À cet étudiant chinois

L’image de cet étudiant chinois écrasé par un char sur la place Thyenanmen est fascinante et terrifiante à la fois. C’est l’homme dont l’individualité est anéantie par un système -quel qu’il soit.
Appelez le communisme, capitalisme voire même matriarcat c’est la même chose, rien n’arrête un système dont le seul but est de survivre et s’étendre par la conquête , quitte à aplatir l’individu.

La fin justifie les moyens.

L’usage du nous est parfois révélateur d’un système totalitaire, dans le sens où il englobe et prive de parole l’autre, qui est placé dans une affirmation par défaut. Et il n’existe de pire fascisme que celui qui endort et se cache derrière les bonnes intentions et autres bons sentiments.
Car personne n’est désintéressée et c’est probablement celles et ceux qui cachent le plus leur intérêt ou besoin des autres qui sont aussi les plus manipulateurs. À l’heure de l’hypermédia, l’aliénation mentale est reine et fait renaître, en réaction, un autre type de fascisme de ses cendres.

En finir avec Eddy Bellegueule

Je me souviens de ma mère me tendant ce bouquin « En finir avec Eddy Bellegueule », visage angoissé et demande implicite…

– As-tu vécu cela?

Et ma réponse:

– Non maman, ce n’est pas mon histoire, j’ai vécu autre chose

Je me souviens d’un véritable choc en lisant ce bouquin, telle une décharge électrique…
Puis d’une colère mêlée d’admiration contre la force de cet homme,
Ce parvenu parisien qui reniait sa famille et son passé jusqu’à oser changer de nom!
Enfin d’une jalousie devant la Liberté désormais sienne, en coupant si « Malevichement » avec ses racines …
Je critiquais dans un déni acerbe le style qui s’écroulait complètement dans la dernière partie du livre,
Et me permettait de le détruire sereinement afin de l’oublier au plus vite et d’éviter de se poser des questions…
Un an et demi après l’avoir lu, j’y reviens suite à la lecture d’un article d’Edouard Louis dans Libération.
Comme si ce rejet commun de la Picardie liait nos passés, même si je n’ai pas vécu la même chose…
Je me souviens de la double-écriture en français et picard tout d’abord,
Mais surtout l’électrochoc vint de la lecture que j’en faisais…
En effet, ce fameux texte en italique résonnait dans mon esprit avec ce fameux accent picard que j’avais toujours méprisé…
Je me souviens donc des gens dans ce plateau du Santerre à deux vitesses,
Ceux qui parlaient français sans accent -les gens intelligents et pleins d’Avenir donc- et les autres, les ploucs.
En sixième, j’ai compris que les gens intelligents pleins d’Avenir étaient aussi snob et cruels…
Petits bourgeois habillés en Chevignon et Levi’s et se moquant de tous ceux qui ne leur ressemblaient pas,
Les snobs, malgré leurs marques et bonnes notes en classe ne brillaient pourtant pas par leur intelligence.
Comme le disait si bien le plus grand d’entre nous:

Je fus frappé à quel point, chez ce jeune homme et les autres très rares amis masculins de ces jeunes filles, la connaissance de tout ce qui était vêtements, manière de les porter, cigares, boissons anglaises, cheveux, –et qu’il possédait jusque dans ses moindres détails avec une infaillibilité orgueilleuse qui atteignait à la silencieuse modestie du savant– s’était développée isolément sans être accompagnée de la moindre culture intellectuelle. 1

La bande des premiers de la classe méprisait donc profondément les ploucs et ne se mélangeait avec eux qu’à l’occasion de rares activités, comme les cours de sport, dessin ou encore musique où tous chantaient horriblement faux…
Dans ces moments particuliers, ni l’accent ni une meilleure maîtrise du langage n’accordaient de privilège…
Intolérance, homophobie, domination, cruauté,
Il ne faisait pas bon vivre non plus avec les snobs picards …
À tel point que je revenais souvent chez les ploucs malgré cet accent picard que j’abhorrais tant.
Puis, je me décourageais devant les mauvaises odeurs et blagues de caniveau,
Comme désolé de ne trouver ma place nulle part …
Mon erreur fût de ne pas comprendre plus tôt que j’étais très bien tout seul.
Que, dans cet environnement détestable, mes bouquins, mon piano et mes chats étaient mes seuls et véritables amis …
Mon salût vint grâce à la musique qui m’offrît une première échappatoire, au lycée, à la ville.
Amiens, tel un nouveau début avant de partir plus loin encore.
La ville à la rescousse pour s’extraire d’une nullité ambiante, avec un doute toujours,
Celui de savoir si je suis parti assez loin et si je peux encore être rattrapé…
 

