L’amant

Je fermais les yeux et son visage apparaissait. Je ne pensais pas m’être autant attaché à ce garçon. Il ne s’était encore rien passé entre nous, quelques conversations, des sourires inconscients comme lorsque deux personnes apprécient le moment, une voix un peu plus aiguë peut-être, la recherche de sujets de conversation tout à fait banales pour faire durer ces trop brefs moments passés ensemble, car ni l’un ni l’autre n’avait pu, n’avait su demander le numéro de téléphone, trop concentrés sur le moment, pas du tout sur le coup d’après.
Il n’était pas là donc, alors que justement, précisément c’était le soir où je comptais l’inviter à boire un verre, pour prolonger enfin ces conversations trop courtes, se rapprocher, s’embrasser peut-être. Alors que c’était le soir où je pensais à l’après, il n’était pas là, comme un coup de tonnerre pour me rappeler qu’il n’y aurait jamais de suite, que tout se vivrait toujours dans l’urgence du présent, et qu’il faudrait se contenter de celà, pour l’éternité. Le reste nous était interdit, nous étions maudits pour cause d’adultère, mon superbe amant ne serait que chimère, il me fallait me rendre à l’évidence, peut-être même ne le reverrai je jamais plus.
On l’avait assassiné pour empêcher un bonheur futur, l’antérieur cherchant à prévenir le naufrage qui s’annonçait.
Ou bien pire, il avait eu peur et n’oserait plus jamais me recroiser.
C’était la fin d’une histoire qui n’avait jamais commencé, et dont le seul déroulement avait été dans ma tête.
Mais s’il y avait une seule chance – si petite soit-elle – pour que cette histoire eût lieu, je me promettais de tout mettre en oeuvre pour pouvoir la vivre, et rien ni personne ne pourrait m’arrêter.

Garçons

Il y avait deux garçons très intéressants dans mon gymnase. En fait, il y en avait plus de deux, mais ces deux là se détachaient par leurs corps et beautés respectives.
L’un portrait une paire de lunettes qui lui donnait un faux air d’intellectuel, ce qui n’est pas très courant dans une salle de sport. C’était le garçon parfait pour aller au cinéma, ou encore au musée, à présenter à ses parents, qui s’intégrerait très bien dans la famille. Un très bel homme bon chic bon genre, cultivé, modeste, probablement gentil, d’une telle sagesse que sa véritable nature sauvage s’exprime au lit, soudain, lorsque toutes les barrières sont lâchées.
L’autre – son rival – est bien différent. Sa beauté est solaire, il rayonne tellement qu’il en est insolent. Il subjugue la salle lorsqu’il est présent. Les autres n’existent plus, leurs muscles se retiennent afin de ne pas déranger. Mais c’est surtout son regard qui fascine. Car on décèle la conscience de sa propre beauté dans ses yeux, la maîtrise de son pouvoir sur les autres par l’effet qu’il exerce sur eux. Car à son visage brun répond un corps musclé, dont la finesse s’étend par des jambes superbes jusqu’en bas du corps.
C’est l’amant parfait, celui des nuits enflammées, impresentable d’orgueil mais certainement pas impénétrable, celui que l’on chevauche et qui vous chevauche en retour, avec qui l’on rêve dans des nuits follement agitées de partir au bout du monde dans un coup de folie qui ranimerait le plus mort des vivants.