La fin du social

Il est curieux de constater comme, parfois politique et personnel se rejoignent…
Ainsi, alors que le socialisme traverse sa plus grande crise européenne, je prends soudain conscience de la vacuité du « social » ou du petit théâtre des relations humaines, basées sur l’image de l’Autre.
Partagées parfois entre acteurs et spectateurs, les uns et les autres sont prisonniers de leurs rôles respectifs.
Et tout cela est absolument ennuyeux, à mourir.
Cela signifie t’il pour autant que l’autre n’est plus rien? Non à condition que les relations soient plus franches, et donc moins dans l’image, ce qui implique moins d’effort et plus de naturel, ce qui nécessite parfois de gros réajustements.
Bien sûr, cela n’est pas toujours possible. Certains vont demander des explications, ce qui est d’autant plus impossible que, comme l’a très bien dit Lacan, « pas tout…« 

Ma drogue à moi

La drogue n’est pas qu’une substance chimique d’origine externe
Telle la cocaïne ou l’héroine…
Certains comportements aussi sont addictifs,
Mais la Science ne les a peut-être pas encore bien détectés.
Ma drogue à moi c’est le « Bon Garçon ».
Cette belle image de moi renvoyée par les autres agit tel un anxiolytique.
Malheureusement, je ne suis pas tel que vous le pensez.
Ce qui fait donc de moi un imparfait inconnu!
Pour être un « Bon Garçon », je suis prêt à dire le contraire de tout ce que je pense,
Jusqu’à trahir mes plus profondes convictions… Volatilisées!
L‘amnésie s’installe comme un éléphant applatit une fourmi,
C’est à dire dès l’instant même où ma drogue commence à faire effet.
Oh, je vous entends ricanner penser:

« Mais rien de bien grave jusqu’ici!
Chacun doit faire des efforts en société!
Et surtout, ne soyons pas égoïste!
Un peu d’altruisme n’a jamais fait de mal à personne, que diable! »

Alors, le bon garçon vous écoute, s’efforce et suit vos bons conseils.
Mais patatra, l’inconscient fait des siennes!
Lapsus à répétition, tristesse, négativité, dépression, descente aux enfers…
Le « bon garçon » est un bombardier allemand au dessus de Londres,
Chargé d’autant de bombes que d’efforts réalisés…
Dans une vrille qui semble sans issue, il se décide enfin à tout lâcher.
Miracle, il reprend doucement de l’altitude.
À 38 ans, il était grand temps …

Improphile

Tout est dans les nuages …
Et plus seulement nos rêveries …
Bientôt, tout battement, du coeur jusqu’au cil sera ausculté,
Dans ce grand projet de santé mondiale que sera la télémétrie vivante.
Mettra t’elle à jour le mystère de la pensée?
Découvrira t’on encore ce que l’on sait déjà?
À savoir par exemple, que l’animal pense et sent aussi!
Oh, quelle grande découverte scientifique quand on en aura enfin la Preuve!
Prix Nobel et applaudissements à la clé …
Mais que cache donc notre estimable besoin de certitude?
Une envie de ne plus trop se casser la tête, peut-être?
L’homme-en-données sera t’il décodé, compris -et donc Vaincu– par la Machine?
Ce progrès s’accompagnera forcément -encore- d’une nouvelle perte de liberté …
Alors que les grands électrodes cérébraux rappliquent à toute vitesse,
L’Humanité est-elle en péril ou réellement en progrès?
Et que devient l’Art?
Appauvri par un effet de gravitation scientifique menant droit au trou noir cérébral …
La Science pour savoir, certes, mais cela n’est pas tout!
Il y a d’autres choses dans la vie!
Elle promet l’Avenir mais prépare un Enfer-sous-contrôle,
Comme le fit avant-elle -mais dans une moindre mesure- sa prédécesseur éclairée …
Le progrès serait réel s’il était accompagné par un contrôle démocratique.
Mais l’attaque est généralisée
Combien de temps tiendront les états et les langues
Avant d’être vaincu par cette grande lessive globalisante?
Nous parlons déjà tous anglais,
Quand serons-nous tous américains?

