Poésie à sants

Le quai d’une gare n’est jamais magnifique, et pourtant, il arrive quelquefois d’un simple détail pour transformer le cadre…
Je m’assieds sur un banc en attendant mon train vers un ailleurs à la fois lointain et proche,
J’entends un faible son ou plutôt un rythme à base de croche deux doubles..
Je lève la tête et voit en face, de l’autre du quai, deux filles et un garçon assis sur le banc d’en face…
La première sur la gauche est vêtue de noir jusque ses cheveux,
La seconde porte un manteau blanc,
Le troisième est vêtu de noir mais son jean est troué au niveau des genoux…
Bercé par le rythme, il pose doucement sa tête sur la fille vêtue de blanc,
Une épaule confortable, mais… Celle-ci se lève et laisse son manteau blanc !
Bien embêté par cet oreiller qui déménage, le garçon se déplace doucement sur l’autre siège, s’assied sur son manteau, puis demande à sa nouvelle voisine si elle peut rapprocher son épaule et pose la tête dessus.
Tam talata tam, le rythme le berce à nouveau et il sombre lorsque son ex voisine revient, lui demande son manteau et par vexée alors qu’il sombre à nouveau non sans se demander s’il ne devrait pas courir le chercher…
Le contraste est saisissant entre le non design utilitaire du quai de gare de sants avec ses lumières couleur néon, et la douce beauté de ces trois compères…

Non au mac do de l’esprit: Je vous aime Charlie

Il y a  certaines choses terrifiantes dans la vie…
L’assassinat de Charlie Hebdo en est une.
La fatwa lancée 200 ans après notre révolution française pour réduire au silence Ahmed Salman Rushdie en est une autre.
J’éprouve un sentiment proche de celui du onze septembre, mais avec l’espoir en plus : On a touché le fond. Les tentatives de récupérations ne marcheront pas.
Rejouer le coup des guerres de civilisation est certes à la mode, mais la ficelle est un peu grosse et surtout usée. Il serait peut-être temps de cesser ces visions réductrices qui associent islam et meurtres et se poser des questions de fond :
Comment a réagi la société espagnole devant les attentats d’ETA tuant des milliers de civils espagnols, oui des milliers! A t’on assimilé pour autant basque et terrorisme ?
Et l’Angleterre protestante avec l’IRA? Les catholiques étaient-ils tous  suspects ? A t’on rallumé les guerres de religion ?
Et Israël avec l’attentat contre Yitzhak Rabin où, curieusement, le pays semble s’être laissé emporté par son agresseur d’extrême droite qui aura réussi à tuer non seulement l’esprit d’un homme mais aussi, et surtout un processus de paix !
On peut donc choisir après un acte comme celui-ci, et cela peut-être un choix fondateur.
La France est à la croisée des chemins, mais pas sur le chemin des croisés comme cela plairait à certains… Car, je crois que les français ne sont pas les rhinocéros de Ionesco. J’ai décidé de croire en mon peuple, en mon pays.

Dans ces moments complexes, une hygiène de la tête est néanmoins conseillée : Tout d’abord éviter les quarante mille analyses en boucle de ces médias qui font du sensationnalisme, des larmes et vendent du temps cerveau disponible… Ne pas s’isoler pour autant mais écouter les médias avec parcimonie en sélectionnant des sources variées et de qualité.

En effet, les cinq sens forment notre perception et nous permettent d’accéder à une réalité partielle.
Telle notre cuisine qui cultive le goût, il nous faut donc aussi cultiver la liberté de penser. Et pour cela, éviter les mac do de l’esprit. C’est à mon sens le meilleur hommage que l’on puisse faire à ces hommes libres morts dans leur art. Oui, je vous aime Charlie.

Objet Volant Non Identifié

C’est le retour de l’ovni, virevoltant de droite à gauche, ou de gauche à droite.
Cet objet si imperceptible mais présent à la fois, qui empêche bloque capture l’esprit, crée frustrations et colère, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie puis à la rage.
Alors, la seule manière de sortir de l’objet c’est d’écrire et donc reprendre une hauteur pour transformer le sacrifice en générosité.
Retrouver son centre sans chercher à être entendu, mais avec des mots qui glissent depuis ma bouche à votre oreille comme si je vous embrassais.
Écrire telle une nécessité supérieure, j’allais dire une hygiène, mais non quelle horreur!
Et pourtant, telle une douche tiède froide ou chaude, un bain aux arômes relaxants, l’écriture est l’hygiène de l’âme. Elle peut en être aussi bien les chiottes qu’une toilette de chat ou un moment sensuel.
Les médecins de demain tout comme ceux d’hier recommandent d’écrire quelques lignes en plus du petit verre de pinard et de la petite marche quotidienne…
Mais tout cela ne serait rien que de la merde s’il ne s’agissait pas de moments privilégiés avec soi-même, des moyens détournés d’atteindre une forme de grâce dans l’oeil du cyclone.
Un simple prétexte donc pour discuter avec soi-même…

L’Amour dans un grand huit

Demain je ne t’aimerai plus du tout, ce sera la fin de notre histoire.
Aujourd’hui je t’aime un peu et tu me sembles quelconque,
Hier je t’aimais passionnément, tu étais magnifique!
C’est l’Amour tel un grand huit,
Qui monte, descend, mais toujours à pic!

Ponctualisé par ces notifications venues d’ailleurs qui nous perturbent à présent.
Un message et soudain la réalité change,
De la pénombre à la lumière,
Je ne t’aime plus, j’en aime un autre,
Ou encore j’ai envie de tous ces autres.

Et puis il y a ces paroles d’amour prononcées hier et qui sonnent faux aujourd’hui.
Je ne t’aime plus ou serait-ce que je ne veux plus t’aimer pour pouvoir aimer le prochain?

L’Amour tel un grand huit est quelque chose de brutal,
On en sort secoué, remué, avec une forte envie de vomir qui peut durer des semaines…
Que faire sinon rompre quand les sentiments font du yoyo?

L’âge Atomique

C’est l’histoire de deux amis, éternels adolescents,
Deux poètes, rebelles, au verbe incandescent qui transperce une banquise.
De quoi réveiller cet amour passé, jamais oublié,
D’un doux soleil caressant le brouillard de Novembre.
Impénétrable, défense insoumise, tyran enfoui…

Au fur et à mesure que le sirocco souffle,
Les vestiges d’amour préhistorique s’éveillent,
Telle une faille spatio-temporelle, le passé au présent.
Et les doutes d’une maturité nouvelle surgissent.
Et si … le tyran n’était pas « que lui »?

Le décalage est parfois frappant,
Le changement, l’adaptation, l’oubli,
Le matérialisme, la société, le refus de choisir,
De prendre un risque, celui de perdre,
Mais d’être vraiment soi peut-être,
Et s’assumer, enfin, peut-être, un jour, ou bien jamais?