, Théophile Gautier dont il avait lu Émaux et camées (recueil publié en 1852). Par exemple, « Le Jardin des Tuileries », de Wilde, présente des points communs avec la « Fantaisie d’hiver » de Gautier. Il n’est pas fortuit que, dans Le Portrait de Dorian Gray, Dorian lise à son tour Émaux et camées, dont quelques vers sont cités.

Je voudrais maintenant faire quelques remarques stylistiques sur deux de ces poèmes, en l’occurrence « La tombe de Keats » et « Sur la vente aux enchères des lettres d’amour de Keats », pour illustrer la façon dont Wilde puisait dans ses sources. Wilde fait dans ces deux sonnets un usage abondant des allitérations (répétition d’une consonne) et des assonances (répétition d’une voyelle), et de tours directement empruntés à Swinburne, comme par exemple dans le vers 3 de « La tombe de Keats »

« Taken from life when life and love were new »/
« Arraché à la vie dans la fraicheur de la vie et de l’amour »

La répétition du mot « life », son association (attendue) avec « love », l’effet phonique ainsi créé, l’évocation d’un passé indéfini sont fréquents chez Swinburne. On fera la même remarque au sujet des mots monosyllabiques (une syllabe) ou bisyllabiques (deux syllabes), appréciés par Swinburne dans certaines de ses descriptions, notamment celles de batailles ou de scènes violentes, en raison du rythme haché qu’ils imposent au vers.
Wilde y a recours dans les deux tercets de « Sur la vente aux enchères des lettres
d’amour de Keats ». La référence implicite à Swinburne se justifie en outre par l’appréciation que portait le poète sur Keats, proche de celle de Wilde.
Pour Swinburne, Keats incarnait la « poésie pure », idée reprise par Walter Pater puis par Wilde.

Une autre question se pose, celle de homo-érotisme : dans « The Grave of Keats », apparaît une contradiction entre la divinisation de Keats et son homo-érotisation, qui diffère de la position habituelle de la critique anglaise du XIXe siècle.
Celle-ci, en effet, se contente ordinairement de féminiser Keats, perçu tantôt comme un être androgyne, tantôt comme l’incarnation d’une poésie délicate et « efféminée », donc résolument non « masculine ». Cette appréciation est récurrente chez les Victoriens qui voient fréquemment en Keats un poète « féminin », en raison de la prééminence supposée de la sensation et de l’émotion (sur la pensée) dans sa poésie.
Certains, cependant, Matthew Arnold par exemple, mettaient en avant son énergie, jugée « masculine ».
Wilde tranche le débat en faisant le choix de l’homo-érotisme. En effet, dans l’essai « The Tomb of Keats », il voit en lui « a divine boy » (« un divin garçon »), un « prêtre de la beauté » (« a priest of beauty ») et il l’associe à saint Sébastien, comme il le fait dans le poème, dans une rêverie homo-érotique, le martyr étant décrit comme un « ravissant garçon aux cheveux bruns » (« a lovely brown boy »), aux « lèvres rouges » (« red lips »), aux « yeux divins » (« divine eyes »), au corps « transpercé de flèches » (« pierced by arrows »), et au regard extatique tourné vers « l’Éternelle Beauté des cieux entrouverts » (« the Eternal Beauty of the opening heavens »), l’ouverture, si on y voit aussi une allusion sexuelle, signifiant de toute manière l’accès programmé à une jouissance.

Saint Sébastien de Guido Reni
Saint Sébastien de Guido Reni

Cette référence homo-érotique n’est pas surprenante, l’un des tableaux préférés
de Wilde étant le Saint Sébastien de Guido Reni (1615).
Le saint était alors, en raison de sa beauté supposée, de ses relations sans doute amoureuses avec l’empereur Dioclétien, de la nature de son supplice (son corps transpercé) et de la jouissance qu’on se plaisait à déceler dans son extase l’une des figures les plus appréciées des esthètes homosexuels de l’époque.

Quelques mots, enfin, sur la réception critique des Poèmes. Celle-ci ne fut pas très bonne car on reprocha à Wilde de plagier tous les poètes qui l’avaient inspiré, l’idée étant qu’il aurait été incapable d’écrire si les autres n’avaient pas existé.
S’il y a une part de vérité dans l’accusation, celle-ci omet un fait essentiel. Pour Oscar Wilde, il n’a jamais été question de dissimuler les emprunts, ce qui aurait
alors été en effet du plagiat, mais plutôt de les exhiber. Écrire, pour lui, suppose écrire avec les autres et rendre si sonores les échos que s’en indigner fait contresens.
Ce faisant, il s’inscrit dans une longue tradition, celle de Shakespeare et de Molière, par exemple, qui n’ont jamais caché qu’ils écrivaient après et avec leurs prédécesseurs.

Sur Oscar Wilde

Prologue

On perçoit Oscar Wilde l’esthète dilettante jamais à cours de bons mots, mais l’homme est beaucoup plus profond que cela.

  • Bien sûr, il s’est inspiré de ce qui se faisait déjà, comme tous les grands écrivains
  • C’est un penseur du langage tel Nietzsche qui lui était contemporain, qui a travaillé sur l’épaisseur phonique et le sens, et a modifié le point de vue de la littérature
  • Il s’est consacré à ce qu’il jugeait de plus haut: La Beauté et la Littérature

Chapitre 1 : Oscar Wilde, écrivain

Wilde l’Irlandais

Wilde disait:

« Je suis celte et non pas anglais. »

Il préférait d’ailleurs le français et le grec ancien.

« Français de sympathie, je suis irlandais de race et les anglais m’ont condamné à parler le langage de Shakespeare »

Son père était chirurgien, et publia deux recueils sur la culture populaire irlandaise, sur les superstitions et contes de fées. Sa mère était une ardente nationaliste et écrivait des poèmes patriotiques enflammés sous le pseudonyme speranza. Il était donc partagé entre un malaise contre cette Angleterre qui n’intervint pas pendant la grande famine de 1845, et malgré tout, une volonté d’être reconnu.

Oxford, John Ruskin et Walter Pater

Récompensé pour ses compétences helléniques alors qu’il était étudiant à Dublin, il bénéficie d’une bourse et entre au Magdalen College à Oxford. Cela marquera le premier tournant de sa vie, le second étant son incarcération.

Ses disciplines favorites étaient la littérature, la philologie, l’histoire ancienne et la philosophie. Il admirait Platon et idéalisait la Grèce antique, notamment car l’homosexualité y était courante.

Il s’intéressait à Hegel car:

  • Si sa pensée visait à saisir l’essence de la vie, elle ne faisait pas pour autant l’impasse sur l’existence concrète.
  • Les professeurs d’Oxford soulignaient la pertinence de la théorie hégélienne de la dialectique, fondée sur l’idée d’une réconciliation des contradictions : Pour que la vie perdure, il faut que chaque chose soit l’autre d’elle-même, et Wilde eut systématiquement recours au paradoxe dans son oeuvre.
  • Selon Hegel, « les vaincus doivent analyser les stratégies du vainqueur »

John Ruskin (1819-1900)

  • Auteur de « Modern Painters« , « The Seven Lamps of Architecture » et de « The Stones of Venice« 
  • Oscar Wilde l’admire et l’appelle le Platon anglais, prohète du bien et du beau.
  • Ruskin prêchait qu’esthétique et éthique étaient liées, ce que ne partage pas Wilde, qui partage son goût pour l’esthétique mais la dissocie de l’éthique, et écrit notamment dans la préface du Portrait de Dorian Gray:

« Il n’existe pas de livre moral ou immoral, un livre est bien écrit ou mal écrit, un point c’est tout »

Walter Pater (1839 – 1894)

  • Homosexuel, universitaire brillant et écrivain apprécié
  • Wilde le rencontre lors de sa 3ème année d’études en 1877
  • Il lui fait lire les Trois contes de Gustave Flaubert (1821 — 1880)
  • Auteur de « The Renaissance« , Wilde l’évoque dans « De Profundis » en 1897 « that book which has had such strange influence over my life« . C’est notamment sa célèbre conclusion qui considère comme une en soi l’expérience  et non pas le fruit de l’expérience que Wilde interprète comme une incitation à vivre son existence -et donc sa sexualité- en dehors de tous repères moraux, alors que Pater évoquait seulement l’effet bénéfique sur l’esprit plutôt que sur le corps.
    Wilde dit à Yates « La trompette du Jugement Dernier aurait dû sonner au moment où il a été écrit« 
  • Au contraire de Ruskin, Pater dissociait le culte du Beau de la contrainte morale. Il opposait aussi à l’idéalisme et au christianisme le matérialisme et l’hellénisme qui avaient sa préférence. Pour Pater, la vie était une succession d’actes fugitifs ; aussi l’esthète devait-il cultiver l’instant. C’est tout le propos de Lord Henry qui exhorte Dorian Gray à vivre pleinement son existence, comme s’il était une caricature de Pater. Lorsque lord Henry préconise le développement d’ « un nouvel hédonisme », il se réfère à la Conclusion de La Renaissance.
  • Si l’on prend en compte les effets désastreux des conseils qu’il prodigue à Dorian, il apparaît que la posture caricaturée de Pater a eu des effets tout aussi dévastateurs sur Oscar Wilde.

