Le sourire du Chat

Nu, revêtu simplement de son élégance singulière,
Il avance nonchalant, dans un silence teinté de mystère,
Il déambule, sa silhouette est belle et dédaigneuse à la fois.
Sans un regard, tressaillement d’oreille ou mouvement
Qui trahirait le quelconque intérêt qu’il me puisse porter …
M’en voici donc convaincu: Mon Chat me snobe!
Et pourtant je le traite en Dieu …
Je l’héberge le câline l’aime depuis que j’eus le privilège d’être son élu.
Je le nourris, m’extasie, porte l’adoration jusqu’à nettoyer son cabinet …
Je suis son petit homme, servant, esclave volontaire …
Mais si « mon » chat n’existait que pour être adulé?
À moins que je n’existe que pour me prosterner?
Du haut de son regard abyssin, il me nargue avec son sourire matois,
Me prend de haut, et semble se moquer de ma condition de pauvre humain
Bougeant parfois à peine une oreille en guise de consolation …

Le tricycle

J’ai trois ans et demi, peut-être quatre tout au plus. Je suis sur mon tricycle jaune. Gosse invincible. Rien ne peut m’arriver. Je suis le gentil de toutes facons, j’ai dû sauver la terre une dizaine de fois dans les dernières heures. Rien ne m’arrête, sauf peut-être Stéphane qui s’amuse à jouer au méchant et contrarie donc systématiquement mes plans. C’est très fatigant alors qu’on pourrait très bien sauver le monde ensemble mais non, nous ne sommes jamais d’accord, alors c’est coup bas contre coup bas! On ne lâche rien, Jamais! Meilleurs ennemis!
Contrairement aux opinions de la plupart des adultes touchés le plus souvent par une grande amnésie collective, la vie d’enfant n’est ni reposante ni drôle! Il y a beaucoup de travail pour empêcher le pire de s’accomplir, en l’occurrence les plans démoniaques de Stéphane le méchant! C’est très important! On ne peut pas laisser faire!
Il y a certes des moments de répit, comme là sur mon tricycle jaune, sur ce petit pont en ciment devant le garage de la maison de mes grands parents. Plus que du répit, c’est de l’ennui même, un ennui à mourir. Je ne sais pas ce que fait Stéphane sur son grand vélo à deux roues et deux roulettes, mais malheureusement pour moi, il ne semble pas très diabolique. Peut-être fait-il souffrir une mouche, bref, rien de très important … Mon intervention n’est pas nécessaire, le monde n’est pas en péril, mon orgueil n’est pas remis en question, tout va bien …
Alors, je regarde autour de moi. Que vais-je bien pouvoir faire dans ce moment de calme? Rester tranquille, regarder les oiseaux? Vous n’y pensez pas, il doit quand même y avoir des choses importantes à faire … Mais on n’a pas vraiment besoin de moi en ce moment, l’oisiveté m’est pesante, je m’ennuie et j’ai envie de faire un truc. C’est une sorte de légère démangeaison interne comme pour combler un vide … Il faut agir … Faire quelque chose, vite! Je ne peux quand même pas faire souffrir la mouche avec Stéphane! Mon status de gentil universel ne s’en remettrait pas, et puis … mon orgueil m’en empêche … Même si ce ne serait pas la première fois que je m’assieds dessus pour un acte passionnant, pas maintenant!
Alors il y a bien cette rivière qui coule sous le petit pont, et ce bord à quelques pas … Mamie – la sainte protectrice – m’a dit de faire bien attention à ne pas tomber dans la rivière. Sa voix est montée dans les aigus pour insister. Mais pourquoi? Et si je tombe, que se passe t’il? Rien de terrible sans doute … Du moins je ne crois pas … Alors je m’approche silencieusement du bord. Je regarde Stéphane, il est toujours très occupé. Je regarde la rivière … Le courant est important … Le danger est réel … Le coeur palpite … J’ai envie de savoir:

Que se passe t’il si je tombe?
Qu’y a t’il en dessous?

