Sur Oscar Wilde – Chapitre 2

Chapitre 2 : Oscar Wilde, poète

Wilde, lecteur

Résumé

  • Intérêt pour Swinburne:
    • Ses « Poèmes et Ballades » avaient connu un succès de scandale. On lui reprochait son paganisme, son anti-christianisme et l’érotisme de ses vers.
    • Fascination pour son sado-masochisme, notamment la flagellation (contrairement à Wilde), et son amoralisme
    • Poésie musicale et positions esthétiques proches de Wilde lorsqu’il affirma : « Je défends l’art pour l’art contre la rigueur de la morale. ».
  • Intérêt pour Keats:
    • Une référence constante et un modèle avoué pour Wilde qui perçoit de la sensualité et de la musicalité dans ses vers, et de son esthétique qui annonce l’esthétisme
    • Il lui consacre un essai, deux poèmes, une conférence et s’insurge contre la vente aux enchères de ses lettres d’Amour.
  • Intérêt pour Walt Whitman (homosexuel), ainsi que Beaudelaire, Mallarmé et Théophile Gautier
  • Intérêt pour le catholicisme, notamment son esthétique, et le rapprochement qu’elle opère des pôles opposés : l’ancienneté et la modernité, la mortification du corps et sa glorification, et l’esprit et la sensualité.

Détail

Un écrivain, et un poète, est en premier lieu un lecteur et Oscar Wilde ne déroge pas à la règle. Lorsqu’il était étudiant à Trinity College, Wilde lut beaucoup de poésie. Il avait découvert Algernon Charles Swinburne, né en 1837, dont les Chants d’avant l’aube avaient paru en 1871 et, en 1872, il se passionna pour Atalante à Calydon, tragédie de Swinburne inspirée par le modèle de la tragédie grecque. Wilde connaissait très bien le grec ancien, de même que la littérature grecque de l’époque classique (par exemple, Homère, Eschyle, Sophocle, Euripide et bien sûr Platon). Pourquoi cet intérêt pour Swinburne ? Sans doute parce que, à leur parution en 1866, ses Poèmes et Ballades avaient connu un succès de scandale. Les critiques s’en étaient violemment pris à son paganisme, à son anti-christianisme et à un érotisme fortement perceptible dans ses vers. S’y ajoutait, chez Swinburne, une fascination pour ce qu’on appelle désormais le sado-masochisme avec l’accent mis sur notamment la flagellation, dont, à l’inverse de Wilde toutefois, il était lui-même adepte. Mais Wilde était séduit par son amoralisme. Enfin, Swinburne, dont la poésie est souvent qualifiée de musicale, avait d’une façon générale des positions esthétiques proches de celles de Wilde, par exemple lorsqu’il affirma : « Je défends l’art pour l’art contre la rigueur de la morale. ». Il est ainsi compréhensible qu’Oscar Wilde, qui reprit cette idée dans la préface du Portrait de Dorian Gray, ait été séduit par cet écrivain, désormais considéré comme l’une des plus grandes voix de la poésie anglaise, et, avec John Keats, sa principale source d’inspiration pour ses propres poèmes.
Keats, l’un des plus grands poètes romantiques, est pour Wilde une référence constante et un modèle avoué, et en partie identificatoire en raison de la sensualité qu’il perçoit dans ses vers, et de leur musicalité. En raison, également, de son esthétique qui annonce, selon Wilde, ce qui sera l’esthétisme, tendance artistique et littéraire qui prend le parti de l’art pour l’art contre le naturalisme. Cette position critique ne lui est pas propre puisque, dans les années 1890, si Shelley était considéré comme le précurseur du Symbolisme, Keats était lu justement comme celui de l’art pour l’art. Cette idée fut développée par Arthur Symons, notamment, qui voit en outre en lui un précurseur de la littérature décadente, torturé par sa sensibilité, selon lui maladive. Wilde, pour sa part, a consacré à Keats une conférence (« Keats’ Sonnet on Blue ») lors de sa tournée aux États-Unis en 1882, après avoir reçu des mains d’Emma Speed, fille de George Keats, frère du poète, le manuscrit original. Il lui a également consacré un essai, « The Tomb of Keats » (« Le tombeau de Keats », publié en 1877) et surtout deux poèmes, « The Grave of Keats » (« La tombe de Keats ») et « On the Sale by Auction of Keats’s Love Letters » (« Sur la vente aux enchères des lettres d’amour de Keats »), événement qui avait suscité son indignation. Ces deux poèmes sont remarquables pour la façon dont Wilde représente le poète romantique, dans les deux cas invisible : Keats est soit enterré soit seulement incarné par ses lettres vendues aux enchères. Keats, vu par Wilde, est par ailleurs un fantasme homérotique (il insiste sur ce qu’il estime être sa beauté physique) et une présence absente, révélatrice du devenir du romantisme en cette fin de siècle.
Wilde lisait aussi les Feuilles d’herbe (Leaves of Grass) de Walt Whitman, le plus grand poète américain du 19e siècle, qu’il rencontra lors de son séjour aux États-Unis, le 18 janvier 1882, et qui ne faisait pas mystère de son homosexualité. Whitman y fait l’apologie du corps, par exemple dans « I sing the body electric » (« Je chante le corps électrique »), et celle du monde matériel et de la nature. Cela, pour autant, ne l’empêche pas de célébrer la puissance de l’esprit humain.
Wilde lut aussi Les Fleurs du mal de Baudelaire, qui l’inspira par exemple lorsqu’il composa « The Sphinx » (« La Sphinge »), Baudelaire faisant allusion à cette créature mythique dans son poème « Les Chats ».
Il découvrit également Mallarmé, dont l’Hérodiade fut l’une des sources de sa propre Salomé. Wilde se passionnait aussi pour les artistes préraphaélites, parmi lesquels Dante Gabriel Rossetti, John Everett Millais et William Holman Hunt. Il considérait de plus en plus que l’art ne devait avoir pour but que lui-même, et la lecture de Théophile Gautier, dont la préface de Mademoiselle de Maupin (1835) fut considérée comme le manifeste de « l’art pour l’art », renforça ce sentiment. Gautier y défend l’inutilité de l’art affirmant qu’ « Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid […]. — L’endroit le plus utile d’une maison, ce sont les latrines. »
C’est aussi à cette époque qu’Oscar Wilde s’intéressa au catholicisme (il lut avec passion l’autobiographie du cardinal Newman, Apologia pro vita sua, consacrée à sa conversion) et cette fascination l’accompagna toute sa vie durant, jusqu’à sa mort. Ce qu’il cherchait dans l’Église romaine était moins un cadre spirituel qu’une esthétique, celle qui, en France, séduisit Joris-Karl Huysmans dont le roman À rebours influença
en partie Wilde dans Le Portrait de Dorian Gray. Ce n’est pas un hasard si la plupart des amis homosexuels de Wilde, ou ceux qui étaient associés à ce qu’on appelle la Décadence, comme Aubrey Beardsley, Lionel Johnson, John Gray et André Raffalovich, se convertirent à cette religion. Selon eux, elle rapprochait de façon stimulante des pôles opposés : l’ancienneté et la modernité, la mortification du corps et sa glorification, et l’esprit et la sensualité. Il n’est donc pas étonnant que Rome figure en bonne place dans certains poèmes de Wilde, par exemple dans « Rome Unvisited » (« Rome non visitée »), qui en souligne la « sainteté », de même que celle de la Vierge Marie, ou encore dans « Easter Day » (« Jour de Pâques ») qui exalte la splendeur du Pape.