 Création d’une réputation : Oscar Wilde en Amérique

  • Oscar Wilde part pendant 1 an aux États-Unis et au Canada pour faire son auto-promotion. C’est une étape importante dans la création de son image.
  • Trois conférences au programme « La Renaissance anglaise », « Les arts décoratifs » et « La belle maison », qu’il révisa sans cesse lors de sa tournée.

Il déclare au douanier:

Oscar Wilde – « Je n’ai rien à déclarer si ce n’est mon génie ».
Réponse de l’officier – « Cela, Monsieur, est un bien qui aux États-Unis n’a nul besoin de protection ».

  • Si Wilde était attendu par les foules en tant qu’apôtre de l’esthétisme, c’est qu’il incarnait un mouvement déjà connu sur place. Le nom de John Ruskin n’était pas inconnu, et Walter Pater avait en Amérique une notoriété considérable. Wilde était donc attendu en tant que porte-parole d’idées jugées importantes.
  • Une autre raison de l’intérêt porté aux idées d’Oscar Wilde est fondée sur la recherche, aux États-Unis, de nouvelles valeurs : par exemple, le désir des femmes de s’affranchir du joug patriarcal, celui des pères et des maris, notamment car elles avaient assumé certaines tâches des hommes durant la guerre de Sécession : Celle du travail, mais aussi celle de l’art et, d’une manière générale, de la création.
  • Mais ces idées bouleversaient aussi une certaine conception de l’ordre puritain qui voyait dans de tels intérêts des préoccupations « efféminées » et « décadentes ». D’où les caricatures de Wilde le représentant sous la forme d’une créature androgyne :
    certains le soupçonnaient de vouloir déstabiliser les frontières ordinaires entre les catégories établies, notamment celles séparant le « masculin » du « féminin ».
  • Le thème central de ses interventions était l’influence de la beauté de l’environnement sur le bonheur humain : entourons-nous de beaux objets pour être heureux ! L’art ainsi intégré dans le quotidien apporterait paix et quiétude : la conception ici défendue était utilitaire
    et moralisante, Wilde se plaçant du côté de Ruskin, bien plus que de celui de Théophile Gautier ou de Walter Pater.
  • Les « arts décoratifs » consistaient à embellir les objets de la vie quotidienne -tapis, papier peint, vaisselle- à la seule condition que ceux-ci fussent fabriqués à la main. Si la machine est efficace, concéda-t-il, elle est privée de « la vitalité du cœur et de la tête de l’artisan ».
  • L’artisanat est mis en valeur, l’exaltation du travail, la beauté du geste, et la créativité des femmes qu’il fallait encourager, des propos subversifs dans une société qui croyait majoritairement à la puissance masculine.
  • Wilde appela enfin de ses vœux la création d’écoles d’art dans les villes américaines.
  • Wilde exhortait son auditoire à n’accepter que le « beau » et l’ « authentique » : « N’acceptez aucun matériau qui en imite un autre, comme du papier représentant du marbre ou du bois peint imitant la pierre et n’ayez aucun bibelot manufacturé ».
  • Puis conférence à San Francisco le 5 avril 1882 « Poésie et poètes irlandais du XIXe siècle » où il défend le génie de son pays natal.

La conquête de Londres, succès littéraires

  • 1887 fut pour Wilde une année de succès éclatants qui, en établissant ses talents de conteur, lui assurèrent la place de premier plan qu’il recherchait depuis son départ d’Oxford.
    • La première œuvre d’importance : « Fantôme des Canterville ».
    • Autre nouvelle la même année, intitulée à l’origine « Lady Alroy » et reprise sous le titre du « Sphinx sans secret ».
    • Puis il publia un autre chef d’œuvre, « Le Crime de lord Arthur Savile », qui appartient au genre alors nouveau de l’histoire policière dont le père littéraire était Edgar Poe.
    • Puis Wilde imagina une autre histoire, « Le Millionnaire modèle ».
    • En Novembre 1886 fut fondé un mensuel, « Lady’s World: a Magazine of Fashion and Society ». Parce que cette publication consacrée à la mode féminine et aux mondanités ne connaissait pas un franc succès, Wilde fut sollicité en avril 1887 pour y assurer la fonction de rédacteur en chef. Wilde examina la proposition, non sans formuler quelques critiques. Lady’s World était un journal « féminin » bien plus qu’un journal de femmes. Il ne fallait pas se contenter de publier des articles de mode : Wilde, qui changea
      le titre du magazine en Woman’s World, voulait que les femmes s’expriment sur tous les sujets et dans des domaines variés (art, littérature, histoire, vie moderne), et que les hommes aient plaisir à le lire et à y contribuer en tant qu’auteurs. Wilde voulait donc avant tout lancer un magazine d’idées avec une forte composante littéraire. Au fil des années, son enthousiasme déclina entre les contraintes techniques, la nécessité de rappeler constamment les auteurs à l’ordre, des ventes stables. Sentiment de
      perdre son temps et son énergie : il n’avait pas réussi à créer le magazine intellectuel et culturel dont il rêvait, les articles se cantonnant souvent à des domaines réputés « féminins » (la « poésie », le jardinage, les enfants), parce que l’immense majorité des femmes, enfermées dans l’idéologie de leur temps, ne songeaient pas à traiter de sujets autres. En octobre 1889, le magazine cessa de paraître.
    • Le 29 mai 1884, il épousa Constance Lloyd. Ils eurent deux fils, Cyril, né le 5 juin 1885, et Vyvyan, le 3 novembre 1886. Mais Wilde, qui était toutefois un père aimant, songeait surtout à sa carrière littéraire.
  • Le 30 août 1889 il rencontre à Londres Joseph M. Stoddart, directeur du Lippincott’s Magazine, qui l’avait invité à dîner en compagnie notamment d’Arthur Conan Doyle. Celui-ci avait publié en 1887 Une étude en rouge, la première d’une
    longue série d’histoires mettant en scène le personnage de Sherlock Holmes. Stoddart demanda aux deux écrivains de rédiger un texte de fiction qu’il se proposait de publier dans son magazine. Conan Doyle rédigea Le Signe des quatre (février 1890), et Wilde proposa Le Portrait de Dorian Gray (juin 1890). Le livre fut terminé au printemps, laissant Wilde épuisé et insatisfait. « Je
    crains qu’il ne ressemble à ma vie, rien que des conversations et pas d’action. Je suis incapable de décrire l’action : mes personnages sont assis dans des fauteuils et bavardent. Je me demande ce que vous allez en penser ». La réception critique fut
    très hostile, fondée essentiellement sur des accusations d’immoralisme. Wilde revendiqua le caractère immoral de ses personnages et affirma :

    « un artiste n’a pas de sympathies éthiques. Le vice et la vertu sont simplement pour lui ce que sont, pour le peintre, les couleurs qu’il voit sur sa palette : rien de plus et rien de moins. Chacun voit en Dorian Gray son péché. Quels sont les péchés de Dorian Gray, personne ne le sait. Et si on les décèle, c’est qu’on les a commis ».