Alors je me colle au bord en tricycle. Je place doucement une roue dans le vide, joue à basculer, trouve un premier point d’équilibre. C’est drôle le danger, on se sent soudain très éveillé, les sens en action, la respiration plus rapide … Je ne cherche pas à tomber réellement … Du moins je ne pense pas … Juste à me faire peur … Trouver la limite … Mais j’avance irrésistiblement vers le vide.
Je dépasse le point d’équilibre, me penche en arrière, rétablit superbement la situation … Ouf j’ai eu vraiment peur … Mais soudain le tricycle glisse! Et je tombe  dans cette rivière qui m’engouffre dans les égouts …

Aux fusilleurs de l'Amour

À vous les fusilleurs de l’amour!
Vous vous croyez modernes, mais prescripteurs nihilistes, voilà ce que vous êtes!
Et si je vous méprise autant aujourd’hui, c’est qu’hier, vos croyances je fis miennes,
Et c’est à la ruine de l’âme, du corps, au coeur de l’abime qu’elles m’ont mené.
Au suicide, voilà ce que vous appelez inconsciemment de vos vœux!
Vous ne comprenez rien a l’Amour et vous vous en déclarez maîtres.
L’Amour serait donc une alchimie basée sur les points communs entre deux êtres.
Chacun, suivant sa catégorie sociale, aurait droit à un alter ego.
Nous serions donc constamment dans la recherche d’un mieux!
Être d’accord en guise de jouissance ultime.
Demain, l’algorithme permettant à chacun de trouver son Autre rendra l’humanité paradisiaque.
La solitude éradiquée, ces « parfaits binômes » pourront procréer pour le plus grand bonheur d’une société archéo-parentale comblée par une technologie assouvissant ses rêves les plus fous.
Certains, une poignée d’ambitieux ne se contenteront pas des propositions formulées par « le système ». Ils trouveront des moyens de se marier avec quelqu’un dans une catégorie supérieure, tels les mariages entre bourgeois et nobles du 18eme siècle en guise de réussite sociale!
Mais pourtant, une courbe que l’on choisit d’ignorer tous les jours démontrera une çroissance de la misère intellectuelle.
Celle du suicide, drame d’une société réglementée qui encadre l’humain et le tue de l’intérieur.
Fuyons mes amis! Résistons à cette propagande nihiliste!
N’en doutez pas, si personne ne comprend rien a votre Amour, c’est qu’il est véritable car de par sa nature, il est incompréhensible.
Bientôt, nous aurons des capteurs dans le cerveau.
Ils nous indiquerons si nous sommes heureux ou tristes.
Nous serons alors invités à réagir en conséquence pour redresser la situation, car bien sur, la tristesse doit être évitée.
Un projet de loi pour éradiquer la tristesse sera approuvé à l’unanimité par des « politiques hommes ».
En robots hédonistes à la volonté annihilée nous serons donc transformés.
D’ici la, je serai loin mais parmi vous,
Jouant la comédie de la ressource humaine,
Amoureux fou ou Fou furieux, je n’ai pas encore vraiment décidé…

On vous ment!

Vous qui croyez impossible de concilier l’inconciliable!
A qui on explique qu’il faut faire des choix simples,
Être raisonnable ou pire, normal, ce mot ignoble!
Vous qui avez été assez crédule pour y croire,
Et qui pourtant – malgré les somnifères – ne dormez pas si bien la nuit,
Et bien je vous le dis, dans le blanc des yeux, sans sourciller:
Vous vous trompez!
Votre recherche de tranquillité
Est une chimère au goût si funèbre que vous êtes déjà mort
Sans même vous en rendre compte.
Vous me répondrez alors:

Mais je ne souhaite qu’un peu de quiétude

Et bien le moment est venu de choisir!
Prenez donc un puissant calmant!
Veillez surtout à ce qu’il vous soit fatal!
Ainsi vous pourrez profiter de la tranquillité durant l’éternité!
Et moi de ne plus subir vos sinistres leçons de morale!
Et pourtant, l’espoir est permis même aux plus cons d’entre nous!
Oui, ressusciter est toujours possible, je ne perds pas espoir en vous,
Tant que vous vous maintenez à une saine distance qui me permette de respirer convenablement.
Et pourquoi pas après tout?
Que celui qui n’a jamais été crucifié lève la main et se jette immédiatement d’une falaise!
Ainsi, commencera t’il enfin à vivre!