Wilde, jeune poète

Resumé

Écrit en 1898, la « Ballade de la Geôle de Reading » éclipsé le reste des créations poétiques d’Oscar Wilde. Pourtant, dès 1881, il fut paraître « Poèmes« .

  • Le premier poème est « Hélas » jouant sur l’homophonie avec Hellas (la Grèce), dans lequel les esthètes interprètent la Grèce comme lieu de liberté (homo)sexuelle. Il prend aussi ses distances avec les valeurs valorisée par les Victoriens: devoir, labeur, les vertus viriles, etc. Il pose aussi la questioné récurrente dans l’oeuvre de Wilde:

« l’art peut-il faire oublier l’éthique ? »

  • Un autre poème intitulé « Humanitad » inspiré par le « Libertad » de Whitman et défend la liberté humaine. Il critique le manque d’idéaux de l’Angleterre contemporaine, se termine sur l’image de la crucifixion, non pas de Jésus, mais de tous les hommes.
  • On voit souvent en Oscar Wilde un dilettante, ce qui est faux, car il met constamment l’accent sur la perfection de la forme. Le sonnet, fondé sur des contraintes en tant que forme fixe, est l’un de ses objets favoris. L’attention portée à la métrique est extrême, comme chez un autre de ses modèles, Théophile Gautier.
  • La critique anglaise tend à caractériser Keats de poète « féminin », en raison de la prééminence supposée de la sensation et de l’émotion (sur la pensée) dans sa poésie.
    Dans « The Grave of Keats », Keats est à la fois divinisé et homo-érotisé.
    Dans « The Tomb of Keats » il fait le choix de l’homo-érotisme et l’associe à saint Sébastien.
  • La réception critique des « Poèmes » ne fut pas très bonne car Wilde fut accusé de plaggier ses références, alors qu’il s’inscrit dans une longue tradition, celle de Shakespeare et de Molière, par exemple, qui n’ont jamais caché qu’ils écrivaient après et avec leurs prédécesseurs.

Détail

Le poème le plus accompli et le plus célèbre d’Oscar Wilde est la « Ballade de la Geôle de Reading », son chant du cygne qu’il publia en 1898. Si, en raison de sa puissance, ce poème a en grande partie éclipsé le reste de sa production poétique, il n’en est pas moins vrai que, dès 1881, Wilde fit paraître un recueil, intitulé simplement Poèmes, dont la rédaction avait commencé des années
plus tôt.
Le recueil commence par un poème intitulé « Hélas ! ». Ce titre, écrit en français,
joue sur l’homophonie de « Hélas » et « Hellas » (la Grèce), qui est l’une
des sources d’inspiration importante du volume.
Ce jeu de mots associe la Grèce à la nostalgie d’un passé et d’un lieu idéalisés,
à un fantasme homoérotique, la Grèce antique étant interpétée par les esthètes fin-de-siècle, de façon simplifiée, comme le lieu de la liberté (homo)sexuelle.
Ce sonnet, en outre, prend ses distances vis-à-vis de notions valorisées par les Victoriens : le devoir, le labeur et, d’une manière générale, les vertus « viriles ». « Hélas ! » pose aussi une question récurrente dans l’œuvre de Wilde : l’art peut-il faire oublier l’éthique ?
Les autres poèmes, qui sont souvent des poèmes dits « de circonstance », sont d’inspiration variée. Certains sont consacrés à Italie, d’autres à la Grèce antique ou au monde médiéval, apprécié des Préraphaélites dans leur poésie comme dans leur peinture. Une autre source, qui reprend en partie les précédentes, est l’errance dans la ville et aussi la beauté masculine.
Quelques poèmes, enfin, ont une teneur politique, par exemple « Humanitad », qui défend la liberté humaine. Le titre de ce poème a été inspiré par le « Libertad » de Whitman. Ce poème, qui s’en prend aux manque d’idéaux de l’Angleterre contemporaine, se termine sur l’image de la crucifixion, non pas de Jésus, mais de tous les hommes. Cela permet de modifier en partie l’image ordinaire que l’on a de Wilde, souvent perçu comme un dandy esthète, alors que le moraliste n’est jamais très loin.
Parmi les idées reçues sur Oscar Wilde, il en est une qui voit en lui un dilettante, ce qui supposerait une absence de sérieux. Rien n’est moins vrai. Si l’on s’en tient à la poésie, on constate qu’il met sans cesse l’accent sur l’importance et la perfection de la forme, ce qui explique que le sonnet, qui est fondé sur des contraintes en tant que forme fixe, soit l’un de ses objets favoris. La forme suppose également une attention extrême portée à la métrique, comme chez un autre de ses modèles, Théophile Gautier dont il avait lu Émaux et camées (recueil publié en 1852). Par exemple, « Le Jardin des Tuileries », de Wilde, présente des points communs avec la « Fantaisie d’hiver » de Gautier. Il n’est pas fortuit que, dans Le Portrait de Dorian Gray, Dorian lise à son tour Émaux et camées, dont quelques vers sont cités.
Je voudrais maintenant faire quelques remarques stylistiques sur deux de ces poèmes, en l’occurrence « La tombe de Keats » et « Sur la vente aux enchères des lettres d’amour de Keats », pour illustrer la façon dont Wilde puisait dans ses sources. Wilde fait dans ces deux sonnets un usage abondant des allitérations (répétition d’une consonne) et des assonances (répétition d’une voyelle), et de tours directement empruntés à Swinburne, comme par exemple dans le vers 3 de « La tombe de Keats »

« Taken from life when life and love were new »/
« Arraché à la vie dans la fraicheur de la vie et de l’amour »

La répétition du mot « life », son association (attendue) avec « love », l’effet phonique ainsi créé, l’évocation d’un passé indéfini sont fréquents chez Swinburne. On fera la même remarque au sujet des mots monosyllabiques (une syllabe) ou bisyllabiques (deux syllabes), appréciés par Swinburne dans certaines de ses descriptions, notamment celles de batailles ou de scènes violentes, en raison du rythme haché qu’ils imposent au vers.
Wilde y a recours dans les deux tercets de « Sur la vente aux enchères des lettres
d’amour de Keats ». La référence implicite à Swinburne se justifie en outre par l’appréciation que portait le poète sur Keats, proche de celle de Wilde.
Pour Swinburne, Keats incarnait la « poésie pure », idée reprise par Walter Pater puis par Wilde.
Une autre question se pose, celle de homo-érotisme : dans « The Grave of Keats », apparaît une contradiction entre la divinisation de Keats et son homo-érotisation, qui diffère de la position habituelle de la critique anglaise du XIXe siècle.
Celle-ci, en effet, se contente ordinairement de féminiser Keats, perçu tantôt comme un être androgyne, tantôt comme l’incarnation d’une poésie délicate et « efféminée », donc résolument non « masculine ». Cette appréciation est récurrente chez les Victoriens qui voient fréquemment en Keats un poète « féminin », en raison de la prééminence supposée de la sensation et de l’émotion (sur la pensée) dans sa poésie.
Certains, cependant, Matthew Arnold par exemple, mettaient en avant son énergie, jugée « masculine ».
Wilde tranche le débat en faisant le choix de l’homo-érotisme. En effet, dans l’essai « The Tomb of Keats », il voit en lui « a divine boy » (« un divin garçon »), un « prêtre de la beauté » (« a priest of beauty ») et il l’associe à saint Sébastien, comme il le fait dans le poème, dans une rêverie homo-érotique, le martyr étant décrit comme un « ravissant garçon aux cheveux bruns » (« a lovely brown boy »), aux « lèvres rouges » (« red lips »), aux « yeux divins » (« divine eyes »), au corps « transpercé de flèches » (« pierced by arrows »), et au regard extatique tourné vers « l’Éternelle Beauté des cieux entrouverts » (« the Eternal Beauty of the opening heavens »), l’ouverture, si on y voit aussi une allusion sexuelle, signifiant de toute manière l’accès programmé à une jouissance.