  • 1891
    • Seconde édition du portrait de Dorian Gray. Wilde étoffe considérablement le roman et ajoute une préface, qui est un manifeste défendant de façon définitive le principe de la séparation de la morale et de l’esthétique.
    • Rencontre de lord Alfred Douglas, que sa famille appelait Bosie (d’après « Boysie », déformation de « boy », petit garçon), c’était un très beau jeune homme blond aux yeux bleus, le troisième fils de John Sholto Douglas, huitième marquis de Queensberry.
      Alfred Douglas ne fut pas le premier amant de Wilde mais il est celui par qui le malheur arriva lorsque le marquis de Queensberry attaqua Wilde en justice en dénonçant son homosexualité. Wilde continuait néanmoins à beaucoup travailler.
  • 1892: Rédaction de Salomé, pièce écrite en français, et le théâtre, d’une manière générale, devenait sa préoccupation première.
    • L’Éventail de lady Windermere fut donné à Londres le 20 février 1892
  • En 1892 et 1893, Oscar Wilde rédigea deux nouvelles pièces, Une femme sans importance et Un mari idéal.
  • Enfin, il composa ce qui est son chef d’œuvre théâtral, L’Importance d’être constant.
  • Ces pièces eurent un succès considérable et firent de
    leur auteur un homme riche.

Les procès et la prison

Résumé

  • 28 Février 1895 : Le marquis de Queensberry envoie une carte de visite indiquant « Pour Oscar Wilde qui pose au somdomite [sic] ». Wilde se rend au commissariat avec Douglas -qui détestant son père l’entraîne-, et obtient un mandat d’arrêt contre Queensberry.
  • 2 Mars 1895 : Interpellation de Queensberry
  • 3 Avril 1895 : Procès de Queensberry. Wilde se croit sur une scène de théatre, répond avec esprit aux questions de Carlson -l’avocat de Queensbury- sur ses relations avec de nombreux jeunes garçons. Il commet une imprudence fatale lorsque Carlson lui demande s’il avait embrassé un jeune garçon : « Oh, non, jamais de la vie. Il était particulièrement laid ». Clarke, avocat de Wilde, indique que son client acceptait le verdict de « non-coupable » au bénéfice de l’accusé. Queensbury est acquitté, mais il décide à son tour de mettre Wilde en accusation.
  • Ses livres sont retirés de la vente, les conséquences financières sont désastreuses, tous ses créanciers portent plainte contre lui, il est inculpé.
  • Lors d’un autre procès du 26 avril jusqu’au 25 mai, Wilde fut jugé coupable et condamné pour « outrage aux mœurs » à deux ans de travaux forcés.
  • Il purge la plupart de sa peine à Reading, sous le plus dur des régimes, celui des travaux forcés. Wilde souffrit beaucoup, n’ayant pas le droit d’écrire et subissant de nombreuses humiliations.
  • Quand cela lui fut permis, il se remit à écrire, de janvier à mars 1897. Il travailla quotidiennement à ce qui était censé n’être qu’une lettre adressée à Alfred Douglas, plus tard intitulé De profundis, qui est à la fois un long monologue, un réquisitoire implacable, mais aussi un message d’amour voire une tentative inavouée pour renouer avec Douglas. Sa motivation est de renvoyer Alfred Douglas à sa médiocrité, mais aussi de se reconstruire par l’écriture en remettant de l’ordre dans sa vie.
  • 18 mai 1897, Wilde est libéré.

Détail

  • 28 février 1895: Wilde se rendit à son club, l’Albemarle. Le portier lui remit une carte de visite qui avait été déposée
    le 18 février à son intention par le marquis de Queensberry. Quelques mots étaient griffonnés, peu lisibles et assortis d’une faute d’orthographe :« Pour Oscar Wilde qui pose au somdomite [sic] ».
  • La faute d’orthographe pouvait être imputable à l’ignorance de Queensberry. Quant à la formule, « qui pose », elle était ambiguë : fallait-il la lire comme la dénonciation d’une posture et comprendre « qui se donne l’apparence », ce qui ne veut pas dire « qui est » ? Ou fallait-il entendre plutôt « qui a toute l’apparence de », ce qui aurait été une accusation plus directe ?
  • Wilde fut intimement blessé. Robert Ross, ami de Wilde, lui conseilla d’ignorer l’insulte mais Bosie n’était pas de cet avis : la haine qu’il éprouvait pour son père était extrême, et réciproque, et la seule chose qu’il désirait était de le voir traîné devant un tribunal. Wilde savait que Queensberry était puissant, qu’il avait constitué un réseau d’informations très efficace et que l’accusation d’homosexualité était fondée. Mais, manipulé par Douglas, il se rendit en sa compagnie au commissariat où il obtint un mandat d’arrêt contre Queensberry.
  • Celui-ci fut interpellé le 2 mars et conduit au commissariat puis au tribunal : Lord Queensberry était accusé d’avoir diffamé Oscar Wilde.
  • Le procès de Queensberry s’ouvrit le 3 avril à l’Old Bailey, la cour d’assises de Londres.
  • Queensberry avait lancé dans Londres, et ailleurs en Angleterre, de nombreux émissaires chargés
    d’enquêter dans les hôtels, restaurants et tous les lieux où l’écrivain s’était trouvé en compagnie de divers jeunes gens. Edward Carson, l’avocat de Queensberry, pressa Wilde de questions sur ses relations avec un certain nombre de garçons.
  • Wilde, qui se croyait sur une scène de théâtre, répondait avec esprit. Mais lorsque Carson avança le nom de Walter Grainger, l’un des amants de passage, il demanda à Wilde s’il avait embrassé le garçon. Wilde commit une imprudence fatale en lui répondant

    « Oh, non, jamais de la vie. Il était particulièrement laid ».

    Carson sauta sur l’occasion : la laideur du garçon était-elle la seule raison pour laquelle Wilde ne l’avait pas embrassé ? Carson avait pris le dessus.

  • Clarke, avocat de Wilde, intervint pour préciser que son client acceptait le verdict de « non-coupable » au bénéfice de l’accusé. Le juge invita le jury à se prononcer en ce sens, ce qu’il fit après une courte délibération : Queensberry fut acquitté.
  • Queensberry décida à son tour de mettre Wilde en accusation.
  • Wilde fut déféré devant un juge et dès le 6 avril, les journalistes se déchaînèrent contre lui. Ses livres furent retirés de la vente. Les représentations de L’Importance d’être constant se poursuivirent jusqu’au 8 mai, mais le nom de l’auteur fut retiré des affiches et des programmes.
  • Les conséquences financières furent désastreuses : Wilde était privé de revenus et tous ses créanciers portèrent plainte contre lui, même pour de petites sommes. Bien sûr, Wilde fut inculpé.
  • Un autre procès eut lieu le 26 avril jusqu’au 25 mai, où Wilde fut jugé coupable et condamné pour « outrage aux mœurs » à deux ans de travaux forcés.
  • Il fût mené à Holloway pour quelques jours, puis à Pentonville jusqu’au 4 juillet 1895, date à laquelle il fut transféré à Wandsworth. Le 20 novembre, il fut conduit à Reading, son dernier lieu de détention. À son arrivée à Pentonville, on lui fit savoir qu’il serait soumis au régime de travaux forcés le plus dur. Wilde souffrit beaucoup, il n’avait pas le droit d’écrire et subissait de nombreuses humiliations.
  • Comment résister ? En écrivant quand cela lui fut permis. De janvier à mars 1897, Wilde travailla quotidiennement à ce qui était censé n’être qu’une lettre adressée à Alfred Douglas. Plus tard intitulé De profundis (sur la suggestion de l’éditeur Methuen, cinq ans après la mort de Wilde), ce texte est plus qu’une lettre ; c’est à la fois un long monologue, un réquisitoire implacable, mais aussi un message d’amour voire une tentative inavouée pour renouer avec celui que l’écrivain accable de reproches.
    Wilde s’explique en partie sur les raisons qui l’ont poussé à écrire.

    • La première est de renvoyer Alfred Douglas à sa médiocrité. Aussi une grande partie de la lettre est-elle consacrée à ses travers, à sa futilité et à son ingratitude.
    • L’autre raison, plus forte, est le désir de se reconstruire. La question est de savoir comment un homme parvient à se recomposer après l’expérience la plus accablante qui soit, celle de l’incarcération et de ses nombreuses humiliations. La réponse est l’écriture. Grâce à l’autobiographie, Oscar Wilde reprend sa place comme artiste. Il entend, par ce biais, redonner corps à son nom « traîné dans la boue ». Ce faisant, il défend la forme contre l’informe, qu’il associe, sans doute de façon caricaturale, à Douglas et à la vie passée à ses côtés.
      Par l’écriture, l’homme humilié remet de l’ordre dans sa vie.
  • Le 18 mai 1897, Wilde quitta la prison de Reading. Un fiacre le conduisit à la gare de Twyford d’où il prit un train pour Londres. Un second fiacre le mena à Pentonville où se fit la levée d’écrou. Le lendemain matin, à six heures et quart, Oscar Wilde était libre.

