Sur Oscar Wilde

Prologue

On perçoit Oscar Wilde l’esthète dilettante jamais à cours de bons mots, mais l’homme est beaucoup plus profond que cela.

  • Bien sûr, il s’est inspiré de ce qui se faisait déjà, comme tous les grands écrivains
  • C’est un penseur du langage tel Nietzsche qui lui était contemporain, qui a travaillé sur l’épaisseur phonique et le sens, et a modifié le point de vue de la littérature
  • Il s’est consacré à ce qu’il jugeait de plus haut: La Beauté et la Littérature

Chapitre 1 : Oscar Wilde, écrivain

Wilde l’Irlandais

Wilde disait:

« Je suis celte et non pas anglais. »

Il préférait d’ailleurs le français et le grec ancien.

« Français de sympathie, je suis irlandais de race et les anglais m’ont condamné à parler le langage de Shakespeare »

Son père était chirurgien, et publia deux recueils sur la culture populaire irlandaise, sur les superstitions et contes de fées. Sa mère était une ardente nationaliste et écrivait des poèmes patriotiques enflammés sous le pseudonyme speranza. Il était donc partagé entre un malaise contre cette Angleterre qui n’intervint pas pendant la grande famine de 1845, et malgré tout, une volonté d’être reconnu.

Oxford, John Ruskin et Walter Pater

Récompensé pour ses compétences helléniques alors qu’il était étudiant à Dublin, il bénéficie d’une bourse et entre au Magdalen College à Oxford. Cela marquera le premier tournant de sa vie, le second étant son incarcération.

Ses disciplines favorites étaient la littérature, la philologie, l’histoire ancienne et la philosophie. Il admirait Platon et idéalisait la Grèce antique, notamment car l’homosexualité y était courante.

Il s’intéressait à Hegel car:

  • Si sa pensée visait à saisir l’essence de la vie, elle ne faisait pas pour autant l’impasse sur l’existence concrète.
  • Les professeurs d’Oxford soulignaient la pertinence de la théorie hégélienne de la dialectique, fondée sur l’idée d’une réconciliation des contradictions : Pour que la vie perdure, il faut que chaque chose soit l’autre d’elle-même, et Wilde eut systématiquement recours au paradoxe dans son oeuvre.
  • Selon Hegel, « les vaincus doivent analyser les stratégies du vainqueur »

John Ruskin (1819-1900)

  • Auteur de « Modern Painters« , « The Seven Lamps of Architecture » et de « The Stones of Venice« 
  • Oscar Wilde l’admire et l’appelle le Platon anglais, prohète du bien et du beau.
  • Ruskin prêchait qu’esthétique et éthique étaient liées, ce que ne partage pas Wilde, qui partage son goût pour l’esthétique mais la dissocie de l’éthique, et écrit notamment dans la préface du Portrait de Dorian Gray:

« Il n’existe pas de livre moral ou immoral, un livre est bien écrit ou mal écrit, un point c’est tout »

Walter Pater (1839 – 1894)

  • Homosexuel, universitaire brillant et écrivain apprécié
  • Wilde le rencontre lors de sa 3ème année d’études en 1877
  • Il lui fait lire les Trois contes de Gustave Flaubert (1821 — 1880)
  • Auteur de « The Renaissance« , Wilde l’évoque dans « De Profundis » en 1897 « that book which has had such strange influence over my life« . C’est notamment sa célèbre conclusion qui considère comme une en soi l’expérience  et non pas le fruit de l’expérience que Wilde interprète comme une incitation à vivre son existence -et donc sa sexualité- en dehors de tous repères moraux, alors que Pater évoquait seulement l’effet bénéfique sur l’esprit plutôt que sur le corps.
    Wilde dit à Yates « La trompette du Jugement Dernier aurait dû sonner au moment où il a été écrit« 
  • Au contraire de Ruskin, Pater dissociait le culte du Beau de la contrainte morale. Il opposait aussi à l’idéalisme et au christianisme le matérialisme et l’hellénisme qui avaient sa préférence. Pour Pater, la vie était une succession d’actes fugitifs ; aussi l’esthète devait-il cultiver l’instant. C’est tout le propos de Lord Henry qui exhorte Dorian Gray à vivre pleinement son existence, comme s’il était une caricature de Pater. Lorsque lord Henry préconise le développement d’ « un nouvel hédonisme », il se réfère à la Conclusion de La Renaissance.
  • Si l’on prend en compte les effets désastreux des conseils qu’il prodigue à Dorian, il apparaît que la posture caricaturée de Pater a eu des effets tout aussi dévastateurs sur Oscar Wilde.