La fin du social

Il est curieux de constater comme, parfois politique et personnel se rejoignent…
Ainsi, alors que le socialisme traverse sa plus grande crise européenne, je prends soudain conscience de la vacuité du « social » ou du petit théâtre des relations humaines, basées sur l’image de l’Autre.
Partagées parfois entre acteurs et spectateurs, les uns et les autres sont prisonniers de leurs rôles respectifs.
Et tout cela est absolument ennuyeux, à mourir.
Cela signifie t’il pour autant que l’autre n’est plus rien? Non à condition que les relations soient plus franches, et donc moins dans l’image, ce qui implique moins d’effort et plus de naturel, ce qui nécessite parfois de gros réajustements.
Bien sûr, cela n’est pas toujours possible. Certains vont demander des explications, ce qui est d’autant plus impossible que, comme l’a très bien dit Lacan, « pas tout…« 

Ma drogue à moi

La drogue n’est pas qu’une substance chimique d’origine externe
Telle la cocaïne ou l’héroine…
Certains comportements aussi sont addictifs,
Mais la Science ne les a peut-être pas encore bien détectés.
Ma drogue à moi c’est le « Bon Garçon ».
Cette belle image de moi renvoyée par les autres agit tel un anxiolytique.
Malheureusement, je ne suis pas tel que vous le pensez.
Ce qui fait donc de moi un imparfait inconnu!
Pour être un « Bon Garçon », je suis prêt à dire le contraire de tout ce que je pense,
Jusqu’à trahir mes plus profondes convictions… Volatilisées!
L‘amnésie s’installe comme un éléphant applatit une fourmi,
C’est à dire dès l’instant même où ma drogue commence à faire effet.
Oh, je vous entends ricanner penser:

« Mais rien de bien grave jusqu’ici!
Chacun doit faire des efforts en société!
Et surtout, ne soyons pas égoïste!
Un peu d’altruisme n’a jamais fait de mal à personne, que diable! »

Alors, le bon garçon vous écoute, s’efforce et suit vos bons conseils.
Mais patatra, l’inconscient fait des siennes!
Lapsus à répétition, tristesse, négativité, dépression, descente aux enfers…
Le « bon garçon » est un bombardier allemand au dessus de Londres,
Chargé d’autant de bombes que d’efforts réalisés…
Dans une vrille qui semble sans issue, il se décide enfin à tout lâcher.
Miracle, il reprend doucement de l’altitude.
À 38 ans, il était grand temps …

Improphile

Tout est dans les nuages …
Et plus seulement nos rêveries …
Bientôt, tout battement, du coeur jusqu’au cil sera ausculté,
Dans ce grand projet de santé mondiale que sera la télémétrie vivante.
Mettra t’elle à jour le mystère de la pensée?
Découvrira t’on encore ce que l’on sait déjà?
À savoir par exemple, que l’animal pense et sent aussi!
Oh, quelle grande découverte scientifique quand on en aura enfin la Preuve!
Prix Nobel et applaudissements à la clé …
Mais que cache donc notre estimable besoin de certitude?
Une envie de ne plus trop se casser la tête, peut-être?
L’homme-en-données sera t’il décodé, compris -et donc Vaincu– par la Machine?
Ce progrès s’accompagnera forcément -encore- d’une nouvelle perte de liberté …
Alors que les grands électrodes cérébraux rappliquent à toute vitesse,
L’Humanité est-elle en péril ou réellement en progrès?
Et que devient l’Art?
Appauvri par un effet de gravitation scientifique menant droit au trou noir cérébral …
La Science pour savoir, certes, mais cela n’est pas tout!
Il y a d’autres choses dans la vie!
Elle promet l’Avenir mais prépare un Enfer-sous-contrôle,
Comme le fit avant-elle -mais dans une moindre mesure- sa prédécesseur éclairée …
Le progrès serait réel s’il était accompagné par un contrôle démocratique.
Mais l’attaque est généralisée
Combien de temps tiendront les états et les langues
Avant d’être vaincu par cette grande lessive globalisante?
Nous parlons déjà tous anglais,
Quand serons-nous tous américains?