Mort et Transfiguration

Resumé

  • Wilde se rend en Normandie, commence « La Ballade de la Geôle de Reading« , revoit Lord Douglas puis part à Naples.
  • L’argent manque, de plus sa femme -sachant qu’il avait repris sa relation avec Douglas- annule la pension qu’elle lui versait. Il quitte donc Naples et revient à Paris, où il mourut en 1900.
  • Il doit subir une opération de la gorge, payée par ses amis, puis erre à nouveau sur les boulevards en quête de garçons de passe, avec le sentiment de vivre un cercle infernale qu’il nomme « Le Cercle des Boulevards », il continue à voir Bosie.
  • Il croise Gide et boit un verre avec lui, bien que celui-ci ressent « une absurde honte » craignant d’être vu avec lui.
  • 31 janvier 1900 : Mort du marquis de Queensberry
  • Wilde passe de nouveau quelque temps en Italie et en Sicile, mais sa santé se détériore, il meurt le 30 novembre 1900.
  • Enterrement à Bagneux, puis en 1909 son corps fut transféré au cimetière du Père-Lachaise.
  • Parution de « De profundis » en 1905
  • 14 février 1995: un vitrail lui est dédié à Westminster Abbey à Londres : Oscar Wilde est enfin officiellement reconnu par le pays qui l’avait condamné.

Détail

  • Wilde se rendit rapidement à Newhaven afin de prendre le bateau pour la France et s’installer d’abord à Dieppe puis à Berneval-sur-Mer. Il s’y sentait bien et les conditions psychologiques et matérielles étaient réunies pour que l’écrivain se remette au travail.
  • Le 7 juillet, il annonça que dès le lendemain il commencerait à composer un poème, qu’il intitula plus tard la Ballade de la Geôle de Reading. La rédaction fut achevée en décembre, qui est la dernière œuvre de Wilde.
  • Il revoyait aussi lord Alfred Douglas et finit par se lasser de la Normandie : il ne songea plus qu’à une chose, partir pour l’Italie, plus précisément à Naples.
  • Le 25 septembre 1897, Wilde, une fois arrivé à Naples, s’installa en compagnie de Douglas dans un premier temps à l’Hôtel Royal des Étrangers puis dans une villa sur la colline du Pausilippe. L’argent manquait et Constance, qui versait une pension à son mari, dont
    elle avait refusé de divorcer, menaçait de suspendre ce versement. Elle savait que Wilde avait repris sa vie avec Douglas, ce qui était pour elle intolérable. Le 16 novembre, Wilde apprit que la pension octroyée par Constance ne lui serait plus versée.
  • Il quitta Naples le 13 février et loua une chambre dans un petit hôtel de la rue des Beaux-Arts, l’hôtel de Nice, situé non loin de l’hôtel
    d’Alsace où il mourut moins de deux ans plus tard.
  • Une satisfaction, tout de même, la publication de la Ballade de la geôle de Reading connut un grand succès.
  • Et un chagrin : le 7 avril 1898, Constance Wilde, devenue Constance Holland, le nom de Wilde étant devenu très lourd à porter, mourut à Gênes à l’âge de quarante ans après avoir subi une opération de la colonne vertébrale.
  • Wilde dut subir une opération de la gorge liée aux infections contractées pendant les années de prison ; certes, l’opération se passa bien mais il se trouva dans l’impossibilité de payer les médecins. Quelques amis, prêts à lui venir en aide, furent sollicités.
  • Une fois remis, il reprit ses errances sur les boulevards en quête de garçons de passe, tout en déplorant de n’avoir pas les moyens de s’acheter des cigarettes et de l’alcool : il avait le sentiment d’être plongé dans le plus effroyable des cercles de l’Enfer qu’il baptisa « Le Cercle des Boulevards ». Il voyait par ailleurs Bosie très souvent, et il leur arrivait de croiser de vieilles connaissances.
  • Un soir, Wilde, installé à une terrasse de café, aperçut André Gide qu’il appela par son nom. Celui-ci, embarrassé d’être vu à ses côtés, s’assit néanmoins à sa table, dans un premier temps en tournant le dos aux passants. Wilde le pria de s’asseoir près de lui face à la rue, ce qu’il fit malgré ce qu’il décrivit plus tard comme « une absurde honte ». Gide fut également frappé par l’apparence de Wilde :

    « Wilde était encore bien mis ; mais son chapeau n’était plus si brillant ; son faux-col avait même forme, mais il n’était plus aussi propre; les manches de sa redingote étaient légèrement frangées ».

  • Pourtant Wilde ne voulut pas perdre la face. Bien qu’il reconnût être « absolument sans ressources », il tint à l’inviter. Il lui donna aussi une leçon, lui expliquant que lorsqu’il était « riche, joyeux, couvert de gloire » et qu’il avait rencontré Verlaine ivre mort, il s’était senti honoré d’être aperçu à la table du grand poète.
  • Le 31 janvier 1900 disparut le marquis de Queensberry.
  • Wilde passa de nouveau quelque temps en Italie et en Sicile, mais sa santé se détériorait. Il ne se remettait pas de ses deux années de prison, d’autant qu’il y avait fait une chute qui l’avait grièvement blessé au tympan. L’infection gagnait du terrain et il dut être opéré le 10 octobre 1900. Ses quelques amis, dont Robert Ross, lui apportaient une aide financière mais sa situation matérielle était devenue catastrophique.
  • Fin novembre, Wilde dut s’aliter et le 30 novembre, il mourut dans sa chambre d’hôtel.
  • Son enterrement eut lieu à Bagneux le 3 décembre et c’est là qu’il reposa jusqu’en 1909, date à laquelle son corps fut transféré au cimetière du Père-Lachaise, une donation ayant permis de financer le transfert puis la construction du tombeau que l’on connaît.
  • En 1901, L’Éventail de lady Windermere fut mis en scène au Coronet Theatre de Londres, il est vrai sans nom d’auteur.
    La même année, Salomé fut jouée à Berlin et, en 1905, fut créée à Dresde la Salomé de Richard Strauss dont le livret est fondé sur la pièce de Wilde. L’opéra fut jugé « hystérique » par Cosima Wagner, veuve du musicien.
  • De profundis parut en 1905 dans une version expurgée en raison de l’hostilité d’Alfred Douglas qui n’y voyait que des calomnies, mais si Oscar Wilde était toujours un paria en Grande-Bretagne, ce n’était pas le cas en Allemagne et en France où il était considéré comme un grand écrivain.
  • Ainsi, peu à peu, tout au long du 20e siècle, se développait l’idée que, contrairement à ce qu’avait affirmé André Gide, c’était dans son œuvre, et non pas dans sa vie qu’Oscar Wilde avait mis son génie.
  • Le 14 février 1995, soit un siècle jour pour jour après la première de L’Importance d’être constant, un vitrail lui fut dédié dans le transept sud de Westminster Abbey à Londres : Oscar Wilde était enfin officiellement reconnu par le pays qui l’avait condamné.

À cet étudiant chinois

L’image de cet étudiant chinois écrasé par un char sur la place Thyenanmen est fascinante et terrifiante à la fois. C’est l’homme dont l’individualité est anéantie par un système -quel qu’il soit.

Appelez le communisme, capitalisme voire même matriarcat c’est la même chose, rien n’arrête un système dont le seul but est de survivre et s’étendre par la conquête , quitte à aplatir l’individu.

La fin justifie les moyens.

L’usage du nous est parfois révélateur d’un système totalitaire, dans le sens où il englobe et prive de parole l’autre, qui est placé dans une affirmation par défaut. Et il n’existe de pire fascisme que celui qui endort et se cache derrière les bonnes intentions et autres bons sentiments.

Car personne n’est désintéressée et c’est probablement celles et ceux qui cachent le plus leur intérêt ou besoin des autres qui sont aussi les plus manipulateurs. À l’heure de l’hypermédia, l’aliénation mentale est reine et fait renaître, en réaction, un autre type de fascisme de ses cendres.

En finir avec Eddy Bellegueule

Je me souviens de ma mère me tendant ce bouquin « En finir avec Eddy Bellegueule », visage angoissé et demande implicite…

– As-tu vécu cela?