Saint Sébastien de Guido Reni

Cette référence homo-érotique n’est pas surprenante, l’un des tableaux préférés
de Wilde étant le Saint Sébastien de Guido Reni (1615).
Le saint était alors, en raison de sa beauté supposée, de ses relations sans doute amoureuses avec l’empereur Dioclétien, de la nature de son supplice (son corps transpercé) et de la jouissance qu’on se plaisait à déceler dans son extase l’une des figures les plus appréciées des esthètes homosexuels de l’époque.
Quelques mots, enfin, sur la réception critique des Poèmes. Celle-ci ne fut pas très bonne car on reprocha à Wilde de plagier tous les poètes qui l’avaient inspiré, l’idée étant qu’il aurait été incapable d’écrire si les autres n’avaient pas existé.
S’il y a une part de vérité dans l’accusation, celle-ci omet un fait essentiel. Pour Oscar Wilde, il n’a jamais été question de dissimuler les emprunts, ce qui aurait
alors été en effet du plagiat, mais plutôt de les exhiber. Écrire, pour lui, suppose écrire avec les autres et rendre si sonores les échos que s’en indigner fait contresens.
Ce faisant, il s’inscrit dans une longue tradition, celle de Shakespeare et de Molière, par exemple, qui n’ont jamais caché qu’ils écrivaient après et avec leurs prédécesseurs.

Sur Oscar Wilde

Prologue

On perçoit Oscar Wilde l’esthète dilettante jamais à cours de bons mots, mais l’homme est beaucoup plus profond que cela.

  • Bien sûr, il s’est inspiré de ce qui se faisait déjà, comme tous les grands écrivains
  • C’est un penseur du langage tel Nietzsche qui lui était contemporain, qui a travaillé sur l’épaisseur phonique et le sens, et a modifié le point de vue de la littérature
  • Il s’est consacré à ce qu’il jugeait de plus haut: La Beauté et la Littérature

Chapitre 1 : Oscar Wilde, écrivain

Wilde l’Irlandais

Wilde disait:

« Je suis celte et non pas anglais. »

Il préférait d’ailleurs le français et le grec ancien.

« Français de sympathie, je suis irlandais de race et les anglais m’ont condamné à parler le langage de Shakespeare »

Son père était chirurgien, et publia deux recueils sur la culture populaire irlandaise, sur les superstitions et contes de fées. Sa mère était une ardente nationaliste et écrivait des poèmes patriotiques enflammés sous le pseudonyme speranza. Il était donc partagé entre un malaise contre cette Angleterre qui n’intervint pas pendant la grande famine de 1845, et malgré tout, une volonté d’être reconnu.

Oxford, John Ruskin et Walter Pater

Récompensé pour ses compétences helléniques alors qu’il était étudiant à Dublin, il bénéficie d’une bourse et entre au Magdalen College à Oxford. Cela marquera le premier tournant de sa vie, le second étant son incarcération.
Ses disciplines favorites étaient la littérature, la philologie, l’histoire ancienne et la philosophie. Il admirait Platon et idéalisait la Grèce antique, notamment car l’homosexualité y était courante.
Il s’intéressait à Hegel car:

  • Si sa pensée visait à saisir l’essence de la vie, elle ne faisait pas pour autant l’impasse sur l’existence concrète.
  • Les professeurs d’Oxford soulignaient la pertinence de la théorie hégélienne de la dialectique, fondée sur l’idée d’une réconciliation des contradictions : Pour que la vie perdure, il faut que chaque chose soit l’autre d’elle-même, et Wilde eut systématiquement recours au paradoxe dans son oeuvre.
  • Selon Hegel, « les vaincus doivent analyser les stratégies du vainqueur »

John Ruskin (1819-1900)

  • Auteur de « Modern Painters« , « The Seven Lamps of Architecture » et de « The Stones of Venice« 
  • Oscar Wilde l’admire et l’appelle le Platon anglais, prohète du bien et du beau.
  • Ruskin prêchait qu’esthétique et éthique étaient liées, ce que ne partage pas Wilde, qui partage son goût pour l’esthétique mais la dissocie de l’éthique, et écrit notamment dans la préface du Portrait de Dorian Gray:

« Il n’existe pas de livre moral ou immoral, un livre est bien écrit ou mal écrit, un point c’est tout »

Walter Pater (1839 – 1894)

  • Homosexuel, universitaire brillant et écrivain apprécié
  • Wilde le rencontre lors de sa 3ème année d’études en 1877
  • Il lui fait lire les Trois contes de Gustave Flaubert (1821 — 1880)
  • Auteur de « The Renaissance« , Wilde l’évoque dans « De Profundis » en 1897 « that book which has had such strange influence over my life« . C’est notamment sa célèbre conclusion qui considère comme une en soi l’expérience  et non pas le fruit de l’expérience que Wilde interprète comme une incitation à vivre son existence -et donc sa sexualité- en dehors de tous repères moraux, alors que Pater évoquait seulement l’effet bénéfique sur l’esprit plutôt que sur le corps.
    Wilde dit à Yates « La trompette du Jugement Dernier aurait dû sonner au moment où il a été écrit« 
  • Au contraire de Ruskin, Pater dissociait le culte du Beau de la contrainte morale. Il opposait aussi à l’idéalisme et au christianisme le matérialisme et l’hellénisme qui avaient sa préférence. Pour Pater, la vie était une succession d’actes fugitifs ; aussi l’esthète devait-il cultiver l’instant. C’est tout le propos de Lord Henry qui exhorte Dorian Gray à vivre pleinement son existence, comme s’il était une caricature de Pater. Lorsque lord Henry préconise le développement d’ « un nouvel hédonisme », il se réfère à la Conclusion de La Renaissance.
  • Si l’on prend en compte les effets désastreux des conseils qu’il prodigue à Dorian, il apparaît que la posture caricaturée de Pater a eu des effets tout aussi dévastateurs sur Oscar Wilde.