 Création d’une réputation : Oscar Wilde en Amérique

  • Oscar Wilde part pendant 1 an aux États-Unis et au Canada pour faire son auto-promotion. C’est une étape importante dans la création de son image.
  • Trois conférences au programme « La Renaissance anglaise », « Les arts décoratifs » et « La belle maison », qu’il révisa sans cesse lors de sa tournée.

Il déclare au douanier:

Oscar Wilde – « Je n’ai rien à déclarer si ce n’est mon génie ».
Réponse de l’officier – « Cela, Monsieur, est un bien qui aux États-Unis n’a nul besoin de protection ».

  • Si Wilde était attendu par les foules en tant qu’apôtre de l’esthétisme, c’est qu’il incarnait un mouvement déjà connu sur place. Le nom de John Ruskin n’était pas inconnu, et Walter Pater avait en Amérique une notoriété considérable. Wilde était donc attendu en tant que porte-parole d’idées jugées importantes.
  • Une autre raison de l’intérêt porté aux idées d’Oscar Wilde est fondée sur la recherche, aux États-Unis, de nouvelles valeurs : par exemple, le désir des femmes de s’affranchir du joug patriarcal, celui des pères et des maris, notamment car elles avaient assumé certaines tâches des hommes durant la guerre de Sécession : Celle du travail, mais aussi celle de l’art et, d’une manière générale, de la création.
  • Mais ces idées bouleversaient aussi une certaine conception de l’ordre puritain qui voyait dans de tels intérêts des préoccupations « efféminées » et « décadentes ». D’où les caricatures de Wilde le représentant sous la forme d’une créature androgyne :
    certains le soupçonnaient de vouloir déstabiliser les frontières ordinaires entre les catégories établies, notamment celles séparant le « masculin » du « féminin ».
  • Le thème central de ses interventions était l’influence de la beauté de l’environnement sur le bonheur humain : entourons-nous de beaux objets pour être heureux ! L’art ainsi intégré dans le quotidien apporterait paix et quiétude : la conception ici défendue était utilitaire
    et moralisante, Wilde se plaçant du côté de Ruskin, bien plus que de celui de Théophile Gautier ou de Walter Pater.
  • Les « arts décoratifs » consistaient à embellir les objets de la vie quotidienne -tapis, papier peint, vaisselle- à la seule condition que ceux-ci fussent fabriqués à la main. Si la machine est efficace, concéda-t-il, elle est privée de « la vitalité du cœur et de la tête de l’artisan ».
  • L’artisanat est mis en valeur, l’exaltation du travail, la beauté du geste, et la créativité des femmes qu’il fallait encourager, des propos subversifs dans une société qui croyait majoritairement à la puissance masculine.
  • Wilde appela enfin de ses vœux la création d’écoles d’art dans les villes américaines.
  • Wilde exhortait son auditoire à n’accepter que le « beau » et l’ « authentique » : « N’acceptez aucun matériau qui en imite un autre, comme du papier représentant du marbre ou du bois peint imitant la pierre et n’ayez aucun bibelot manufacturé ».
  • Puis conférence à San Francisco le 5 avril 1882 « Poésie et poètes irlandais du XIXe siècle » où il défend le génie de son pays natal.