Et ma réponse:

– Non maman, ce n’est pas mon histoire, j’ai vécu autre chose

Je me souviens d’un véritable choc en lisant ce bouquin, telle une décharge électrique…
Puis d’une colère mêlée d’admiration contre la force de cet homme,
Ce parvenu parisien qui reniait sa famille et son passé jusqu’à oser changer de nom!
Enfin d’une jalousie devant la Liberté désormais sienne, en coupant si « Malevichement » avec ses racines …
Je critiquais dans un déni acerbe le style qui s’écroulait complètement dans la dernière partie du livre,
Et me permettait de le détruire sereinement afin de l’oublier au plus vite et d’éviter de se poser des questions…

Un an et demi après l’avoir lu, j’y reviens suite à la lecture d’un article d’Edouard Louis dans Libération.
Comme si ce rejet commun de la Picardie liait nos passés, même si je n’ai pas vécu la même chose…

Je me souviens de la double-écriture en français et picard tout d’abord,
Mais surtout l’électrochoc vint de la lecture que j’en faisais…
En effet, ce fameux texte en italique résonnait dans mon esprit avec ce fameux accent picard que j’avais toujours méprisé…

Je me souviens donc des gens dans ce plateau du Santerre à deux vitesses,
Ceux qui parlaient français sans accent -les gens intelligents et pleins d’Avenir donc- et les autres, les ploucs.
En sixième, j’ai compris que les gens intelligents pleins d’Avenir étaient aussi snob et cruels…
Petits bourgeois habillés en Chevignon et Levi’s et se moquant de tous ceux qui ne leur ressemblaient pas,
Les snobs, malgré leurs marques et bonnes notes en classe ne brillaient pourtant pas par leur intelligence.
Comme le disait si bien le plus grand d’entre nous:

Je fus frappé à quel point, chez ce jeune homme et les autres très rares amis masculins de ces jeunes filles, la connaissance de tout ce qui était vêtements, manière de les porter, cigares, boissons anglaises, cheveux, –et qu’il possédait jusque dans ses moindres détails avec une infaillibilité orgueilleuse qui atteignait à la silencieuse modestie du savant– s’était développée isolément sans être accompagnée de la moindre culture intellectuelle. 1

La bande des premiers de la classe méprisait donc profondément les ploucs et ne se mélangeait avec eux qu’à l’occasion de rares activités, comme les cours de sport, dessin ou encore musique où tous chantaient horriblement faux…
Dans ces moments particuliers, ni l’accent ni une meilleure maîtrise du langage n’accordaient de privilège…

Intolérance, homophobie, domination, cruauté,
Il ne faisait pas bon vivre non plus avec les snobs picards …
À tel point que je revenais souvent chez les ploucs malgré cet accent picard que j’abhorrais tant.
Puis, je me décourageais devant les mauvaises odeurs et blagues de caniveau,
Comme désolé de ne trouver ma place nulle part …

Mon erreur fût de ne pas comprendre plus tôt que j’étais très bien tout seul.
Que, dans cet environnement détestable, mes bouquins, mon piano et mes chats étaient mes seuls et véritables amis …

Mon salût vint grâce à la musique qui m’offrît une première échappatoire, au lycée, à la ville.
Amiens, tel un nouveau début avant de partir plus loin encore.
La ville à la rescousse pour s’extraire d’une nullité ambiante, avec un doute toujours,
Celui de savoir si je suis parti assez loin et si je peux encore être rattrapé…

 

La fin du social

Il est curieux de constater comme, parfois politique et personnel se rejoignent…
Ainsi, alors que le socialisme traverse sa plus grande crise européenne, je prends soudain conscience de la vacuité du « social » ou du petit théâtre des relations humaines, basées sur l’image de l’Autre.
Partagées parfois entre acteurs et spectateurs, les uns et les autres sont prisonniers de leurs rôles respectifs.
Et tout cela est absolument ennuyeux, à mourir.
Cela signifie t’il pour autant que l’autre n’est plus rien? Non à condition que les relations soient plus franches, et donc moins dans l’image, ce qui implique moins d’effort et plus de naturel, ce qui nécessite parfois de gros réajustements.
Bien sûr, cela n’est pas toujours possible. Certains vont demander des explications, ce qui est d’autant plus impossible que, comme l’a très bien dit Lacan, « pas tout…« 

Ma drogue à moi

La drogue n’est pas qu’une substance chimique d’origine externe
Telle la cocaïne ou l’héroine…
Certains comportements aussi sont addictifs,
Mais la Science ne les a peut-être pas encore bien détectés.

Ma drogue à moi c’est le « Bon Garçon ».
Cette belle image de moi renvoyée par les autres agit tel un anxiolytique.
Malheureusement, je ne suis pas tel que vous le pensez.
Ce qui fait donc de moi un imparfait inconnu!

Pour être un « Bon Garçon », je suis prêt à dire le contraire de tout ce que je pense,
Jusqu’à trahir mes plus profondes convictions… Volatilisées!
L‘amnésie s’installe comme un éléphant applatit une fourmi,
C’est à dire dès l’instant même où ma drogue commence à faire effet.

Oh, je vous entends ricanner penser:

« Mais rien de bien grave jusqu’ici!
Chacun doit faire des efforts en société!
Et surtout, ne soyons pas égoïste!
Un peu d’altruisme n’a jamais fait de mal à personne, que diable! »

Alors, le bon garçon vous écoute, s’efforce et suit vos bons conseils.
Mais patatra, l’inconscient fait des siennes!
Lapsus à répétition, tristesse, négativité, dépression, descente aux enfers…

Le « bon garçon » est un bombardier allemand au dessus de Londres,
Chargé d’autant de bombes que d’efforts réalisés…
Dans une vrille qui semble sans issue, il se décide enfin à tout lâcher.

Miracle, il reprend doucement de l’altitude.
À 38 ans, il était grand temps …

Improphile

Tout est dans les nuages …
Et plus seulement nos rêveries …

Bientôt, tout battement, du coeur jusqu’au cil sera ausculté,
Dans ce grand projet de santé mondiale que sera la télémétrie vivante.

Mettra t’elle à jour le mystère de la pensée?
Découvrira t’on encore ce que l’on sait déjà?
À savoir par exemple, que l’animal pense et sent aussi!

Oh, quelle grande découverte scientifique quand on en aura enfin la Preuve!
Prix Nobel et applaudissements à la clé …

Mais que cache donc notre estimable besoin de certitude?
Une envie de ne plus trop se casser la tête, peut-être?

L’homme-en-données sera t’il décodé, compris -et donc Vaincu– par la Machine?
Ce progrès s’accompagnera forcément -encore- d’une nouvelle perte de liberté …

Alors que les grands électrodes cérébraux rappliquent à toute vitesse,
L’Humanité est-elle en péril ou réellement en progrès?

Et que devient l’Art?
Appauvri par un effet de gravitation scientifique menant droit au trou noir cérébral …
La Science pour savoir, certes, mais cela n’est pas tout!
Il y a d’autres choses dans la vie!

Elle promet l’Avenir mais prépare un Enfer-sous-contrôle,
Comme le fit avant-elle -mais dans une moindre mesure- sa prédécesseur éclairée …

Le progrès serait réel s’il était accompagné par un contrôle démocratique.
Mais l’attaque est généralisée
Combien de temps tiendront les états et les langues
Avant d’être vaincu par cette grande lessive globalisante?

Nous parlons déjà tous anglais,
Quand serons-nous tous américains?

Pourvu que ça tombe à côté

Ce début de 21ème fonçait dans une direction inquiétante.
La douceur du quotidien semblait parfois altérée par une dimension parallèle,
L’angoisse perpétuelle d’une violence à venir,
Étrange atmosphère d’un ciel orageux dont on admire fébrilement la beauté …

Pourvu qu’ça tombe à côté

L’impuissance politique était portée à son comble,
Les scientifiques invitaient le monde à agir pour empêcher l’apocalypse,
Certains pensaient heureusement être sauvés par le progrès.

Le système médiatique diffusait la peur pour augmenter ses revenus publicitaires.
Actualités morbides, séries télévisées à suspense et autres films d’horreur,
Les annonces apocalyptiques pleuvaient,
Et maintenaient l’instinct de survie en alerte …

Parc’que ça servira p’tet bien un jour…

En effet, l’homme était réduit à l’état de zombie,
Pas celui fantasmé du coin de la rue,
Sinon le spectateur exposant ses neurones à ce grand lavage de cerveau collectif.