Pourvu que ça tombe à côté

Ce début de 21ème fonçait dans une direction inquiétante.
La douceur du quotidien semblait parfois altérée par une dimension parallèle,
L’angoisse perpétuelle d’une violence à venir,
Étrange atmosphère d’un ciel orageux dont on admire fébrilement la beauté …

Pourvu qu’ça tombe à côté

L’impuissance politique était portée à son comble,
Les scientifiques invitaient le monde à agir pour empêcher l’apocalypse,
Certains pensaient heureusement être sauvés par le progrès.
Le système médiatique diffusait la peur pour augmenter ses revenus publicitaires.
Actualités morbides, séries télévisées à suspense et autres films d’horreur,
Les annonces apocalyptiques pleuvaient,
Et maintenaient l’instinct de survie en alerte …

Parc’que ça servira p’tet bien un jour…

En effet, l’homme était réduit à l’état de zombie,
Pas celui fantasmé du coin de la rue,
Sinon le spectateur exposant ses neurones à ce grand lavage de cerveau collectif.
Cette culture d’angoisse conduit droit à la régression.
Il faut donc prendre toutes les mesures nécessaires afin de s’en préserver.
Cultiver une résistance basée sur des plaisirs simples,
Si accessibles et pourtant si difficiles d’accès.

La fin du petit rêve

Rêvons un peu ferme donc ses portes pour rendre sa place à Antoinet.
Comme si le rêve n’avait jamais réellement commencé,
À moins qu’il n’ait été qu’un artifice?
En effet, votre serviteur est incapable de ne rêver qu’un peu…
C’est soit l’âpre réalité ou le fantasme fou,
La tablette de chocolat entière ou complètement consommée, il faut choisir,
Pas d’entre deux!
J’ai certes ressenti de nombreuses fois que certains textes, trop réels peut-être, n’avaient pas leur place ici,
Puisqu’il était parfois question aussi de cauchemars…
Mais pas de feintes excuses, ce n’est pas un nom qui empêche d’écrire!
Sinon une flemmardise un peu trop cultivée à coup de desserts chocolatés,
Le sucré pour échapper à la réalité et amortir sa soi-disant dureté,
Lorsque fuir devient urgent, c’est que le réellement nécessaire ou encore le nécessairement réel est trop angoissant…
L’angoisse de l’inconnu pire que celle de la mort disait Lacan.
Mais, un homme peut retrouver la face,
Ne serait-ce qu’une minute avant sa mort,
Malgré toute l’angoisse qu’elle lui procure,
Et partir sur une bonne impression…
Et pour ma part, j’aimerais pouvoir écrire encore cent ans!
Pas une minute à perdre donc,
Je m’y remets dès maintenant,
Et j’efface cette berceuse pour tenter de la remplacer par un âpre désir d’incandescence,
Ce truc qui ne peut se vivre qu’au présent!

Ces envies qui font qu'on le reste

Pardonne-moi de t’interrompre dans ce grand moment d’ennui…
En fait, je ne sais si je t’interromps ou te soulage…
Je te voyais tellement absent, pris dans une rêverie, ou un fantasme peut-être?
En fait, derrière ce visage en apparence calme et inexpressif, ton inconscient tapait à ma porte…

Ô rage ô désespoir ô viellesse ennemie !
N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?

J’ouvrais la porte, le priais de s’assoir lorsqu’il me fit part de ses envies…
De partir en vrille, d’extase, d’exaltation oui,
De ces envies qui nous poussent à brûler la vie par les deux bouts et nous empêchent donc de le rester…
Jamais rassasiées tel un ogre avide de petits enfants,
Une drogue, l’héroïne qui, d’exploits en exploits nous porte sur des sommets,
Oui l’inconscient était entré et il criait pour que nous partions vite loin fort à tout jamais, pitié Aaaahhhhh!
Faire quelque chose qui lui donne une impression de vivre bien que cela conduit droit vers la mort!
Bien que n’y tenant plus, je ne cédais pas à ces envies…
Je refermais doucement la porte et vivais l’instant avec cette douceur incomparable qui accompagne l’ennui.
En un mot, j’étais heureux, simplement, et simplement heureux…