Pourvu que ça tombe à côté

Ce début de 21ème fonçait dans une direction inquiétante.
La douceur du quotidien semblait parfois altérée par une dimension parallèle,
L’angoisse perpétuelle d’une violence à venir,
Étrange atmosphère d’un ciel orageux dont on admire fébrilement la beauté …

Pourvu qu’ça tombe à côté

L’impuissance politique était portée à son comble,
Les scientifiques invitaient le monde à agir pour empêcher l’apocalypse,
Certains pensaient heureusement être sauvés par le progrès.
Le système médiatique diffusait la peur pour augmenter ses revenus publicitaires.
Actualités morbides, séries télévisées à suspense et autres films d’horreur,
Les annonces apocalyptiques pleuvaient,
Et maintenaient l’instinct de survie en alerte …

Parc’que ça servira p’tet bien un jour…

En effet, l’homme était réduit à l’état de zombie,
Pas celui fantasmé du coin de la rue,
Sinon le spectateur exposant ses neurones à ce grand lavage de cerveau collectif.
Cette culture d’angoisse conduit droit à la régression.
Il faut donc prendre toutes les mesures nécessaires afin de s’en préserver.
Cultiver une résistance basée sur des plaisirs simples,
Si accessibles et pourtant si difficiles d’accès.

La fin du petit rêve

Rêvons un peu ferme donc ses portes pour rendre sa place à Antoinet.
Comme si le rêve n’avait jamais réellement commencé,
À moins qu’il n’ait été qu’un artifice?
En effet, votre serviteur est incapable de ne rêver qu’un peu…
C’est soit l’âpre réalité ou le fantasme fou,
La tablette de chocolat entière ou complètement consommée, il faut choisir,
Pas d’entre deux!
J’ai certes ressenti de nombreuses fois que certains textes, trop réels peut-être, n’avaient pas leur place ici,
Puisqu’il était parfois question aussi de cauchemars…
Mais pas de feintes excuses, ce n’est pas un nom qui empêche d’écrire!
Sinon une flemmardise un peu trop cultivée à coup de desserts chocolatés,
Le sucré pour échapper à la réalité et amortir sa soi-disant dureté,
Lorsque fuir devient urgent, c’est que le réellement nécessaire ou encore le nécessairement réel est trop angoissant…
L’angoisse de l’inconnu pire que celle de la mort disait Lacan.
Mais, un homme peut retrouver la face,
Ne serait-ce qu’une minute avant sa mort,
Malgré toute l’angoisse qu’elle lui procure,
Et partir sur une bonne impression…
Et pour ma part, j’aimerais pouvoir écrire encore cent ans!
Pas une minute à perdre donc,
Je m’y remets dès maintenant,
Et j’efface cette berceuse pour tenter de la remplacer par un âpre désir d’incandescence,
Ce truc qui ne peut se vivre qu’au présent!

Ces envies qui font qu'on le reste

Pardonne-moi de t’interrompre dans ce grand moment d’ennui…
En fait, je ne sais si je t’interromps ou te soulage…
Je te voyais tellement absent, pris dans une rêverie, ou un fantasme peut-être?
En fait, derrière ce visage en apparence calme et inexpressif, ton inconscient tapait à ma porte…

Ô rage ô désespoir ô viellesse ennemie !
N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?

J’ouvrais la porte, le priais de s’assoir lorsqu’il me fit part de ses envies…
De partir en vrille, d’extase, d’exaltation oui,
De ces envies qui nous poussent à brûler la vie par les deux bouts et nous empêchent donc de le rester…
Jamais rassasiées tel un ogre avide de petits enfants,
Une drogue, l’héroïne qui, d’exploits en exploits nous porte sur des sommets,
Oui l’inconscient était entré et il criait pour que nous partions vite loin fort à tout jamais, pitié Aaaahhhhh!
Faire quelque chose qui lui donne une impression de vivre bien que cela conduit droit vers la mort!
Bien que n’y tenant plus, je ne cédais pas à ces envies…
Je refermais doucement la porte et vivais l’instant avec cette douceur incomparable qui accompagne l’ennui.
En un mot, j’étais heureux, simplement, et simplement heureux…