Cette culture d’angoisse conduit droit à la régression.
Il faut donc prendre toutes les mesures nécessaires afin de s’en préserver.
Cultiver une résistance basée sur des plaisirs simples,
Si accessibles et pourtant si difficiles d’accès.

La fin du petit rêve

Rêvons un peu ferme donc ses portes pour rendre sa place à Antoinet.
Comme si le rêve n’avait jamais réellement commencé,
À moins qu’il n’ait été qu’un artifice?

En effet, votre serviteur est incapable de ne rêver qu’un peu…
C’est soit l’âpre réalité ou le fantasme fou,
La tablette de chocolat entière ou complètement consommée, il faut choisir,
Pas d’entre deux!

J’ai certes ressenti de nombreuses fois que certains textes, trop réels peut-être, n’avaient pas leur place ici,
Puisqu’il était parfois question aussi de cauchemars…
Mais pas de feintes excuses, ce n’est pas un nom qui empêche d’écrire!
Sinon une flemmardise un peu trop cultivée à coup de desserts chocolatés,
Le sucré pour échapper à la réalité et amortir sa soi-disant dureté,
Lorsque fuir devient urgent, c’est que le réellement nécessaire ou encore le nécessairement réel est trop angoissant…
L’angoisse de l’inconnu pire que celle de la mort disait Lacan.

Mais, un homme peut retrouver la face,
Ne serait-ce qu’une minute avant sa mort,
Malgré toute l’angoisse qu’elle lui procure,
Et partir sur une bonne impression…

Et pour ma part, j’aimerais pouvoir écrire encore cent ans!
Pas une minute à perdre donc,
Je m’y remets dès maintenant,
Et j’efface cette berceuse pour tenter de la remplacer par un âpre désir d’incandescence,
Ce truc qui ne peut se vivre qu’au présent!

Ces envies qui font qu’on le reste

Pardonne-moi de t’interrompre dans ce grand moment d’ennui…
En fait, je ne sais si je t’interromps ou te soulage…
Je te voyais tellement absent, pris dans une rêverie, ou un fantasme peut-être?
En fait, derrière ce visage en apparence calme et inexpressif, ton inconscient tapait à ma porte…

Ô rage ô désespoir ô viellesse ennemie !
N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?

J’ouvrais la porte, le priais de s’assoir lorsqu’il me fit part de ses envies…
De partir en vrille, d’extase, d’exaltation oui,
De ces envies qui nous poussent à brûler la vie par les deux bouts et nous empêchent donc de le rester…
Jamais rassasiées tel un ogre avide de petits enfants,
Une drogue, l’héroïne qui, d’exploits en exploits nous porte sur des sommets,
Oui l’inconscient était entré et il criait pour que nous partions vite loin fort à tout jamais, pitié Aaaahhhhh!
Faire quelque chose qui lui donne une impression de vivre bien que cela conduit droit vers la mort!
Bien que n’y tenant plus, je ne cédais pas à ces envies…
Je refermais doucement la porte et vivais l’instant avec cette douceur incomparable qui accompagne l’ennui.
En un mot, j’étais heureux, simplement, et simplement heureux…

Ulysse et les sirènes, deuxième

La bonne humeur rapatriée en urgence?
Malaka oui, c’est possible, mais sans ambulances ni sirènes hurlantes!
Ulysse, de retour en Grèce, les renvoie prestement à ces abysses auxquelles elles appartiennent !
Soudain donc, la Grèce, berceau de la démocratie européenne,
Mais aussi, et surtout, leader intergalactique de l’art de vivre, tout du moins avant le grand crac de…
2009?
Ou 2010?
Ou bien 2011?
Mais encore 2012?
Ah bon c’était peut-être bien 2013?
À moins que 2014?
Mais attendez, la France, elle, est en crise depuis 1977.
C’est bien simple, c’est la crise tout le temps! On étouffe !
La crise interminable, la crise parce que quels que soient les efforts, ils ne sont jamais suffisants.
Il faut toujours donc faire des sacrifices, baisser les salaires, gagner en compétitivité, pour retrouver des poings de croissance afin de pouvoir ex-porter.
Et blablabli ! Et blablabla !
Ce ne sont que des prétextes pour frapper sur des populations…
On connait la petite musique lancinante, hypnotisante,
On finit tous par y succomber en lisant « les média », et donc par fermer sa gueule, et bosser telle une machine.
C’est tout simplement l’effet du chant des sirènes… On l’écoute et puis à trop vouloir comprendre, on en perd son âme…
Et pendant ce temps là, les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent,
Non mais à quoi bon bosser lorsque le travail devient esclavagisme ?
Et donc les grecs, ce peuple surdoué dans l’art de vivre et épargné jusqu’ici par ces potions amères, se sont fait littéralement massacrer pendant 5 longues années par une bande de brindezingues obsédés par les chiffres et totalement déconnectés de la réalité … et pire, des gens au point de les considérer comme quantité négligeable devant les chiffres…
Oui, des extrémistes.
Et c’est donc à ce prix que des familles ont perdu toutes leurs économies pour renflouer les caisses des banques…
L’Argentine, pays magnifique, savant mélange d’Europe et d’Amérique ne s’en est pas encore remise, quinze ans après l’administration forcée de la même potion, rendez-vous compte …
Et puis soudain, Miracle!
Fin de la tragédie grecque !
Non seulement un parti de gauche arrive au pouvoir, ce qui n’était pas arrivé depuis les années soixante dix…
Parce que le comble c’est que c’est la même droite qui a coulé l’économie du pays qui prétendait la sauver!
Mais, en plus, un ministre des finances de gauche beau, intelligent, brillant stratège et bon communicant apparaît!
Ulysse! Te voilà, sublime ! J’en tombe à la renverse !
Ah, mes amis grecs, vous avez osé, oui!
Je n’ai rien vu venir, je n’y croyais plus!
Et vous nous sauvez aussi de l’affre du dimanche soir et de sa sombre compagne : la sourde angoisse du lundi,
Cette machine outil que l’on appelle Travail et dont le bruit du lendemain empêche parfois de dormir la nuit…
Mais ce soir je respire car…
Oui c’est bien cela j’ai soudainement retrouvé la voix la plume mais aussi l’espoir perdu dans cet outrage…
Plus que jamais, les grecs sont des dieux et les dieux sont grecs,
L’avenir de l’Europe commence en Grèce et ce, pour l’éternité !
Ulysse, Ainsi soit-il,
Adieu Austérité et pendant qu’on y est Adieu Alain Juppé !
Vive la croissance, l’expansion, la grandeur, le bien-être, la vie !

Pour une Mémoire Vive

Aller mieux commence souvent par une prise de conscience dérangeante…
Mais ensuite, comment ne pas l’oublier?
Un quelque part en soi meurt d’envie que cette perturbation s’efface afin que tout redevienne comme avant…

Le conatus de Spinoza est une force de la nature insoupçonnée pour que le quotidien persiste à continuer d’exister.

Au réveil, le rêve s’échappe au grand galop, et l’oubli chasse ces nuages de l’âme perturbants.
Et tout redevient comme avant. Et l’on tourne à nouveau dans l’infernal cirque de la vie quotidienne…

Alors, comment garder cette mémoire vive allumée?
En opposant l’optimisme de la volonté au pessimisme de la pensée! Oui Je veux!

Le sourire du Chat

Nu, revêtu simplement de son élégance singulière,
Il avance nonchalant, dans un silence teinté de mystère,
Il déambule, sa silhouette est belle et dédaigneuse à la fois.

Sans un regard, tressaillement d’oreille ou mouvement
Qui trahirait le quelconque intérêt qu’il me puisse porter …
M’en voici donc convaincu: Mon Chat me snobe!

Et pourtant je le traite en Dieu …
Je l’héberge le câline l’aime depuis que j’eus le privilège d’être son élu.
Je le nourris, m’extasie, porte l’adoration jusqu’à nettoyer son cabinet …

Je suis son petit homme, servant, esclave volontaire …
Mais si « mon » chat n’existait que pour être adulé?
À moins que je n’existe que pour me prosterner?