 Création d’une réputation : Oscar Wilde en Amérique

  • Oscar Wilde part pendant 1 an aux États-Unis et au Canada pour faire son auto-promotion. C’est une étape importante dans la création de son image.
  • Trois conférences au programme « La Renaissance anglaise », « Les arts décoratifs » et « La belle maison », qu’il révisa sans cesse lors de sa tournée.

Il déclare au douanier:

Oscar Wilde – « Je n’ai rien à déclarer si ce n’est mon génie ».
Réponse de l’officier – « Cela, Monsieur, est un bien qui aux États-Unis n’a nul besoin de protection ».

  • Si Wilde était attendu par les foules en tant qu’apôtre de l’esthétisme, c’est qu’il incarnait un mouvement déjà connu sur place. Le nom de John Ruskin n’était pas inconnu, et Walter Pater avait en Amérique une notoriété considérable. Wilde était donc attendu en tant que porte-parole d’idées jugées importantes.
  • Une autre raison de l’intérêt porté aux idées d’Oscar Wilde est fondée sur la recherche, aux États-Unis, de nouvelles valeurs : par exemple, le désir des femmes de s’affranchir du joug patriarcal, celui des pères et des maris, notamment car elles avaient assumé certaines tâches des hommes durant la guerre de Sécession : Celle du travail, mais aussi celle de l’art et, d’une manière générale, de la création.
  • Mais ces idées bouleversaient aussi une certaine conception de l’ordre puritain qui voyait dans de tels intérêts des préoccupations « efféminées » et « décadentes ». D’où les caricatures de Wilde le représentant sous la forme d’une créature androgyne :
    certains le soupçonnaient de vouloir déstabiliser les frontières ordinaires entre les catégories établies, notamment celles séparant le « masculin » du « féminin ».
  • Le thème central de ses interventions était l’influence de la beauté de l’environnement sur le bonheur humain : entourons-nous de beaux objets pour être heureux ! L’art ainsi intégré dans le quotidien apporterait paix et quiétude : la conception ici défendue était utilitaire
    et moralisante, Wilde se plaçant du côté de Ruskin, bien plus que de celui de Théophile Gautier ou de Walter Pater.
  • Les « arts décoratifs » consistaient à embellir les objets de la vie quotidienne -tapis, papier peint, vaisselle- à la seule condition que ceux-ci fussent fabriqués à la main. Si la machine est efficace, concéda-t-il, elle est privée de « la vitalité du cœur et de la tête de l’artisan ».
  • L’artisanat est mis en valeur, l’exaltation du travail, la beauté du geste, et la créativité des femmes qu’il fallait encourager, des propos subversifs dans une société qui croyait majoritairement à la puissance masculine.
  • Wilde appela enfin de ses vœux la création d’écoles d’art dans les villes américaines.
  • Wilde exhortait son auditoire à n’accepter que le « beau » et l’ « authentique » : « N’acceptez aucun matériau qui en imite un autre, comme du papier représentant du marbre ou du bois peint imitant la pierre et n’ayez aucun bibelot manufacturé ».
  • Puis conférence à San Francisco le 5 avril 1882 « Poésie et poètes irlandais du XIXe siècle » où il défend le génie de son pays natal.

La conquête de Londres, succès littéraires

  • 1887 fut pour Wilde une année de succès éclatants qui, en établissant ses talents de conteur, lui assurèrent la place de premier plan qu’il recherchait depuis son départ d’Oxford.
    • La première œuvre d’importance : « Fantôme des Canterville ».
    • Autre nouvelle la même année, intitulée à l’origine « Lady Alroy » et reprise sous le titre du « Sphinx sans secret ».
    • Puis il publia un autre chef d’œuvre, « Le Crime de lord Arthur Savile », qui appartient au genre alors nouveau de l’histoire policière dont le père littéraire était Edgar Poe.
    • Puis Wilde imagina une autre histoire, « Le Millionnaire modèle ».
    • En Novembre 1886 fut fondé un mensuel, « Lady’s World: a Magazine of Fashion and Society ». Parce que cette publication consacrée à la mode féminine et aux mondanités ne connaissait pas un franc succès, Wilde fut sollicité en avril 1887 pour y assurer la fonction de rédacteur en chef. Wilde examina la proposition, non sans formuler quelques critiques. Lady’s World était un journal « féminin » bien plus qu’un journal de femmes. Il ne fallait pas se contenter de publier des articles de mode : Wilde, qui changea
      le titre du magazine en Woman’s World, voulait que les femmes s’expriment sur tous les sujets et dans des domaines variés (art, littérature, histoire, vie moderne), et que les hommes aient plaisir à le lire et à y contribuer en tant qu’auteurs. Wilde voulait donc avant tout lancer un magazine d’idées avec une forte composante littéraire. Au fil des années, son enthousiasme déclina entre les contraintes techniques, la nécessité de rappeler constamment les auteurs à l’ordre, des ventes stables. Sentiment de
      perdre son temps et son énergie : il n’avait pas réussi à créer le magazine intellectuel et culturel dont il rêvait, les articles se cantonnant souvent à des domaines réputés « féminins » (la « poésie », le jardinage, les enfants), parce que l’immense majorité des femmes, enfermées dans l’idéologie de leur temps, ne songeaient pas à traiter de sujets autres. En octobre 1889, le magazine cessa de paraître.
    • Le 29 mai 1884, il épousa Constance Lloyd. Ils eurent deux fils, Cyril, né le 5 juin 1885, et Vyvyan, le 3 novembre 1886. Mais Wilde, qui était toutefois un père aimant, songeait surtout à sa carrière littéraire.
  • Le 30 août 1889 il rencontre à Londres Joseph M. Stoddart, directeur du Lippincott’s Magazine, qui l’avait invité à dîner en compagnie notamment d’Arthur Conan Doyle. Celui-ci avait publié en 1887 Une étude en rouge, la première d’une
    longue série d’histoires mettant en scène le personnage de Sherlock Holmes. Stoddart demanda aux deux écrivains de rédiger un texte de fiction qu’il se proposait de publier dans son magazine. Conan Doyle rédigea Le Signe des quatre (février 1890), et Wilde proposa Le Portrait de Dorian Gray (juin 1890). Le livre fut terminé au printemps, laissant Wilde épuisé et insatisfait. « Je
    crains qu’il ne ressemble à ma vie, rien que des conversations et pas d’action. Je suis incapable de décrire l’action : mes personnages sont assis dans des fauteuils et bavardent. Je me demande ce que vous allez en penser ». La réception critique fut
    très hostile, fondée essentiellement sur des accusations d’immoralisme. Wilde revendiqua le caractère immoral de ses personnages et affirma :

    « un artiste n’a pas de sympathies éthiques. Le vice et la vertu sont simplement pour lui ce que sont, pour le peintre, les couleurs qu’il voit sur sa palette : rien de plus et rien de moins. Chacun voit en Dorian Gray son péché. Quels sont les péchés de Dorian Gray, personne ne le sait. Et si on les décèle, c’est qu’on les a commis ».