Ulysse et les sirènes, deuxième

La bonne humeur rapatriée en urgence?
Malaka oui, c’est possible, mais sans ambulances ni sirènes hurlantes!
Ulysse, de retour en Grèce, les renvoie prestement à ces abysses auxquelles elles appartiennent !
Soudain donc, la Grèce, berceau de la démocratie européenne,
Mais aussi, et surtout, leader intergalactique de l’art de vivre, tout du moins avant le grand crac de…
2009?
Ou 2010?
Ou bien 2011?
Mais encore 2012?
Ah bon c’était peut-être bien 2013?
À moins que 2014?
Mais attendez, la France, elle, est en crise depuis 1977.
C’est bien simple, c’est la crise tout le temps! On étouffe !
La crise interminable, la crise parce que quels que soient les efforts, ils ne sont jamais suffisants.
Il faut toujours donc faire des sacrifices, baisser les salaires, gagner en compétitivité, pour retrouver des poings de croissance afin de pouvoir ex-porter.
Et blablabli ! Et blablabla !
Ce ne sont que des prétextes pour frapper sur des populations…
On connait la petite musique lancinante, hypnotisante,
On finit tous par y succomber en lisant « les média », et donc par fermer sa gueule, et bosser telle une machine.
C’est tout simplement l’effet du chant des sirènes… On l’écoute et puis à trop vouloir comprendre, on en perd son âme…
Et pendant ce temps là, les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent,
Non mais à quoi bon bosser lorsque le travail devient esclavagisme ?
Et donc les grecs, ce peuple surdoué dans l’art de vivre et épargné jusqu’ici par ces potions amères, se sont fait littéralement massacrer pendant 5 longues années par une bande de brindezingues obsédés par les chiffres et totalement déconnectés de la réalité … et pire, des gens au point de les considérer comme quantité négligeable devant les chiffres…
Oui, des extrémistes.
Et c’est donc à ce prix que des familles ont perdu toutes leurs économies pour renflouer les caisses des banques…
L’Argentine, pays magnifique, savant mélange d’Europe et d’Amérique ne s’en est pas encore remise, quinze ans après l’administration forcée de la même potion, rendez-vous compte …
Et puis soudain, Miracle!
Fin de la tragédie grecque !
Non seulement un parti de gauche arrive au pouvoir, ce qui n’était pas arrivé depuis les années soixante dix…
Parce que le comble c’est que c’est la même droite qui a coulé l’économie du pays qui prétendait la sauver!
Mais, en plus, un ministre des finances de gauche beau, intelligent, brillant stratège et bon communicant apparaît!
Ulysse! Te voilà, sublime ! J’en tombe à la renverse !
Ah, mes amis grecs, vous avez osé, oui!
Je n’ai rien vu venir, je n’y croyais plus!
Et vous nous sauvez aussi de l’affre du dimanche soir et de sa sombre compagne : la sourde angoisse du lundi,
Cette machine outil que l’on appelle Travail et dont le bruit du lendemain empêche parfois de dormir la nuit…
Mais ce soir je respire car…
Oui c’est bien cela j’ai soudainement retrouvé la voix la plume mais aussi l’espoir perdu dans cet outrage…
Plus que jamais, les grecs sont des dieux et les dieux sont grecs,
L’avenir de l’Europe commence en Grèce et ce, pour l’éternité !
Ulysse, Ainsi soit-il,
Adieu Austérité et pendant qu’on y est Adieu Alain Juppé !
Vive la croissance, l’expansion, la grandeur, le bien-être, la vie !

Pour une Mémoire Vive

Aller mieux commence souvent par une prise de conscience dérangeante…
Mais ensuite, comment ne pas l’oublier?
Un quelque part en soi meurt d’envie que cette perturbation s’efface afin que tout redevienne comme avant…
Le conatus de Spinoza est une force de la nature insoupçonnée pour que le quotidien persiste à continuer d’exister.
Au réveil, le rêve s’échappe au grand galop, et l’oubli chasse ces nuages de l’âme perturbants.
Et tout redevient comme avant. Et l’on tourne à nouveau dans l’infernal cirque de la vie quotidienne…
Alors, comment garder cette mémoire vive allumée?
En opposant l’optimisme de la volonté au pessimisme de la pensée! Oui Je veux!