Du haut de son regard abyssin, il me nargue avec son sourire matois,
Me prend de haut, et semble se moquer de ma condition de pauvre humain
Bougeant parfois à peine une oreille en guise de consolation …

Le tricycle

J’ai trois ans et demi, peut-être quatre tout au plus. Je suis sur mon tricycle jaune. Gosse invincible. Rien ne peut m’arriver. Je suis le gentil de toutes facons, j’ai dû sauver la terre une dizaine de fois dans les dernières heures. Rien ne m’arrête, sauf peut-être Stéphane qui s’amuse à jouer au méchant et contrarie donc systématiquement mes plans. C’est très fatigant alors qu’on pourrait très bien sauver le monde ensemble mais non, nous ne sommes jamais d’accord, alors c’est coup bas contre coup bas! On ne lâche rien, Jamais! Meilleurs ennemis!

Contrairement aux opinions de la plupart des adultes touchés le plus souvent par une grande amnésie collective, la vie d’enfant n’est ni reposante ni drôle! Il y a beaucoup de travail pour empêcher le pire de s’accomplir, en l’occurrence les plans démoniaques de Stéphane le méchant! C’est très important! On ne peut pas laisser faire!

Il y a certes des moments de répit, comme là sur mon tricycle jaune, sur ce petit pont en ciment devant le garage de la maison de mes grands parents. Plus que du répit, c’est de l’ennui même, un ennui à mourir. Je ne sais pas ce que fait Stéphane sur son grand vélo à deux roues et deux roulettes, mais malheureusement pour moi, il ne semble pas très diabolique. Peut-être fait-il souffrir une mouche, bref, rien de très important … Mon intervention n’est pas nécessaire, le monde n’est pas en péril, mon orgueil n’est pas remis en question, tout va bien …

Alors, je regarde autour de moi. Que vais-je bien pouvoir faire dans ce moment de calme? Rester tranquille, regarder les oiseaux? Vous n’y pensez pas, il doit quand même y avoir des choses importantes à faire … Mais on n’a pas vraiment besoin de moi en ce moment, l’oisiveté m’est pesante, je m’ennuie et j’ai envie de faire un truc. C’est une sorte de légère démangeaison interne comme pour combler un vide … Il faut agir … Faire quelque chose, vite! Je ne peux quand même pas faire souffrir la mouche avec Stéphane! Mon status de gentil universel ne s’en remettrait pas, et puis … mon orgueil m’en empêche … Même si ce ne serait pas la première fois que je m’assieds dessus pour un acte passionnant, pas maintenant!

Alors il y a bien cette rivière qui coule sous le petit pont, et ce bord à quelques pas … Mamie – la sainte protectrice – m’a dit de faire bien attention à ne pas tomber dans la rivière. Sa voix est montée dans les aigus pour insister. Mais pourquoi? Et si je tombe, que se passe t’il? Rien de terrible sans doute … Du moins je ne crois pas … Alors je m’approche silencieusement du bord. Je regarde Stéphane, il est toujours très occupé. Je regarde la rivière … Le courant est important … Le danger est réel … Le coeur palpite … J’ai envie de savoir:

Que se passe t’il si je tombe?

Qu’y a t’il en dessous?

Alors je me colle au bord en tricycle. Je place doucement une roue dans le vide, joue à basculer, trouve un premier point d’équilibre. C’est drôle le danger, on se sent soudain très éveillé, les sens en action, la respiration plus rapide … Je ne cherche pas à tomber réellement … Du moins je ne pense pas … Juste à me faire peur … Trouver la limite … Mais j’avance irrésistiblement vers le vide.

Je dépasse le point d’équilibre, me penche en arrière, rétablit superbement la situation … Ouf j’ai eu vraiment peur … Mais soudain le tricycle glisse! Et je tombe  dans cette rivière qui m’engouffre dans les égouts …

Aux fusilleurs de l’Amour

À vous les fusilleurs de l’amour!
Vous vous croyez modernes, mais prescripteurs nihilistes, voilà ce que vous êtes!
Et si je vous méprise autant aujourd’hui, c’est qu’hier, vos croyances je fis miennes,
Et c’est à la ruine de l’âme, du corps, au coeur de l’abime qu’elles m’ont mené.
Au suicide, voilà ce que vous appelez inconsciemment de vos vœux!

Vous ne comprenez rien a l’Amour et vous vous en déclarez maîtres.
L’Amour serait donc une alchimie basée sur les points communs entre deux êtres.
Chacun, suivant sa catégorie sociale, aurait droit à un alter ego.
Nous serions donc constamment dans la recherche d’un mieux!

Être d’accord en guise de jouissance ultime.
Demain, l’algorithme permettant à chacun de trouver son Autre rendra l’humanité paradisiaque.
La solitude éradiquée, ces « parfaits binômes » pourront procréer pour le plus grand bonheur d’une société archéo-parentale comblée par une technologie assouvissant ses rêves les plus fous.
Certains, une poignée d’ambitieux ne se contenteront pas des propositions formulées par « le système ». Ils trouveront des moyens de se marier avec quelqu’un dans une catégorie supérieure, tels les mariages entre bourgeois et nobles du 18eme siècle en guise de réussite sociale!

Mais pourtant, une courbe que l’on choisit d’ignorer tous les jours démontrera une çroissance de la misère intellectuelle.
Celle du suicide, drame d’une société réglementée qui encadre l’humain et le tue de l’intérieur.

Fuyons mes amis! Résistons à cette propagande nihiliste!
N’en doutez pas, si personne ne comprend rien a votre Amour, c’est qu’il est véritable car de par sa nature, il est incompréhensible.

Bientôt, nous aurons des capteurs dans le cerveau.
Ils nous indiquerons si nous sommes heureux ou tristes.
Nous serons alors invités à réagir en conséquence pour redresser la situation, car bien sur, la tristesse doit être évitée.
Un projet de loi pour éradiquer la tristesse sera approuvé à l’unanimité par des « politiques hommes ».
En robots hédonistes à la volonté annihilée nous serons donc transformés.

D’ici la, je serai loin mais parmi vous,
Jouant la comédie de la ressource humaine,
Amoureux fou ou Fou furieux, je n’ai pas encore vraiment décidé…

On vous ment!

Vous qui croyez impossible de concilier l’inconciliable!
A qui on explique qu’il faut faire des choix simples,
Être raisonnable ou pire, normal, ce mot ignoble!

Vous qui avez été assez crédule pour y croire,
Et qui pourtant – malgré les somnifères – ne dormez pas si bien la nuit,
Et bien je vous le dis, dans le blanc des yeux, sans sourciller:

Vous vous trompez!
Votre recherche de tranquillité
Est une chimère au goût si funèbre que vous êtes déjà mort
Sans même vous en rendre compte.

Vous me répondrez alors:

Mais je ne souhaite qu’un peu de quiétude

Et bien le moment est venu de choisir!
Prenez donc un puissant calmant!
Veillez surtout à ce qu’il vous soit fatal!

Ainsi vous pourrez profiter de la tranquillité durant l’éternité!
Et moi de ne plus subir vos sinistres leçons de morale!

Et pourtant, l’espoir est permis même aux plus cons d’entre nous!
Oui, ressusciter est toujours possible, je ne perds pas espoir en vous,
Tant que vous vous maintenez à une saine distance qui me permette de respirer convenablement.

Et pourquoi pas après tout?
Que celui qui n’a jamais été crucifié lève la main et se jette immédiatement d’une falaise!
Ainsi, commencera t’il enfin à vivre!

L’amant

Je fermais les yeux et son visage apparaissait. Je ne pensais pas m’être autant attaché à ce garçon. Il ne s’était encore rien passé entre nous, quelques conversations, des sourires inconscients comme lorsque deux personnes apprécient le moment, une voix un peu plus aiguë peut-être, la recherche de sujets de conversation tout à fait banales pour faire durer ces trop brefs moments passés ensemble, car ni l’un ni l’autre n’avait pu, n’avait su demander le numéro de téléphone, trop concentrés sur le moment, pas du tout sur le coup d’après.
Il n’était pas là donc, alors que justement, précisément c’était le soir où je comptais l’inviter à boire un verre, pour prolonger enfin ces conversations trop courtes, se rapprocher, s’embrasser peut-être. Alors que c’était le soir où je pensais à l’après, il n’était pas là, comme un coup de tonnerre pour me rappeler qu’il n’y aurait jamais de suite, que tout se vivrait toujours dans l’urgence du présent, et qu’il faudrait se contenter de celà, pour l’éternité. Le reste nous était interdit, nous étions maudits pour cause d’adultère, mon superbe amant ne serait que chimère, il me fallait me rendre à l’évidence, peut-être même ne le reverrai je jamais plus.
On l’avait assassiné pour empêcher un bonheur futur, l’antérieur cherchant à prévenir le naufrage qui s’annonçait.
Ou bien pire, il avait eu peur et n’oserait plus jamais me recroiser.
C’était la fin d’une histoire qui n’avait jamais commencé, et dont le seul déroulement avait été dans ma tête.
Mais s’il y avait une seule chance – si petite soit-elle – pour que cette histoire eût lieu, je me promettais de tout mettre en oeuvre pour pouvoir la vivre, et rien ni personne ne pourrait m’arrêter.