  • 1891
    • Seconde édition du portrait de Dorian Gray. Wilde étoffe considérablement le roman et ajoute une préface, qui est un manifeste défendant de façon définitive le principe de la séparation de la morale et de l’esthétique.
    • Rencontre de lord Alfred Douglas, que sa famille appelait Bosie (d’après « Boysie », déformation de « boy », petit garçon), c’était un très beau jeune homme blond aux yeux bleus, le troisième fils de John Sholto Douglas, huitième marquis de Queensberry.
      Alfred Douglas ne fut pas le premier amant de Wilde mais il est celui par qui le malheur arriva lorsque le marquis de Queensberry attaqua Wilde en justice en dénonçant son homosexualité. Wilde continuait néanmoins à beaucoup travailler.
  • 1892: Rédaction de Salomé, pièce écrite en français, et le théâtre, d’une manière générale, devenait sa préoccupation première.
    • L’Éventail de lady Windermere fut donné à Londres le 20 février 1892
  • En 1892 et 1893, Oscar Wilde rédigea deux nouvelles pièces, Une femme sans importance et Un mari idéal.
  • Enfin, il composa ce qui est son chef d’œuvre théâtral, L’Importance d’être constant.
  • Ces pièces eurent un succès considérable et firent de
    leur auteur un homme riche.

Les procès et la prison

Résumé

  • 28 Février 1895 : Le marquis de Queensberry envoie une carte de visite indiquant « Pour Oscar Wilde qui pose au somdomite [sic] ». Wilde se rend au commissariat avec Douglas -qui détestant son père l’entraîne-, et obtient un mandat d’arrêt contre Queensberry.
  • 2 Mars 1895 : Interpellation de Queensberry
  • 3 Avril 1895 : Procès de Queensberry. Wilde se croit sur une scène de théatre, répond avec esprit aux questions de Carlson -l’avocat de Queensbury- sur ses relations avec de nombreux jeunes garçons. Il commet une imprudence fatale lorsque Carlson lui demande s’il avait embrassé un jeune garçon : « Oh, non, jamais de la vie. Il était particulièrement laid ». Clarke, avocat de Wilde, indique que son client acceptait le verdict de « non-coupable » au bénéfice de l’accusé. Queensbury est acquitté, mais il décide à son tour de mettre Wilde en accusation.
  • Ses livres sont retirés de la vente, les conséquences financières sont désastreuses, tous ses créanciers portent plainte contre lui, il est inculpé.
  • Lors d’un autre procès du 26 avril jusqu’au 25 mai, Wilde fut jugé coupable et condamné pour « outrage aux mœurs » à deux ans de travaux forcés.
  • Il purge la plupart de sa peine à Reading, sous le plus dur des régimes, celui des travaux forcés. Wilde souffrit beaucoup, n’ayant pas le droit d’écrire et subissant de nombreuses humiliations.
  • Quand cela lui fut permis, il se remit à écrire, de janvier à mars 1897. Il travailla quotidiennement à ce qui était censé n’être qu’une lettre adressée à Alfred Douglas, plus tard intitulé De profundis, qui est à la fois un long monologue, un réquisitoire implacable, mais aussi un message d’amour voire une tentative inavouée pour renouer avec Douglas. Sa motivation est de renvoyer Alfred Douglas à sa médiocrité, mais aussi de se reconstruire par l’écriture en remettant de l’ordre dans sa vie.
  • 18 mai 1897, Wilde est libéré.

Détail

  • 28 février 1895: Wilde se rendit à son club, l’Albemarle. Le portier lui remit une carte de visite qui avait été déposée
    le 18 février à son intention par le marquis de Queensberry. Quelques mots étaient griffonnés, peu lisibles et assortis d’une faute d’orthographe :« Pour Oscar Wilde qui pose au somdomite [sic] ».
  • La faute d’orthographe pouvait être imputable à l’ignorance de Queensberry. Quant à la formule, « qui pose », elle était ambiguë : fallait-il la lire comme la dénonciation d’une posture et comprendre « qui se donne l’apparence », ce qui ne veut pas dire « qui est » ? Ou fallait-il entendre plutôt « qui a toute l’apparence de », ce qui aurait été une accusation plus directe ?
  • Wilde fut intimement blessé. Robert Ross, ami de Wilde, lui conseilla d’ignorer l’insulte mais Bosie n’était pas de cet avis : la haine qu’il éprouvait pour son père était extrême, et réciproque, et la seule chose qu’il désirait était de le voir traîné devant un tribunal. Wilde savait que Queensberry était puissant, qu’il avait constitué un réseau d’informations très efficace et que l’accusation d’homosexualité était fondée. Mais, manipulé par Douglas, il se rendit en sa compagnie au commissariat où il obtint un mandat d’arrêt contre Queensberry.
  • Celui-ci fut interpellé le 2 mars et conduit au commissariat puis au tribunal : Lord Queensberry était accusé d’avoir diffamé Oscar Wilde.
  • Le procès de Queensberry s’ouvrit le 3 avril à l’Old Bailey, la cour d’assises de Londres.
  • Queensberry avait lancé dans Londres, et ailleurs en Angleterre, de nombreux émissaires chargés
    d’enquêter dans les hôtels, restaurants et tous les lieux où l’écrivain s’était trouvé en compagnie de divers jeunes gens. Edward Carson, l’avocat de Queensberry, pressa Wilde de questions sur ses relations avec un certain nombre de garçons.
  • Wilde, qui se croyait sur une scène de théâtre, répondait avec esprit. Mais lorsque Carson avança le nom de Walter Grainger, l’un des amants de passage, il demanda à Wilde s’il avait embrassé le garçon. Wilde commit une imprudence fatale en lui répondant

    « Oh, non, jamais de la vie. Il était particulièrement laid ».

    Carson sauta sur l’occasion : la laideur du garçon était-elle la seule raison pour laquelle Wilde ne l’avait pas embrassé ? Carson avait pris le dessus.