La conquête de Londres, succès littéraires

  • 1887 fut pour Wilde une année de succès éclatants qui, en établissant ses talents de conteur, lui assurèrent la place de premier plan qu’il recherchait depuis son départ d’Oxford.
    • La première œuvre d’importance : « Fantôme des Canterville ».
    • Autre nouvelle la même année, intitulée à l’origine « Lady Alroy » et reprise sous le titre du « Sphinx sans secret ».
    • Puis il publia un autre chef d’œuvre, « Le Crime de lord Arthur Savile », qui appartient au genre alors nouveau de l’histoire policière dont le père littéraire était Edgar Poe.
    • Puis Wilde imagina une autre histoire, « Le Millionnaire modèle ».
    • En Novembre 1886 fut fondé un mensuel, « Lady’s World: a Magazine of Fashion and Society ». Parce que cette publication consacrée à la mode féminine et aux mondanités ne connaissait pas un franc succès, Wilde fut sollicité en avril 1887 pour y assurer la fonction de rédacteur en chef. Wilde examina la proposition, non sans formuler quelques critiques. Lady’s World était un journal « féminin » bien plus qu’un journal de femmes. Il ne fallait pas se contenter de publier des articles de mode : Wilde, qui changea
      le titre du magazine en Woman’s World, voulait que les femmes s’expriment sur tous les sujets et dans des domaines variés (art, littérature, histoire, vie moderne), et que les hommes aient plaisir à le lire et à y contribuer en tant qu’auteurs. Wilde voulait donc avant tout lancer un magazine d’idées avec une forte composante littéraire. Au fil des années, son enthousiasme déclina entre les contraintes techniques, la nécessité de rappeler constamment les auteurs à l’ordre, des ventes stables. Sentiment de
      perdre son temps et son énergie : il n’avait pas réussi à créer le magazine intellectuel et culturel dont il rêvait, les articles se cantonnant souvent à des domaines réputés « féminins » (la « poésie », le jardinage, les enfants), parce que l’immense majorité des femmes, enfermées dans l’idéologie de leur temps, ne songeaient pas à traiter de sujets autres. En octobre 1889, le magazine cessa de paraître.
    • Le 29 mai 1884, il épousa Constance Lloyd. Ils eurent deux fils, Cyril, né le 5 juin 1885, et Vyvyan, le 3 novembre 1886. Mais Wilde, qui était toutefois un père aimant, songeait surtout à sa carrière littéraire.
  • Le 30 août 1889 il rencontre à Londres Joseph M. Stoddart, directeur du Lippincott’s Magazine, qui l’avait invité à dîner en compagnie notamment d’Arthur Conan Doyle. Celui-ci avait publié en 1887 Une étude en rouge, la première d’une
    longue série d’histoires mettant en scène le personnage de Sherlock Holmes. Stoddart demanda aux deux écrivains de rédiger un texte de fiction qu’il se proposait de publier dans son magazine. Conan Doyle rédigea Le Signe des quatre (février 1890), et Wilde proposa Le Portrait de Dorian Gray (juin 1890). Le livre fut terminé au printemps, laissant Wilde épuisé et insatisfait. « Je
    crains qu’il ne ressemble à ma vie, rien que des conversations et pas d’action. Je suis incapable de décrire l’action : mes personnages sont assis dans des fauteuils et bavardent. Je me demande ce que vous allez en penser ». La réception critique fut
    très hostile, fondée essentiellement sur des accusations d’immoralisme. Wilde revendiqua le caractère immoral de ses personnages et affirma :

    « un artiste n’a pas de sympathies éthiques. Le vice et la vertu sont simplement pour lui ce que sont, pour le peintre, les couleurs qu’il voit sur sa palette : rien de plus et rien de moins. Chacun voit en Dorian Gray son péché. Quels sont les péchés de Dorian Gray, personne ne le sait. Et si on les décèle, c’est qu’on les a commis ».