L'amant

Je fermais les yeux et son visage apparaissait. Je ne pensais pas m’être autant attaché à ce garçon. Il ne s’était encore rien passé entre nous, quelques conversations, des sourires inconscients comme lorsque deux personnes apprécient le moment, une voix un peu plus aiguë peut-être, la recherche de sujets de conversation tout à fait banales pour faire durer ces trop brefs moments passés ensemble, car ni l’un ni l’autre n’avait pu, n’avait su demander le numéro de téléphone, trop concentrés sur le moment, pas du tout sur le coup d’après.
Il n’était pas là donc, alors que justement, précisément c’était le soir où je comptais l’inviter à boire un verre, pour prolonger enfin ces conversations trop courtes, se rapprocher, s’embrasser peut-être. Alors que c’était le soir où je pensais à l’après, il n’était pas là, comme un coup de tonnerre pour me rappeler qu’il n’y aurait jamais de suite, que tout se vivrait toujours dans l’urgence du présent, et qu’il faudrait se contenter de celà, pour l’éternité. Le reste nous était interdit, nous étions maudits pour cause d’adultère, mon superbe amant ne serait que chimère, il me fallait me rendre à l’évidence, peut-être même ne le reverrai je jamais plus.
On l’avait assassiné pour empêcher un bonheur futur, l’antérieur cherchant à prévenir le naufrage qui s’annonçait.
Ou bien pire, il avait eu peur et n’oserait plus jamais me recroiser.
C’était la fin d’une histoire qui n’avait jamais commencé, et dont le seul déroulement avait été dans ma tête.
Mais s’il y avait une seule chance – si petite soit-elle – pour que cette histoire eût lieu, je me promettais de tout mettre en oeuvre pour pouvoir la vivre, et rien ni personne ne pourrait m’arrêter.

Garçons

Il y avait deux garçons très intéressants dans mon gymnase. En fait, il y en avait plus de deux, mais ces deux là se détachaient par leurs corps et beautés respectives.
L’un portrait une paire de lunettes qui lui donnait un faux air d’intellectuel, ce qui n’est pas très courant dans une salle de sport. C’était le garçon parfait pour aller au cinéma, ou encore au musée, à présenter à ses parents, qui s’intégrerait très bien dans la famille. Un très bel homme bon chic bon genre, cultivé, modeste, probablement gentil, d’une telle sagesse que sa véritable nature sauvage s’exprime au lit, soudain, lorsque toutes les barrières sont lâchées.
L’autre – son rival – est bien différent. Sa beauté est solaire, il rayonne tellement qu’il en est insolent. Il subjugue la salle lorsqu’il est présent. Les autres n’existent plus, leurs muscles se retiennent afin de ne pas déranger. Mais c’est surtout son regard qui fascine. Car on décèle la conscience de sa propre beauté dans ses yeux, la maîtrise de son pouvoir sur les autres par l’effet qu’il exerce sur eux. Car à son visage brun répond un corps musclé, dont la finesse s’étend par des jambes superbes jusqu’en bas du corps.
C’est l’amant parfait, celui des nuits enflammées, impresentable d’orgueil mais certainement pas impénétrable, celui que l’on chevauche et qui vous chevauche en retour, avec qui l’on rêve dans des nuits follement agitées de partir au bout du monde dans un coup de folie qui ranimerait le plus mort des vivants.