  • Clarke, avocat de Wilde, intervint pour préciser que son client acceptait le verdict de « non-coupable » au bénéfice de l’accusé. Le juge invita le jury à se prononcer en ce sens, ce qu’il fit après une courte délibération : Queensberry fut acquitté.
  • Queensberry décida à son tour de mettre Wilde en accusation.
  • Wilde fut déféré devant un juge et dès le 6 avril, les journalistes se déchaînèrent contre lui. Ses livres furent retirés de la vente. Les représentations de L’Importance d’être constant se poursuivirent jusqu’au 8 mai, mais le nom de l’auteur fut retiré des affiches et des programmes.
  • Les conséquences financières furent désastreuses : Wilde était privé de revenus et tous ses créanciers portèrent plainte contre lui, même pour de petites sommes. Bien sûr, Wilde fut inculpé.
  • Un autre procès eut lieu le 26 avril jusqu’au 25 mai, où Wilde fut jugé coupable et condamné pour « outrage aux mœurs » à deux ans de travaux forcés.
  • Il fût mené à Holloway pour quelques jours, puis à Pentonville jusqu’au 4 juillet 1895, date à laquelle il fut transféré à Wandsworth. Le 20 novembre, il fut conduit à Reading, son dernier lieu de détention. À son arrivée à Pentonville, on lui fit savoir qu’il serait soumis au régime de travaux forcés le plus dur. Wilde souffrit beaucoup, il n’avait pas le droit d’écrire et subissait de nombreuses humiliations.
  • Comment résister ? En écrivant quand cela lui fut permis. De janvier à mars 1897, Wilde travailla quotidiennement à ce qui était censé n’être qu’une lettre adressée à Alfred Douglas. Plus tard intitulé De profundis (sur la suggestion de l’éditeur Methuen, cinq ans après la mort de Wilde), ce texte est plus qu’une lettre ; c’est à la fois un long monologue, un réquisitoire implacable, mais aussi un message d’amour voire une tentative inavouée pour renouer avec celui que l’écrivain accable de reproches.
    Wilde s’explique en partie sur les raisons qui l’ont poussé à écrire.
    • La première est de renvoyer Alfred Douglas à sa médiocrité. Aussi une grande partie de la lettre est-elle consacrée à ses travers, à sa futilité et à son ingratitude.
    • L’autre raison, plus forte, est le désir de se reconstruire. La question est de savoir comment un homme parvient à se recomposer après l’expérience la plus accablante qui soit, celle de l’incarcération et de ses nombreuses humiliations. La réponse est l’écriture. Grâce à l’autobiographie, Oscar Wilde reprend sa place comme artiste. Il entend, par ce biais, redonner corps à son nom « traîné dans la boue ». Ce faisant, il défend la forme contre l’informe, qu’il associe, sans doute de façon caricaturale, à Douglas et à la vie passée à ses côtés.
      Par l’écriture, l’homme humilié remet de l’ordre dans sa vie.
  • Le 18 mai 1897, Wilde quitta la prison de Reading. Un fiacre le conduisit à la gare de Twyford d’où il prit un train pour Londres. Un second fiacre le mena à Pentonville où se fit la levée d’écrou. Le lendemain matin, à six heures et quart, Oscar Wilde était libre.

Mort et Transfiguration

Resumé

  • Wilde se rend en Normandie, commence « La Ballade de la Geôle de Reading« , revoit Lord Douglas puis part à Naples.
  • L’argent manque, de plus sa femme -sachant qu’il avait repris sa relation avec Douglas- annule la pension qu’elle lui versait. Il quitte donc Naples et revient à Paris, où il mourut en 1900.
  • Il doit subir une opération de la gorge, payée par ses amis, puis erre à nouveau sur les boulevards en quête de garçons de passe, avec le sentiment de vivre un cercle infernale qu’il nomme « Le Cercle des Boulevards », il continue à voir Bosie.
  • Il croise Gide et boit un verre avec lui, bien que celui-ci ressent « une absurde honte » craignant d’être vu avec lui.
  • 31 janvier 1900 : Mort du marquis de Queensberry
  • Wilde passe de nouveau quelque temps en Italie et en Sicile, mais sa santé se détériore, il meurt le 30 novembre 1900.
  • Enterrement à Bagneux, puis en 1909 son corps fut transféré au cimetière du Père-Lachaise.
  • Parution de « De profundis » en 1905
  • 14 février 1995: un vitrail lui est dédié à Westminster Abbey à Londres : Oscar Wilde est enfin officiellement reconnu par le pays qui l’avait condamné.

Détail

  • Wilde se rendit rapidement à Newhaven afin de prendre le bateau pour la France et s’installer d’abord à Dieppe puis à Berneval-sur-Mer. Il s’y sentait bien et les conditions psychologiques et matérielles étaient réunies pour que l’écrivain se remette au travail.
  • Le 7 juillet, il annonça que dès le lendemain il commencerait à composer un poème, qu’il intitula plus tard la Ballade de la Geôle de Reading. La rédaction fut achevée en décembre, qui est la dernière œuvre de Wilde.
  • Il revoyait aussi lord Alfred Douglas et finit par se lasser de la Normandie : il ne songea plus qu’à une chose, partir pour l’Italie, plus précisément à Naples.
  • Le 25 septembre 1897, Wilde, une fois arrivé à Naples, s’installa en compagnie de Douglas dans un premier temps à l’Hôtel Royal des Étrangers puis dans une villa sur la colline du Pausilippe. L’argent manquait et Constance, qui versait une pension à son mari, dont
    elle avait refusé de divorcer, menaçait de suspendre ce versement. Elle savait que Wilde avait repris sa vie avec Douglas, ce qui était pour elle intolérable. Le 16 novembre, Wilde apprit que la pension octroyée par Constance ne lui serait plus versée.
  • Il quitta Naples le 13 février et loua une chambre dans un petit hôtel de la rue des Beaux-Arts, l’hôtel de Nice, situé non loin de l’hôtel
    d’Alsace où il mourut moins de deux ans plus tard.
  • Une satisfaction, tout de même, la publication de la Ballade de la geôle de Reading connut un grand succès.
  • Et un chagrin : le 7 avril 1898, Constance Wilde, devenue Constance Holland, le nom de Wilde étant devenu très lourd à porter, mourut à Gênes à l’âge de quarante ans après avoir subi une opération de la colonne vertébrale.
  • Wilde dut subir une opération de la gorge liée aux infections contractées pendant les années de prison ; certes, l’opération se passa bien mais il se trouva dans l’impossibilité de payer les médecins. Quelques amis, prêts à lui venir en aide, furent sollicités.
  • Une fois remis, il reprit ses errances sur les boulevards en quête de garçons de passe, tout en déplorant de n’avoir pas les moyens de s’acheter des cigarettes et de l’alcool : il avait le sentiment d’être plongé dans le plus effroyable des cercles de l’Enfer qu’il baptisa « Le Cercle des Boulevards ». Il voyait par ailleurs Bosie très souvent, et il leur arrivait de croiser de vieilles connaissances.
  • Un soir, Wilde, installé à une terrasse de café, aperçut André Gide qu’il appela par son nom. Celui-ci, embarrassé d’être vu à ses côtés, s’assit néanmoins à sa table, dans un premier temps en tournant le dos aux passants. Wilde le pria de s’asseoir près de lui face à la rue, ce qu’il fit malgré ce qu’il décrivit plus tard comme « une absurde honte ». Gide fut également frappé par l’apparence de Wilde :

    « Wilde était encore bien mis ; mais son chapeau n’était plus si brillant ; son faux-col avait même forme, mais il n’était plus aussi propre; les manches de sa redingote étaient légèrement frangées ».