  • 1891
    • Seconde édition du portrait de Dorian Gray. Wilde étoffe considérablement le roman et ajoute une préface, qui est un manifeste défendant de façon définitive le principe de la séparation de la morale et de l’esthétique.
    • Rencontre de lord Alfred Douglas, que sa famille appelait Bosie (d’après « Boysie », déformation de « boy », petit garçon), c’était un très beau jeune homme blond aux yeux bleus, le troisième fils de John Sholto Douglas, huitième marquis de Queensberry.
      Alfred Douglas ne fut pas le premier amant de Wilde mais il est celui par qui le malheur arriva lorsque le marquis de Queensberry attaqua Wilde en justice en dénonçant son homosexualité. Wilde continuait néanmoins à beaucoup travailler.
  • 1892: Rédaction de Salomé, pièce écrite en français, et le théâtre, d’une manière générale, devenait sa préoccupation première.
    • L’Éventail de lady Windermere fut donné à Londres le 20 février 1892
  • En 1892 et 1893, Oscar Wilde rédigea deux nouvelles pièces, Une femme sans importance et Un mari idéal.
  • Enfin, il composa ce qui est son chef d’œuvre théâtral, L’Importance d’être constant.
  • Ces pièces eurent un succès considérable et firent de
    leur auteur un homme riche.

Les procès et la prison

Résumé

  • 28 Février 1895 : Le marquis de Queensberry envoie une carte de visite indiquant « Pour Oscar Wilde qui pose au somdomite [sic] ». Wilde se rend au commissariat avec Douglas -qui détestant son père l’entraîne-, et obtient un mandat d’arrêt contre Queensberry.
  • 2 Mars 1895 : Interpellation de Queensberry
  • 3 Avril 1895 : Procès de Queensberry. Wilde se croit sur une scène de théatre, répond avec esprit aux questions de Carlson -l’avocat de Queensbury- sur ses relations avec de nombreux jeunes garçons. Il commet une imprudence fatale lorsque Carlson lui demande s’il avait embrassé un jeune garçon : « Oh, non, jamais de la vie. Il était particulièrement laid ». Clarke, avocat de Wilde, indique que son client acceptait le verdict de « non-coupable » au bénéfice de l’accusé. Queensbury est acquitté, mais il décide à son tour de mettre Wilde en accusation.
  • Ses livres sont retirés de la vente, les conséquences financières sont désastreuses, tous ses créanciers portent plainte contre lui, il est inculpé.
  • Lors d’un autre procès du 26 avril jusqu’au 25 mai, Wilde fut jugé coupable et condamné pour « outrage aux mœurs » à deux ans de travaux forcés.
  • Il purge la plupart de sa peine à Reading, sous le plus dur des régimes, celui des travaux forcés. Wilde souffrit beaucoup, n’ayant pas le droit d’écrire et subissant de nombreuses humiliations.
  • Quand cela lui fut permis, il se remit à écrire, de janvier à mars 1897. Il travailla quotidiennement à ce qui était censé n’être qu’une lettre adressée à Alfred Douglas, plus tard intitulé De profundis, qui est à la fois un long monologue, un réquisitoire implacable, mais aussi un message d’amour voire une tentative inavouée pour renouer avec Douglas. Sa motivation est de renvoyer Alfred Douglas à sa médiocrité, mais aussi de se reconstruire par l’écriture en remettant de l’ordre dans sa vie.
  • 18 mai 1897, Wilde est libéré.

