Napoléon contre le devoir de philosophie

Alors qu’il ne me restait que quatre devoirs à rendre, j’avais tout fait pour être en retard et impardonnable à la fois. Cette affirmation est certes quelque peu exagérée, puisqu’après avoir rendu six devoirs en trois semaines grâce à une concentration dantesque de café, de mars et de glaces au chocolat, après des semaines à ne dormir que quatre heures où j’avais soudain découvert le travail de nuit, je n’avais plus rien fait, ou presque pendant les quatre derniers jours, mis à part lire le cours de plus en plus lentement…

J’avais donc rêvé d’un accident lors de mon lancement dans l’espace par la fusée Ariane 5, ou Ariane 6, ou encore SpaceX. Je retournais sur Terre dans une descente aux enfers lors de la traversée de l’atmosphère, avec une grosse frayeur à la clé. J’avais survécu de justesse à l’accident. Je n’avais certes pas raté le train mais j’avais raté quand même. La nouvelle conquête spatiale de l’homme me passionnait, et la philosophie était ma manière d’y contribuer. Une quête métaphysique, spatio-temporelle avec étude de l’intentionnalité à la clé.

Toujours est-il que ce soir, cette nuit, j’étais planté comme un dindon (!) après avoir écrit l’introduction. Une inertie oblomovienne me cloîtrait en position horizontale. Je n’avais aucune envie de continuer. J’avais beau ingurgiter des litres de café, ma résistance avait haussé le ton, et ne se laissait plus vaincre aussi facilement.

Il me restait deux cartes dans mon jeu. La première était Tolstoï. Comme les russes, j’avais reculé devant l’armée napoléonienne. Incendiant leur espace fait de terres et de villes, j’avais brûlé mon temps. Dos au mûr, inférieur en nombres et en armes, il me fallait maintenant trouver la force de tenir bon le peu de temps qu’il me restait pour mettre en déroute cette inertie nihiliste de pacotille… Quant à la deuxième carte , si l’avenir de l’homme est la conquête de l’espace, cela se résume pour moi à la formule chocolatée suivante : Un Mars et ça repart ?

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