Un monde sans merde

Un monde sans merde!
Voila un projet fort éloigné,
Tant nous en sommes submergés.
Dans ces moments surréalistes,
Annonciateurs d’apocalypse dans lequel
L’espoir n’existe plus, le désespoir non plus,
L’Humain semble vaincu.
Coma éthylique ou mort clinique?
Conscience endormie ou définitivement morte?
Les « grands esprits » regardent ailleurs,
Leur nez plongés dans cette marée
Infinie et dégoulinante de données,
De laquelle on extraira bientôt
Une « Vérité » bien particulière
Justifiant les pires atrocités.
A cela, il nous faudra résister.
Ces grands esprits qui savent nous parasitent, ils nous empêchent,
Avec leur flot de certitude, nous cherchons à comprendre
De quoi sera fait cet Avenir si magnifique qu’ils souhaitent nous vendre.
Leur dédier du temps de cerveau disponible, voila notre erreur.
La science en nouvelle religion englobe la société et abrutit les esprits les plus vifs.
Elle nous porte dans une culture de l’instant qui nous fait oublier l’essentiel.
L’humain, les mots, la baise, l’Amour.
Rien n’est plus important.
C’est parce qu’on oublie ces Essentiels,
Ces besoins dont les bienfaits apparaissent
Lorsqu’ils sont utilisés de manière combinée
Lecture pour s’enrichir, Ecriture pour s’élever
Amour pour s’émouvoir, Baise pour se libérer.
Si le monde s’emmerde un peu plus chaque jour,
S’il nous entraîne dans cette spirale infernale,
C’est parce que nous avons perdu cette capacité de retraite,
Cette prise de distance avec le temps pour revivre cet essentiel qui nous fait défaut.
Si l’espoir le désespoir semblent perdus, rien n’est perdu pour autant.
Dans ces moments sombres, le probable devient incertain, et l’impossible probable,
Lorsque tout est noir, le sursaut devient nécessaire.
Et si ce monde sans merde n’était pas si loin?

Un peu Beaucoup Passionnément … À la Folie?

Dans le Fantasme l’esprit prend la fuite,
Atteignant des altitudes célestes inégalables.
Bien au delà de la stratosphère, les pensées peuvent devenir
Solaires Lunaires Galactiques Lumineuses Grandioses!
La pensée s’étire dans une extravagante infinité,
L’idée naissante n’a pas le temps de mûrir qu’elle est déjà idolâtrée.
Alors elle se consume et nous consomme,
Elle brule et aspire l’être tel un corps bouffi de jouissance.
Heureusement ou Malheureusement
– Chacun décidant ce qui lui est « préférable » –
Un certain retour à la réalité s’opère.
En douceur ou « Brace Brace » en catastrophe,
Atterrissage, et tête à Terre.
Alors, Rêve ou Fantasme?
L’un évade quand l’autre embrase.
Difficile de s’abstenir de ce mal qui fait du bien,
Même s’il ramène droit dans la caverne
Ah! La Caverne …

Virus médiatique et Délire du marché

Les bourses mondiales font les montagnes russes,
Dans leur mouvement perpétuel aussi brusque qu’incompréhensible,
On alterne entre baisses et dégradations de notes,
Les nouvelles apocalyptiques se succèdent dans un cauchemard à rallonge.
Le système est-il enlisé dans la recherche du gain immédiat?
La crise est-elle financière, politique, sociale?
On ne sait même plus, pas le temps d’y penser,
Il faut survivre, avancer, « s’en sortir« ,
Par le haut si possible, par le bas c’est impensable!
Nous voici donc irradiés par un nuage médiatique,
Dans son mouvement continu il captive l’attention,
La radioactivité des mauvaises nouvelles s’étend et nous contamine,
Subrepticement, un virus – le pessimisme – colonise notre esprit,
Dans une succession d’événements qui nous dépassent.
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Je voudrais te dire …

Je voudrais te dire que je ne t’aime plus mais je te hais,
Je voudrais te dire le mal que tu me fais mais tu es sourd,
Je voudrais te dire adieu mais imperturbable tu restes muet.
Je suis face à ce mur de silence,
Qui semble bien décidé d’en finir,
Ce silence qui pue la mort.

Et ni mes cris ni mes larmes n’y pourront rien changer.

Hermétique, insensible tel un diamant poli,
Je suis exilé par ta volonté de tyran.
Ton silence me soumet.
Et personne ne m’a jamais traité comme celà.
Je ressens cette violence inouïe,
Fruit d’une impuissance contre-nature mais assumée,
Pour tenter – dans un dernier souffle – de nous sauver.
Mais pour combien de temps accepterai-je cette souffrance?
Pour un jour ou pour un an?
Tes paroles – mon oxygène – me viennent à manquer,
Et ton plaisir de sadique me fait suffoquer.