  • Pourtant Wilde ne voulut pas perdre la face. Bien qu’il reconnût être « absolument sans ressources », il tint à l’inviter. Il lui donna aussi une leçon, lui expliquant que lorsqu’il était « riche, joyeux, couvert de gloire » et qu’il avait rencontré Verlaine ivre mort, il s’était senti honoré d’être aperçu à la table du grand poète.
  • Le 31 janvier 1900 disparut le marquis de Queensberry.
  • Wilde passa de nouveau quelque temps en Italie et en Sicile, mais sa santé se détériorait. Il ne se remettait pas de ses deux années de prison, d’autant qu’il y avait fait une chute qui l’avait grièvement blessé au tympan. L’infection gagnait du terrain et il dut être opéré le 10 octobre 1900. Ses quelques amis, dont Robert Ross, lui apportaient une aide financière mais sa situation matérielle était devenue catastrophique.
  • Fin novembre, Wilde dut s’aliter et le 30 novembre, il mourut dans sa chambre d’hôtel.
  • Son enterrement eut lieu à Bagneux le 3 décembre et c’est là qu’il reposa jusqu’en 1909, date à laquelle son corps fut transféré au cimetière du Père-Lachaise, une donation ayant permis de financer le transfert puis la construction du tombeau que l’on connaît.
  • En 1901, L’Éventail de lady Windermere fut mis en scène au Coronet Theatre de Londres, il est vrai sans nom d’auteur.
    La même année, Salomé fut jouée à Berlin et, en 1905, fut créée à Dresde la Salomé de Richard Strauss dont le livret est fondé sur la pièce de Wilde. L’opéra fut jugé « hystérique » par Cosima Wagner, veuve du musicien.
  • De profundis parut en 1905 dans une version expurgée en raison de l’hostilité d’Alfred Douglas qui n’y voyait que des calomnies, mais si Oscar Wilde était toujours un paria en Grande-Bretagne, ce n’était pas le cas en Allemagne et en France où il était considéré comme un grand écrivain.
  • Ainsi, peu à peu, tout au long du 20e siècle, se développait l’idée que, contrairement à ce qu’avait affirmé André Gide, c’était dans son œuvre, et non pas dans sa vie qu’Oscar Wilde avait mis son génie.
  • Le 14 février 1995, soit un siècle jour pour jour après la première de L’Importance d’être constant, un vitrail lui fut dédié dans le transept sud de Westminster Abbey à Londres : Oscar Wilde était enfin officiellement reconnu par le pays qui l’avait condamné.

À cet étudiant chinois

L’image de cet étudiant chinois écrasé par un char sur la place Thyenanmen est fascinante et terrifiante à la fois. C’est l’homme dont l’individualité est anéantie par un système -quel qu’il soit.
Appelez le communisme, capitalisme voire même matriarcat c’est la même chose, rien n’arrête un système dont le seul but est de survivre et s’étendre par la conquête , quitte à aplatir l’individu.

La fin justifie les moyens.

L’usage du nous est parfois révélateur d’un système totalitaire, dans le sens où il englobe et prive de parole l’autre, qui est placé dans une affirmation par défaut. Et il n’existe de pire fascisme que celui qui endort et se cache derrière les bonnes intentions et autres bons sentiments.
Car personne n’est désintéressée et c’est probablement celles et ceux qui cachent le plus leur intérêt ou besoin des autres qui sont aussi les plus manipulateurs. À l’heure de l’hypermédia, l’aliénation mentale est reine et fait renaître, en réaction, un autre type de fascisme de ses cendres.

En finir avec Eddy Bellegueule

Je me souviens de ma mère me tendant ce bouquin « En finir avec Eddy Bellegueule », visage angoissé et demande implicite…

– As-tu vécu cela?

Et ma réponse:

– Non maman, ce n’est pas mon histoire, j’ai vécu autre chose

Je me souviens d’un véritable choc en lisant ce bouquin, telle une décharge électrique…
Puis d’une colère mêlée d’admiration contre la force de cet homme,
Ce parvenu parisien qui reniait sa famille et son passé jusqu’à oser changer de nom!
Enfin d’une jalousie devant la Liberté désormais sienne, en coupant si « Malevichement » avec ses racines …
Je critiquais dans un déni acerbe le style qui s’écroulait complètement dans la dernière partie du livre,
Et me permettait de le détruire sereinement afin de l’oublier au plus vite et d’éviter de se poser des questions…
Un an et demi après l’avoir lu, j’y reviens suite à la lecture d’un article d’Edouard Louis dans Libération.
Comme si ce rejet commun de la Picardie liait nos passés, même si je n’ai pas vécu la même chose…
Je me souviens de la double-écriture en français et picard tout d’abord,
Mais surtout l’électrochoc vint de la lecture que j’en faisais…
En effet, ce fameux texte en italique résonnait dans mon esprit avec ce fameux accent picard que j’avais toujours méprisé…
Je me souviens donc des gens dans ce plateau du Santerre à deux vitesses,
Ceux qui parlaient français sans accent -les gens intelligents et pleins d’Avenir donc- et les autres, les ploucs.
En sixième, j’ai compris que les gens intelligents pleins d’Avenir étaient aussi snob et cruels…
Petits bourgeois habillés en Chevignon et Levi’s et se moquant de tous ceux qui ne leur ressemblaient pas,
Les snobs, malgré leurs marques et bonnes notes en classe ne brillaient pourtant pas par leur intelligence.
Comme le disait si bien le plus grand d’entre nous:

Je fus frappé à quel point, chez ce jeune homme et les autres très rares amis masculins de ces jeunes filles, la connaissance de tout ce qui était vêtements, manière de les porter, cigares, boissons anglaises, cheveux, –et qu’il possédait jusque dans ses moindres détails avec une infaillibilité orgueilleuse qui atteignait à la silencieuse modestie du savant– s’était développée isolément sans être accompagnée de la moindre culture intellectuelle. 1

La bande des premiers de la classe méprisait donc profondément les ploucs et ne se mélangeait avec eux qu’à l’occasion de rares activités, comme les cours de sport, dessin ou encore musique où tous chantaient horriblement faux…
Dans ces moments particuliers, ni l’accent ni une meilleure maîtrise du langage n’accordaient de privilège…
Intolérance, homophobie, domination, cruauté,
Il ne faisait pas bon vivre non plus avec les snobs picards …
À tel point que je revenais souvent chez les ploucs malgré cet accent picard que j’abhorrais tant.
Puis, je me décourageais devant les mauvaises odeurs et blagues de caniveau,
Comme désolé de ne trouver ma place nulle part …
Mon erreur fût de ne pas comprendre plus tôt que j’étais très bien tout seul.
Que, dans cet environnement détestable, mes bouquins, mon piano et mes chats étaient mes seuls et véritables amis …
Mon salût vint grâce à la musique qui m’offrît une première échappatoire, au lycée, à la ville.
Amiens, tel un nouveau début avant de partir plus loin encore.
La ville à la rescousse pour s’extraire d’une nullité ambiante, avec un doute toujours,
Celui de savoir si je suis parti assez loin et si je peux encore être rattrapé…
 

La fin du social

Il est curieux de constater comme, parfois politique et personnel se rejoignent…
Ainsi, alors que le socialisme traverse sa plus grande crise européenne, je prends soudain conscience de la vacuité du « social » ou du petit théâtre des relations humaines, basées sur l’image de l’Autre.
Partagées parfois entre acteurs et spectateurs, les uns et les autres sont prisonniers de leurs rôles respectifs.
Et tout cela est absolument ennuyeux, à mourir.
Cela signifie t’il pour autant que l’autre n’est plus rien? Non à condition que les relations soient plus franches, et donc moins dans l’image, ce qui implique moins d’effort et plus de naturel, ce qui nécessite parfois de gros réajustements.
Bien sûr, cela n’est pas toujours possible. Certains vont demander des explications, ce qui est d’autant plus impossible que, comme l’a très bien dit Lacan, « pas tout…« 