Détail

  • 28 février 1895: Wilde se rendit à son club, l’Albemarle. Le portier lui remit une carte de visite qui avait été déposée
    le 18 février à son intention par le marquis de Queensberry. Quelques mots étaient griffonnés, peu lisibles et assortis d’une faute d’orthographe :« Pour Oscar Wilde qui pose au somdomite [sic] ».
  • La faute d’orthographe pouvait être imputable à l’ignorance de Queensberry. Quant à la formule, « qui pose », elle était ambiguë : fallait-il la lire comme la dénonciation d’une posture et comprendre « qui se donne l’apparence », ce qui ne veut pas dire « qui est » ? Ou fallait-il entendre plutôt « qui a toute l’apparence de », ce qui aurait été une accusation plus directe ?
  • Wilde fut intimement blessé. Robert Ross, ami de Wilde, lui conseilla d’ignorer l’insulte mais Bosie n’était pas de cet avis : la haine qu’il éprouvait pour son père était extrême, et réciproque, et la seule chose qu’il désirait était de le voir traîné devant un tribunal. Wilde savait que Queensberry était puissant, qu’il avait constitué un réseau d’informations très efficace et que l’accusation d’homosexualité était fondée. Mais, manipulé par Douglas, il se rendit en sa compagnie au commissariat où il obtint un mandat d’arrêt contre Queensberry.
  • Celui-ci fut interpellé le 2 mars et conduit au commissariat puis au tribunal : Lord Queensberry était accusé d’avoir diffamé Oscar Wilde.
  • Le procès de Queensberry s’ouvrit le 3 avril à l’Old Bailey, la cour d’assises de Londres.
  • Queensberry avait lancé dans Londres, et ailleurs en Angleterre, de nombreux émissaires chargés
    d’enquêter dans les hôtels, restaurants et tous les lieux où l’écrivain s’était trouvé en compagnie de divers jeunes gens. Edward Carson, l’avocat de Queensberry, pressa Wilde de questions sur ses relations avec un certain nombre de garçons.
  • Wilde, qui se croyait sur une scène de théâtre, répondait avec esprit. Mais lorsque Carson avança le nom de Walter Grainger, l’un des amants de passage, il demanda à Wilde s’il avait embrassé le garçon. Wilde commit une imprudence fatale en lui répondant

    « Oh, non, jamais de la vie. Il était particulièrement laid ».

    Carson sauta sur l’occasion : la laideur du garçon était-elle la seule raison pour laquelle Wilde ne l’avait pas embrassé ? Carson avait pris le dessus.

  • Clarke, avocat de Wilde, intervint pour préciser que son client acceptait le verdict de « non-coupable » au bénéfice de l’accusé. Le juge invita le jury à se prononcer en ce sens, ce qu’il fit après une courte délibération : Queensberry fut acquitté.
  • Queensberry décida à son tour de mettre Wilde en accusation.
  • Wilde fut déféré devant un juge et dès le 6 avril, les journalistes se déchaînèrent contre lui. Ses livres furent retirés de la vente. Les représentations de L’Importance d’être constant se poursuivirent jusqu’au 8 mai, mais le nom de l’auteur fut retiré des affiches et des programmes.
  • Les conséquences financières furent désastreuses : Wilde était privé de revenus et tous ses créanciers portèrent plainte contre lui, même pour de petites sommes. Bien sûr, Wilde fut inculpé.
  • Un autre procès eut lieu le 26 avril jusqu’au 25 mai, où Wilde fut jugé coupable et condamné pour « outrage aux mœurs » à deux ans de travaux forcés.
  • Il fût mené à Holloway pour quelques jours, puis à Pentonville jusqu’au 4 juillet 1895, date à laquelle il fut transféré à Wandsworth. Le 20 novembre, il fut conduit à Reading, son dernier lieu de détention. À son arrivée à Pentonville, on lui fit savoir qu’il serait soumis au régime de travaux forcés le plus dur. Wilde souffrit beaucoup, il n’avait pas le droit d’écrire et subissait de nombreuses humiliations.
  • Comment résister ? En écrivant quand cela lui fut permis. De janvier à mars 1897, Wilde travailla quotidiennement à ce qui était censé n’être qu’une lettre adressée à Alfred Douglas. Plus tard intitulé De profundis (sur la suggestion de l’éditeur Methuen, cinq ans après la mort de Wilde), ce texte est plus qu’une lettre ; c’est à la fois un long monologue, un réquisitoire implacable, mais aussi un message d’amour voire une tentative inavouée pour renouer avec celui que l’écrivain accable de reproches.
    Wilde s’explique en partie sur les raisons qui l’ont poussé à écrire.