Ulysse et les sirènes, deuxième

La bonne humeur rapatriée en urgence?
Malaka oui, c’est possible, mais sans ambulances ni sirènes hurlantes!
Ulysse, de retour en Grèce, les renvoie prestement à ces abysses auxquelles elles appartiennent !
Soudain donc, la Grèce, berceau de la démocratie européenne,
Mais aussi, et surtout, leader intergalactique de l’art de vivre, tout du moins avant le grand crac de…
2009?
Ou 2010?
Ou bien 2011?
Mais encore 2012?
Ah bon c’était peut-être bien 2013?
À moins que 2014?
Mais attendez, la France, elle, est en crise depuis 1977.
C’est bien simple, c’est la crise tout le temps! On étouffe !
La crise interminable, la crise parce que quels que soient les efforts, ils ne sont jamais suffisants.
Il faut toujours donc faire des sacrifices, baisser les salaires, gagner en compétitivité, pour retrouver des poings de croissance afin de pouvoir ex-porter.
Et blablabli ! Et blablabla !
Ce ne sont que des prétextes pour frapper sur des populations…
On connait la petite musique lancinante, hypnotisante,
On finit tous par y succomber en lisant « les média », et donc par fermer sa gueule, et bosser telle une machine.
C’est tout simplement l’effet du chant des sirènes… On l’écoute et puis à trop vouloir comprendre, on en perd son âme…
Et pendant ce temps là, les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent,
Non mais à quoi bon bosser lorsque le travail devient esclavagisme ?
Et donc les grecs, ce peuple surdoué dans l’art de vivre et épargné jusqu’ici par ces potions amères, se sont fait littéralement massacrer pendant 5 longues années par une bande de brindezingues obsédés par les chiffres et totalement déconnectés de la réalité … et pire, des gens au point de les considérer comme quantité négligeable devant les chiffres…
Oui, des extrémistes.
Et c’est donc à ce prix que des familles ont perdu toutes leurs économies pour renflouer les caisses des banques…
L’Argentine, pays magnifique, savant mélange d’Europe et d’Amérique ne s’en est pas encore remise, quinze ans après l’administration forcée de la même potion, rendez-vous compte …
Et puis soudain, Miracle!
Fin de la tragédie grecque !
Non seulement un parti de gauche arrive au pouvoir, ce qui n’était pas arrivé depuis les années soixante dix…
Parce que le comble c’est que c’est la même droite qui a coulé l’économie du pays qui prétendait la sauver!
Mais, en plus, un ministre des finances de gauche beau, intelligent, brillant stratège et bon communicant apparaît!
Ulysse! Te voilà, sublime ! J’en tombe à la renverse !
Ah, mes amis grecs, vous avez osé, oui!
Je n’ai rien vu venir, je n’y croyais plus!
Et vous nous sauvez aussi de l’affre du dimanche soir et de sa sombre compagne : la sourde angoisse du lundi,
Cette machine outil que l’on appelle Travail et dont le bruit du lendemain empêche parfois de dormir la nuit…
Mais ce soir je respire car…
Oui c’est bien cela j’ai soudainement retrouvé la voix la plume mais aussi l’espoir perdu dans cet outrage…
Plus que jamais, les grecs sont des dieux et les dieux sont grecs,
L’avenir de l’Europe commence en Grèce et ce, pour l’éternité !
Ulysse, Ainsi soit-il,
Adieu Austérité et pendant qu’on y est Adieu Alain Juppé !
Vive la croissance, l’expansion, la grandeur, le bien-être, la vie !

Pour une Mémoire Vive

Aller mieux commence souvent par une prise de conscience dérangeante…
Mais ensuite, comment ne pas l’oublier?
Un quelque part en soi meurt d’envie que cette perturbation s’efface afin que tout redevienne comme avant…
Le conatus de Spinoza est une force de la nature insoupçonnée pour que le quotidien persiste à continuer d’exister.
Au réveil, le rêve s’échappe au grand galop, et l’oubli chasse ces nuages de l’âme perturbants.
Et tout redevient comme avant. Et l’on tourne à nouveau dans l’infernal cirque de la vie quotidienne…
Alors, comment garder cette mémoire vive allumée?
En opposant l’optimisme de la volonté au pessimisme de la pensée! Oui Je veux!