Ma drogue à moi

La drogue n’est pas qu’une substance chimique d’origine externe
Telle la cocaïne ou l’héroine…
Certains comportements aussi sont addictifs,
Mais la Science ne les a peut-être pas encore bien détectés.
Ma drogue à moi c’est le « Bon Garçon ».
Cette belle image de moi renvoyée par les autres agit tel un anxiolytique.
Malheureusement, je ne suis pas tel que vous le pensez.
Ce qui fait donc de moi un imparfait inconnu!
Pour être un « Bon Garçon », je suis prêt à dire le contraire de tout ce que je pense,
Jusqu’à trahir mes plus profondes convictions… Volatilisées!
L‘amnésie s’installe comme un éléphant applatit une fourmi,
C’est à dire dès l’instant même où ma drogue commence à faire effet.
Oh, je vous entends ricanner penser:

« Mais rien de bien grave jusqu’ici!
Chacun doit faire des efforts en société!
Et surtout, ne soyons pas égoïste!
Un peu d’altruisme n’a jamais fait de mal à personne, que diable! »

Alors, le bon garçon vous écoute, s’efforce et suit vos bons conseils.
Mais patatra, l’inconscient fait des siennes!
Lapsus à répétition, tristesse, négativité, dépression, descente aux enfers…
Le « bon garçon » est un bombardier allemand au dessus de Londres,
Chargé d’autant de bombes que d’efforts réalisés…
Dans une vrille qui semble sans issue, il se décide enfin à tout lâcher.
Miracle, il reprend doucement de l’altitude.
À 38 ans, il était grand temps …

Improphile

Tout est dans les nuages …
Et plus seulement nos rêveries …
Bientôt, tout battement, du coeur jusqu’au cil sera ausculté,
Dans ce grand projet de santé mondiale que sera la télémétrie vivante.
Mettra t’elle à jour le mystère de la pensée?
Découvrira t’on encore ce que l’on sait déjà?
À savoir par exemple, que l’animal pense et sent aussi!
Oh, quelle grande découverte scientifique quand on en aura enfin la Preuve!
Prix Nobel et applaudissements à la clé …
Mais que cache donc notre estimable besoin de certitude?
Une envie de ne plus trop se casser la tête, peut-être?
L’homme-en-données sera t’il décodé, compris -et donc Vaincu– par la Machine?
Ce progrès s’accompagnera forcément -encore- d’une nouvelle perte de liberté …
Alors que les grands électrodes cérébraux rappliquent à toute vitesse,
L’Humanité est-elle en péril ou réellement en progrès?
Et que devient l’Art?
Appauvri par un effet de gravitation scientifique menant droit au trou noir cérébral …
La Science pour savoir, certes, mais cela n’est pas tout!
Il y a d’autres choses dans la vie!
Elle promet l’Avenir mais prépare un Enfer-sous-contrôle,
Comme le fit avant-elle -mais dans une moindre mesure- sa prédécesseur éclairée …
Le progrès serait réel s’il était accompagné par un contrôle démocratique.
Mais l’attaque est généralisée
Combien de temps tiendront les états et les langues
Avant d’être vaincu par cette grande lessive globalisante?
Nous parlons déjà tous anglais,
Quand serons-nous tous américains?

Pourvu que ça tombe à côté

Ce début de 21ème fonçait dans une direction inquiétante.
La douceur du quotidien semblait parfois altérée par une dimension parallèle,
L’angoisse perpétuelle d’une violence à venir,
Étrange atmosphère d’un ciel orageux dont on admire fébrilement la beauté …

Pourvu qu’ça tombe à côté

L’impuissance politique était portée à son comble,
Les scientifiques invitaient le monde à agir pour empêcher l’apocalypse,
Certains pensaient heureusement être sauvés par le progrès.
Le système médiatique diffusait la peur pour augmenter ses revenus publicitaires.
Actualités morbides, séries télévisées à suspense et autres films d’horreur,
Les annonces apocalyptiques pleuvaient,
Et maintenaient l’instinct de survie en alerte …

Parc’que ça servira p’tet bien un jour…

En effet, l’homme était réduit à l’état de zombie,
Pas celui fantasmé du coin de la rue,
Sinon le spectateur exposant ses neurones à ce grand lavage de cerveau collectif.
Cette culture d’angoisse conduit droit à la régression.
Il faut donc prendre toutes les mesures nécessaires afin de s’en préserver.
Cultiver une résistance basée sur des plaisirs simples,
Si accessibles et pourtant si difficiles d’accès.

La fin du petit rêve

Rêvons un peu ferme donc ses portes pour rendre sa place à Antoinet.
Comme si le rêve n’avait jamais réellement commencé,
À moins qu’il n’ait été qu’un artifice?
En effet, votre serviteur est incapable de ne rêver qu’un peu…
C’est soit l’âpre réalité ou le fantasme fou,
La tablette de chocolat entière ou complètement consommée, il faut choisir,
Pas d’entre deux!
J’ai certes ressenti de nombreuses fois que certains textes, trop réels peut-être, n’avaient pas leur place ici,
Puisqu’il était parfois question aussi de cauchemars…
Mais pas de feintes excuses, ce n’est pas un nom qui empêche d’écrire!
Sinon une flemmardise un peu trop cultivée à coup de desserts chocolatés,
Le sucré pour échapper à la réalité et amortir sa soi-disant dureté,
Lorsque fuir devient urgent, c’est que le réellement nécessaire ou encore le nécessairement réel est trop angoissant…
L’angoisse de l’inconnu pire que celle de la mort disait Lacan.
Mais, un homme peut retrouver la face,
Ne serait-ce qu’une minute avant sa mort,
Malgré toute l’angoisse qu’elle lui procure,
Et partir sur une bonne impression…
Et pour ma part, j’aimerais pouvoir écrire encore cent ans!
Pas une minute à perdre donc,
Je m’y remets dès maintenant,
Et j’efface cette berceuse pour tenter de la remplacer par un âpre désir d’incandescence,
Ce truc qui ne peut se vivre qu’au présent!

Ces envies qui font qu'on le reste

Pardonne-moi de t’interrompre dans ce grand moment d’ennui…
En fait, je ne sais si je t’interromps ou te soulage…
Je te voyais tellement absent, pris dans une rêverie, ou un fantasme peut-être?
En fait, derrière ce visage en apparence calme et inexpressif, ton inconscient tapait à ma porte…

Ô rage ô désespoir ô viellesse ennemie !
N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?

J’ouvrais la porte, le priais de s’assoir lorsqu’il me fit part de ses envies…
De partir en vrille, d’extase, d’exaltation oui,
De ces envies qui nous poussent à brûler la vie par les deux bouts et nous empêchent donc de le rester…
Jamais rassasiées tel un ogre avide de petits enfants,
Une drogue, l’héroïne qui, d’exploits en exploits nous porte sur des sommets,
Oui l’inconscient était entré et il criait pour que nous partions vite loin fort à tout jamais, pitié Aaaahhhhh!
Faire quelque chose qui lui donne une impression de vivre bien que cela conduit droit vers la mort!
Bien que n’y tenant plus, je ne cédais pas à ces envies…
Je refermais doucement la porte et vivais l’instant avec cette douceur incomparable qui accompagne l’ennui.
En un mot, j’étais heureux, simplement, et simplement heureux…