    • La première est de renvoyer Alfred Douglas à sa médiocrité. Aussi une grande partie de la lettre est-elle consacrée à ses travers, à sa futilité et à son ingratitude.
    • L’autre raison, plus forte, est le désir de se reconstruire. La question est de savoir comment un homme parvient à se recomposer après l’expérience la plus accablante qui soit, celle de l’incarcération et de ses nombreuses humiliations. La réponse est l’écriture. Grâce à l’autobiographie, Oscar Wilde reprend sa place comme artiste. Il entend, par ce biais, redonner corps à son nom « traîné dans la boue ». Ce faisant, il défend la forme contre l’informe, qu’il associe, sans doute de façon caricaturale, à Douglas et à la vie passée à ses côtés.
      Par l’écriture, l’homme humilié remet de l’ordre dans sa vie.
  • Le 18 mai 1897, Wilde quitta la prison de Reading. Un fiacre le conduisit à la gare de Twyford d’où il prit un train pour Londres. Un second fiacre le mena à Pentonville où se fit la levée d’écrou. Le lendemain matin, à six heures et quart, Oscar Wilde était libre.

Mort et Transfiguration

Resumé

  • Wilde se rend en Normandie, commence « La Ballade de la Geôle de Reading« , revoit Lord Douglas puis part à Naples.
  • L’argent manque, de plus sa femme -sachant qu’il avait repris sa relation avec Douglas- annule la pension qu’elle lui versait. Il quitte donc Naples et revient à Paris, où il mourut en 1900.
  • Il doit subir une opération de la gorge, payée par ses amis, puis erre à nouveau sur les boulevards en quête de garçons de passe, avec le sentiment de vivre un cercle infernale qu’il nomme « Le Cercle des Boulevards », il continue à voir Bosie.
  • Il croise Gide et boit un verre avec lui, bien que celui-ci ressent « une absurde honte » craignant d’être vu avec lui.
  • 31 janvier 1900 : Mort du marquis de Queensberry
  • Wilde passe de nouveau quelque temps en Italie et en Sicile, mais sa santé se détériore, il meurt le 30 novembre 1900.
  • Enterrement à Bagneux, puis en 1909 son corps fut transféré au cimetière du Père-Lachaise.
  • Parution de « De profundis » en 1905
  • 14 février 1995: un vitrail lui est dédié à Westminster Abbey à Londres : Oscar Wilde est enfin officiellement reconnu par le pays qui l’avait condamné.

Détail

  • Wilde se rendit rapidement à Newhaven afin de prendre le bateau pour la France et s’installer d’abord à Dieppe puis à Berneval-sur-Mer. Il s’y sentait bien et les conditions psychologiques et matérielles étaient réunies pour que l’écrivain se remette au travail.
  • Le 7 juillet, il annonça que dès le lendemain il commencerait à composer un poème, qu’il intitula plus tard la Ballade de la Geôle de Reading. La rédaction fut achevée en décembre, qui est la dernière œuvre de Wilde.
  • Il revoyait aussi lord Alfred Douglas et finit par se lasser de la Normandie : il ne songea plus qu’à une chose, partir pour l’Italie, plus précisément à Naples.
  • Le 25 septembre 1897, Wilde, une fois arrivé à Naples, s’installa en compagnie de Douglas dans un premier temps à l’Hôtel Royal des Étrangers puis dans une villa sur la colline du Pausilippe. L’argent manquait et Constance, qui versait une pension à son mari, dont
    elle avait refusé de divorcer, menaçait de suspendre ce versement. Elle savait que Wilde avait repris sa vie avec Douglas, ce qui était pour elle intolérable. Le 16 novembre, Wilde apprit que la pension octroyée par Constance ne lui serait plus versée.
  • Il quitta Naples le 13 février et loua une chambre dans un petit hôtel de la rue des Beaux-Arts, l’hôtel de Nice, situé non loin de l’hôtel
    d’Alsace où il mourut moins de deux ans plus tard.
  • Une satisfaction, tout de même, la publication de la Ballade de la geôle de Reading connut un grand succès.
  • Et un chagrin : le 7 avril 1898, Constance Wilde, devenue Constance Holland, le nom de Wilde étant devenu très lourd à porter, mourut à Gênes à l’âge de quarante ans après avoir subi une opération de la colonne vertébrale.
  • Wilde dut subir une opération de la gorge liée aux infections contractées pendant les années de prison ; certes, l’opération se passa bien mais il se trouva dans l’impossibilité de payer les médecins. Quelques amis, prêts à lui venir en aide, furent sollicités.
  • Une fois remis, il reprit ses errances sur les boulevards en quête de garçons de passe, tout en déplorant de n’avoir pas les moyens de s’acheter des cigarettes et de l’alcool : il avait le sentiment d’être plongé dans le plus effroyable des cercles de l’Enfer qu’il baptisa « Le Cercle des Boulevards ». Il voyait par ailleurs Bosie très souvent, et il leur arrivait de croiser de vieilles connaissances.
  • Un soir, Wilde, installé à une terrasse de café, aperçut André Gide qu’il appela par son nom. Celui-ci, embarrassé d’être vu à ses côtés, s’assit néanmoins à sa table, dans un premier temps en tournant le dos aux passants. Wilde le pria de s’asseoir près de lui face à la rue, ce qu’il fit malgré ce qu’il décrivit plus tard comme « une absurde honte ». Gide fut également frappé par l’apparence de Wilde :

