Ces envies qui font qu’on le reste

Pardonne-moi de t’interrompre dans ce grand moment d’ennui…
En fait, je ne sais si je t’interromps ou te soulage…
Je te voyais tellement absent, pris dans une rêverie, ou un fantasme peut-être?
En fait, derrière ce visage en apparence calme et inexpressif, ton inconscient tapait à ma porte…

Ô rage ô désespoir ô viellesse ennemie !
N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?

J’ouvrais la porte, le priais de s’assoir lorsqu’il me fit part de ses envies…
De partir en vrille, d’extase, d’exaltation oui,
De ces envies qui nous poussent à brûler la vie par les deux bouts et nous empêchent donc de le rester…
Jamais rassasiées tel un ogre avide de petits enfants,
Une drogue, l’héroïne qui, d’exploits en exploits nous porte sur des sommets,
Oui l’inconscient était entré et il criait pour que nous partions vite loin fort à tout jamais, pitié Aaaahhhhh!
Faire quelque chose qui lui donne une impression de vivre bien que cela conduit droit vers la mort!
Bien que n’y tenant plus, je ne cédais pas à ces envies…
Je refermais doucement la porte et vivais l’instant avec cette douceur incomparable qui accompagne l’ennui.
En un mot, j’étais heureux, simplement, et simplement heureux…

Le nageur

Contrairement à l’autre vestiaire, il n’y a pas grand chose à attendre de celui ci, ou bien je n’ai rien à craindre, c’est selon, un peu des deux sans doute, une angoisse qui cache beaucoup d’envie.
Et pourtant, mon petit doigt ne semble pas si désolé, une surprise est toujours possible.
Pendant que je choisis un casier, la surprise prend la forme d’un magnifique nageur. Sa combinaison ressemble à celle d’un lutteur, elle lui colle à la peau.
Sans prendre le temps de se déshabiller, il file à la douche et se place dans cette diagonale parfaite qui permet de nous regarder.
Il se déshabille au fur et à mesure que je me change, dans des regards subjectifs dont nous partageons le tempo.
Mais il faut faire vite car je vais bientôt partir. Il comprend et revient à peine rincé, tandis que je me dirige dans les toilettes pour l’attendre…

Surmenage

On paie toujours la jouissance,
Pas sur le moment bien sûr mais dans un après sans pitié auquel il faut s’attendre,
D’ailleurs on se dit parfois qu’on n’a pas vraiment le choix alors que pas du tout,
On a toujours le choix de ne pas jouir,
De prendre les choses calmement telles qu’elles viennent,
De ne pas se laisser démonter par ses angoisses et de réduire la vitesse,
Ralentir un peu, repasser en roue libre même si ça monte c’est parfois nécessaire.

On en a besoin mais pas forcément le courage ou la force, la jouissance quelle qu’elle soit est une fuite, une échappée vers un ailleurs que l’on souhaite meilleur,
Dans ce cas, il y a des fantasmes liés au surmenage,
des envies de grandeur, de richesse, de célébrité ou pire, les trois à la fois!

Et le problème vient d’une forme de colère qui naît en soi,
de ne pas être plus aidé dans sa quête par les autres,
mais en fait c’est heureux car ça freine un peu,
au moins ça énerve mais ça n’encourage pas.

Mais il y a cette colère, cet énervement
Qui n’est que la conséquence postérieure de la jouissance,
Et qui ne repose sur rien d’autre mais qui utilise un objet, l’autre,
Pour lui faire payer les pots qu’il n’a pas cassés.

Il y a tout cela et c’est la conséquence logique d’un week-end travailleur.

Et bien qu’étant pris dans cet engrenage,
Il faut absolument ralentir la machine, freiner, s’arrêter pour souffler un peu
Au risque d’exploser en vol telle la navette challenger
Dont la maintenance avait peut-être été défaillante
Et qui se termina en ce dramatique accident alors que son objectif était les étoiles.

N’est ce pas celui de tous?