Garçons

Il y avait deux garçons très intéressants dans mon gymnase. En fait, il y en avait plus de deux, mais ces deux là se détachaient par leurs corps et beautés respectives.
L’un portrait une paire de lunettes qui lui donnait un faux air d’intellectuel, ce qui n’est pas très courant dans une salle de sport. C’était le garçon parfait pour aller au cinéma, ou encore au musée, à présenter à ses parents, qui s’intégrerait très bien dans la famille. Un très bel homme bon chic bon genre, cultivé, modeste, probablement gentil, d’une telle sagesse que sa véritable nature sauvage s’exprime au lit, soudain, lorsque toutes les barrières sont lâchées.
L’autre – son rival – est bien différent. Sa beauté est solaire, il rayonne tellement qu’il en est insolent. Il subjugue la salle lorsqu’il est présent. Les autres n’existent plus, leurs muscles se retiennent afin de ne pas déranger. Mais c’est surtout son regard qui fascine. Car on décèle la conscience de sa propre beauté dans ses yeux, la maîtrise de son pouvoir sur les autres par l’effet qu’il exerce sur eux. Car à son visage brun répond un corps musclé, dont la finesse s’étend par des jambes superbes jusqu’en bas du corps.
C’est l’amant parfait, celui des nuits enflammées, impresentable d’orgueil mais certainement pas impénétrable, celui que l’on chevauche et qui vous chevauche en retour, avec qui l’on rêve dans des nuits follement agitées de partir au bout du monde dans un coup de folie qui ranimerait le plus mort des vivants.

Un monde sans merde

Un monde sans merde!
Voila un projet fort éloigné,
Tant nous en sommes submergés.

Dans ces moments surréalistes,
Annonciateurs d’apocalypse dans lequel
L’espoir n’existe plus, le désespoir non plus,
L’Humain semble vaincu.

Coma éthylique ou mort clinique?
Conscience endormie ou définitivement morte?

Les « grands esprits » regardent ailleurs,
Leur nez plongés dans cette marée
Infinie et dégoulinante de données,
De laquelle on extraira bientôt
Une « Vérité » bien particulière
Justifiant les pires atrocités.
A cela, il nous faudra résister.

Ces grands esprits qui savent nous parasitent, ils nous empêchent,
Avec leur flot de certitude, nous cherchons à comprendre
De quoi sera fait cet Avenir si magnifique qu’ils souhaitent nous vendre.
Leur dédier du temps de cerveau disponible, voila notre erreur.

La science en nouvelle religion englobe la société et abrutit les esprits les plus vifs.
Elle nous porte dans une culture de l’instant qui nous fait oublier l’essentiel.
L’humain, les mots, la baise, l’Amour.
Rien n’est plus important.

C’est parce qu’on oublie ces Essentiels,
Ces besoins dont les bienfaits apparaissent
Lorsqu’ils sont utilisés de manière combinée
Lecture pour s’enrichir, Ecriture pour s’élever
Amour pour s’émouvoir, Baise pour se libérer.

Si le monde s’emmerde un peu plus chaque jour,
S’il nous entraîne dans cette spirale infernale,
C’est parce que nous avons perdu cette capacité de retraite,
Cette prise de distance avec le temps pour revivre cet essentiel qui nous fait défaut.

Si l’espoir le désespoir semblent perdus, rien n’est perdu pour autant.
Dans ces moments sombres, le probable devient incertain, et l’impossible probable,
Lorsque tout est noir, le sursaut devient nécessaire.
Et si ce monde sans merde n’était pas si loin?

Un peu Beaucoup Passionnément … À la Folie?

Dans le Fantasme l’esprit prend la fuite,
Atteignant des altitudes célestes inégalables.
Bien au delà de la stratosphère, les pensées peuvent devenir
Solaires Lunaires Galactiques Lumineuses Grandioses!

La pensée s’étire dans une extravagante infinité,
L’idée naissante n’a pas le temps de mûrir qu’elle est déjà idolâtrée.
Alors elle se consume et nous consomme,
Elle brule et aspire l’être tel un corps bouffi de jouissance.

Heureusement ou Malheureusement
– Chacun décidant ce qui lui est « préférable » –
Un certain retour à la réalité s’opère.
En douceur ou « Brace Brace » en catastrophe,
Atterrissage, et tête à Terre.

Alors, Rêve ou Fantasme?
L’un évade quand l’autre embrase.
Difficile de s’abstenir de ce mal qui fait du bien,
Même s’il ramène droit dans la caverne
Ah! La Caverne …

Virus médiatique et Délire du marché

Les bourses mondiales font les montagnes russes,
Dans leur mouvement perpétuel aussi brusque qu’incompréhensible,
On alterne entre baisses et dégradations de notes,
Les nouvelles apocalyptiques se succèdent dans un cauchemard à rallonge.

Le système est-il enlisé dans la recherche du gain immédiat?
La crise est-elle financière, politique, sociale?
On ne sait même plus, pas le temps d’y penser,
Il faut survivre, avancer, « s’en sortir« ,
Par le haut si possible, par le bas c’est impensable!

Nous voici donc irradiés par un nuage médiatique,
Dans son mouvement continu il captive l’attention,
La radioactivité des mauvaises nouvelles s’étend et nous contamine,
Subrepticement, un virus – le pessimisme – colonise notre esprit,
Dans une succession d’événements qui nous dépassent.

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Je voudrais te dire …

Je voudrais te dire que je ne t’aime plus mais je te hais,
Je voudrais te dire le mal que tu me fais mais tu es sourd,
Je voudrais te dire adieu mais imperturbable tu restes muet.

Je suis face à ce mur de silence,
Qui semble bien décidé d’en finir,
Ce silence qui pue la mort.

Et ni mes cris ni mes larmes n’y pourront rien changer.

Hermétique, insensible tel un diamant poli,
Je suis exilé par ta volonté de tyran.

Ton silence me soumet.
Et personne ne m’a jamais traité comme celà.

Je ressens cette violence inouïe,
Fruit d’une impuissance contre-nature mais assumée,
Pour tenter – dans un dernier souffle – de nous sauver.

Mais pour combien de temps accepterai-je cette souffrance?
Pour un jour ou pour un an?
Tes paroles – mon oxygène – me viennent à manquer,
Et ton plaisir de sadique me fait suffoquer.

Procrastination, la Paresse Intellectuelle Tue

La «PIT», cette nouvelle donnée économique,
Ou plutôt anti-culturelle à souhait,
Tant la Paresse Intellectuelle, Tue.

Peut-être – comme moi – vous empêche-t’elle de créer?

On l’appelle procrastination,
Virus du 21ème siècle,
Certes fort mal nommée,
Mais connaît-on une maladie au joli nom?

Alors on procrastine, on esquive, on papillonne,
Appelez celà comme vous voulez,
Mais si vous ne trouvez pas d’écrit pendant deux jours,
Vous imaginerez bien quelle mouche m’aura encore piqué!

Ne Rien Faire

Alors devant la débauche d’activités pour esquiver,
Ou l’effort pour rentrer dans la plus complète inactivité,
Et l’épuisement créé par la culpabilité ainsi générée,

Peut-être devrait-on s’y mettre pour de vrai,
ni devoirs ni obligations,
Mais à toutes ces choses dont on a envie et ne fait jamais.

Et lorsque vient enfin le moment où l’on pourrait,
On préfère s’abandonner ou s’exciter à tout sauf au plaisir.
Vous conviendrez de la grandeur de ce n’importe quoi!

Alors, on s’y remet?
A moins bien sûr que vous ayez encore autre chose à faire…