Le sourire du Chat

Nu, revêtu simplement de son élégance singulière,
Il avance nonchalant, dans un silence teinté de mystère,
Il déambule, sa silhouette est belle et dédaigneuse à la fois.
Sans un regard, tressaillement d’oreille ou mouvement
Qui trahirait le quelconque intérêt qu’il me puisse porter …
M’en voici donc convaincu: Mon Chat me snobe!
Et pourtant je le traite en Dieu …
Je l’héberge le câline l’aime depuis que j’eus le privilège d’être son élu.
Je le nourris, m’extasie, porte l’adoration jusqu’à nettoyer son cabinet …
Je suis son petit homme, servant, esclave volontaire …
Mais si « mon » chat n’existait que pour être adulé?
À moins que je n’existe que pour me prosterner?
Du haut de son regard abyssin, il me nargue avec son sourire matois,
Me prend de haut, et semble se moquer de ma condition de pauvre humain
Bougeant parfois à peine une oreille en guise de consolation …

Le tricycle

J’ai trois ans et demi, peut-être quatre tout au plus. Je suis sur mon tricycle jaune. Gosse invincible. Rien ne peut m’arriver. Je suis le gentil de toutes facons, j’ai dû sauver la terre une dizaine de fois dans les dernières heures. Rien ne m’arrête, sauf peut-être Stéphane qui s’amuse à jouer au méchant et contrarie donc systématiquement mes plans. C’est très fatigant alors qu’on pourrait très bien sauver le monde ensemble mais non, nous ne sommes jamais d’accord, alors c’est coup bas contre coup bas! On ne lâche rien, Jamais! Meilleurs ennemis!
Contrairement aux opinions de la plupart des adultes touchés le plus souvent par une grande amnésie collective, la vie d’enfant n’est ni reposante ni drôle! Il y a beaucoup de travail pour empêcher le pire de s’accomplir, en l’occurrence les plans démoniaques de Stéphane le méchant! C’est très important! On ne peut pas laisser faire!
Il y a certes des moments de répit, comme là sur mon tricycle jaune, sur ce petit pont en ciment devant le garage de la maison de mes grands parents. Plus que du répit, c’est de l’ennui même, un ennui à mourir. Je ne sais pas ce que fait Stéphane sur son grand vélo à deux roues et deux roulettes, mais malheureusement pour moi, il ne semble pas très diabolique. Peut-être fait-il souffrir une mouche, bref, rien de très important … Mon intervention n’est pas nécessaire, le monde n’est pas en péril, mon orgueil n’est pas remis en question, tout va bien …
Alors, je regarde autour de moi. Que vais-je bien pouvoir faire dans ce moment de calme? Rester tranquille, regarder les oiseaux? Vous n’y pensez pas, il doit quand même y avoir des choses importantes à faire … Mais on n’a pas vraiment besoin de moi en ce moment, l’oisiveté m’est pesante, je m’ennuie et j’ai envie de faire un truc. C’est une sorte de légère démangeaison interne comme pour combler un vide … Il faut agir … Faire quelque chose, vite! Je ne peux quand même pas faire souffrir la mouche avec Stéphane! Mon status de gentil universel ne s’en remettrait pas, et puis … mon orgueil m’en empêche … Même si ce ne serait pas la première fois que je m’assieds dessus pour un acte passionnant, pas maintenant!
Alors il y a bien cette rivière qui coule sous le petit pont, et ce bord à quelques pas … Mamie – la sainte protectrice – m’a dit de faire bien attention à ne pas tomber dans la rivière. Sa voix est montée dans les aigus pour insister. Mais pourquoi? Et si je tombe, que se passe t’il? Rien de terrible sans doute … Du moins je ne crois pas … Alors je m’approche silencieusement du bord. Je regarde Stéphane, il est toujours très occupé. Je regarde la rivière … Le courant est important … Le danger est réel … Le coeur palpite … J’ai envie de savoir:

Que se passe t’il si je tombe?
Qu’y a t’il en dessous?

Alors je me colle au bord en tricycle. Je place doucement une roue dans le vide, joue à basculer, trouve un premier point d’équilibre. C’est drôle le danger, on se sent soudain très éveillé, les sens en action, la respiration plus rapide … Je ne cherche pas à tomber réellement … Du moins je ne pense pas … Juste à me faire peur … Trouver la limite … Mais j’avance irrésistiblement vers le vide.
Je dépasse le point d’équilibre, me penche en arrière, rétablit superbement la situation … Ouf j’ai eu vraiment peur … Mais soudain le tricycle glisse! Et je tombe  dans cette rivière qui m’engouffre dans les égouts …