    « Wilde était encore bien mis ; mais son chapeau n’était plus si brillant ; son faux-col avait même forme, mais il n’était plus aussi propre; les manches de sa redingote étaient légèrement frangées ».

  • Pourtant Wilde ne voulut pas perdre la face. Bien qu’il reconnût être « absolument sans ressources », il tint à l’inviter. Il lui donna aussi une leçon, lui expliquant que lorsqu’il était « riche, joyeux, couvert de gloire » et qu’il avait rencontré Verlaine ivre mort, il s’était senti honoré d’être aperçu à la table du grand poète.
  • Le 31 janvier 1900 disparut le marquis de Queensberry.
  • Wilde passa de nouveau quelque temps en Italie et en Sicile, mais sa santé se détériorait. Il ne se remettait pas de ses deux années de prison, d’autant qu’il y avait fait une chute qui l’avait grièvement blessé au tympan. L’infection gagnait du terrain et il dut être opéré le 10 octobre 1900. Ses quelques amis, dont Robert Ross, lui apportaient une aide financière mais sa situation matérielle était devenue catastrophique.
  • Fin novembre, Wilde dut s’aliter et le 30 novembre, il mourut dans sa chambre d’hôtel.
  • Son enterrement eut lieu à Bagneux le 3 décembre et c’est là qu’il reposa jusqu’en 1909, date à laquelle son corps fut transféré au cimetière du Père-Lachaise, une donation ayant permis de financer le transfert puis la construction du tombeau que l’on connaît.
  • En 1901, L’Éventail de lady Windermere fut mis en scène au Coronet Theatre de Londres, il est vrai sans nom d’auteur.
    La même année, Salomé fut jouée à Berlin et, en 1905, fut créée à Dresde la Salomé de Richard Strauss dont le livret est fondé sur la pièce de Wilde. L’opéra fut jugé « hystérique » par Cosima Wagner, veuve du musicien.
  • De profundis parut en 1905 dans une version expurgée en raison de l’hostilité d’Alfred Douglas qui n’y voyait que des calomnies, mais si Oscar Wilde était toujours un paria en Grande-Bretagne, ce n’était pas le cas en Allemagne et en France où il était considéré comme un grand écrivain.
  • Ainsi, peu à peu, tout au long du 20e siècle, se développait l’idée que, contrairement à ce qu’avait affirmé André Gide, c’était dans son œuvre, et non pas dans sa vie qu’Oscar Wilde avait mis son génie.
  • Le 14 février 1995, soit un siècle jour pour jour après la première de L’Importance d’être constant, un vitrail lui fut dédié dans le transept sud de Westminster Abbey à Londres : Oscar Wilde était enfin officiellement reconnu par le pays qui l’avait condamné.

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