Les élucubrations

J’avais rêvé de Nabil, avec qui j’avais rendez-vous à 11 heures. Mais il était 10h56 et je venais de me réveiller. J’étais en retard… J’appelais donc Nabil, mais sans vraiment oser lui dire à quelle heure j’arriverais vraiment… 11h20 lui disais-je alors que c’était impossible…
Je m’étais laissé pousser la moustache et les cheveux. Nabil était là pour me couper les cheveux, ce qui est étrange car il n’est pas coiffeur, mais ostéopathe ou bien physiothérapeute.
Mais dans ce rêve, Nabil était là pour me couper les cheveux. Autre chose bizarre, je m’étais laissé pousser la barbe. Je ne me ressemblais pas, comme si ce n’était pas vraiment moi, comme si j’étais quelqu’un d’autre … J’avais un certain air du capitaine Haddock.
Et puis je ne savais pas vraiment où Nabil habitait … Je partais donc un peu au hasard, dans un à peu près fort approximatif …
Et donc c’est comme si j’étais dans un supermarché, peut-être celui de Nice, de Fréjus, ou encore l’Intermarché qui n’est ni celui de Pierrefeu, ni celui de Carnoules, sinon celui d’après, ou bien serait-ce le Leclerc ? Cela pourrait aussi être le supermarché où il y avait le fameux dentiste qui avait été particulièrement nul pour m’arracher les dents de sagesse, le dentiste qui faisait du windsurf, et avait (pour de vrai) les cheveux teintés en orange …

Il s’agit peut-être de l’Intermarché du Luc en Provence, ou encore celui de Cuers où une tuerie avait eu lieu en 1995…

La description de cet homme qui s’est laissé pousser la moustache rappelle un peu Dali. C’est pourtant l’idée de la célèbre photo d’Albert Einstein tirant la langue qui me revenait systématiquement à l’esprit, sans que je sache bien pourquoi…

Après une longue recherche, c’est aussi deux prénoms de compagnons de classe préparatoire qui me revenaient à l’esprit: Didier, puis, après beaucoup de difficultés, Thomas…

L’idée du chanteur (de droite) Didier Barbe-livien me venait alors, ce qui pourrait expliquer la présence de la Barbe. Pourtant, après avoir consulté sa discographie, aucun titre de chanson n’attirait réellement mon attention. (À vérifier en réécoutant rapidement les plus célèbres néanmoins)

J’étais donc planté là, sans savoir réellement quelle signification donner à ce rêve. Qu’y avait-il de particulièrement emmerdant que je refusais de voir dans celui-ci? Je n’en savais ficher rien…

Je continuais sur l’esthétique du personnage, une esthétique de hippie. mon père, ou mon grand-père, ou une quelconque figure paternaliste familiale avait sans doute dit :

Les hippies sont des feignants, ce sont des gens qui ne font rien, des parasites pour la société…

Mais le point étrange du rêve tournait autour de Nabil. Nabil était donc phytothérapeute, un excellent professionnel.
Il parvenait, en une seule séance assez peu douloureuse à me remettre en place le dos.
Au contraire du superbe Abraham, au corps somptueux que j’avais pu admirer lorsqu’il était maitre-nageur de la salle de sport que je fréquentais… Bien que talentueux, Abraham semblait toujours faire traîner en longueur. Une première séance pour débloquer un peu, une seconde un peu plus, puis une troisième séance plus relax, pour un résultat toujours moindre qu’avec Nabil …

Or, Nabil dans le rêve n’était donc pas physio mais bien coiffeur, et ce alors que je n’avais eu que des coiffeuses… À commencer par la très talentueuse Maria, puis le salon de coiffure pas cher où j’allais désormais afin de garder mes cheveux très courts…

J’avais certes réfléchi à aller me faire couper les cheveux ces derniers jours, j’en avais même parlé à I, mais je n’en avais pas besoin car ils n’avaient pas encore beaucoup poussé…

Je tournais donc autour du pot, me disant que d’un côté, Nabil me redresse le dos quand je suis stressé, il redresse mon dos stressé et me dé-stresse.
Et d’un autre un hippie n’est pas du tout stressé, ou encore qu’un hippie est tellement peu stressé qu’il faudrait peut-être qu’il se fasse couper les cheveux afin de stresser un peu: Cela lui ferait peut-être « du bien » de se faire un peu redresser par la société. Belle pensée réac que je crois avoir entendu de la bouche de mon père, ou quelque chose qui s’en rapproche :

Un hippie devrait faire l’armée afin de lui apprendre la vie.
Qu’on lui mette la boule à zéro !
Et il arrêterait peut-être d’être une feignasse,
Et verrait alors les chose autrement!

Soit … Moi j’aime bien les hippies et je suis assez feignant… Mais cela ne me dit toujours pas ce qui est si emmerdant dans ce rêve, qu’est-ce que je refuse de voir?

C’est alors que je me souvenais d’une chanson du chanteur Antoine…

Les élucubrations d’Antoine

Oh, Yeah!
Ma mère m’a dit, Antoine, fais-toi couper les cheveux,
Je lui ai dit, ma mère, dans vingt ans si tu veux,
Je ne les garde pas pour me faire remarquer,
Ni parce que je trouve ça beau,
Mais parce que ça me plaît.


Oh, Yeah!

L’autre jour, j’écoute la radio en me réveillant,
C’était Yvette Horner qui jouait de l’accordéon,
Ton accordéon me fatigue Yvette,
Si tu jouais plutôt de la clarinette.

Antoine était un chanteur tout à fait fascinant. Il avait fait polytechnique. Polytechnique était le fantasme de mon père. Il n’avait pas arrêté de nous bourrer le crâne, à mon frère puis à moi, avec cet objectif qui le fascinait. Malheureusement, ou plutôt heureusement, aucun de nous deux n’est parvenu à réaliser cet objectif qui ne fut jamais le nôtre. Mon frère voulant être biologiste fut quand mème ingénieur. Pour ma part, j’avais raté ma chance de faire une première L en laissant ma mère me bourrer le crâne pour faire une première S. Et je me fis virer dès la première année en école d’ingénieur…

Ce qui était fascinant avec Antoine, c’était que ce garçon qui avait fait Polytechnique, promis à une si belle carrière, avait décidé de devenir hippie et était parti se la couler douce à Tahiti… Il revenait de temps en temps sur les plateaux télé pour pousser la chansonnette quand il avait besoin d’argent … Un garçon fort intelligent donc… Ce qui est rare quand on fait Polytechnique …

Mais c’était surtout le titre de cette chanson qui m’avait beaucoup frappé: Les élucubrations d’Antoine

Alors, je me disais que certes, j’élucubrais. Que peut-être je disais beaucoup n’importe quoi. Que peut-être toutes mes réflexions n’étaient en fait qu’une vaste foutaise, et que, comme le disait papa, il faudrait plutôt que je me fasse couper les cheveux et retourner bosser en entreprise, ce qui, c’est un euphémisme, ne m’enchantait guère…

Puis, je regardais, à tout hasard, la définition d’élucubration:

A.- Action d’élucubrer; recherche laborieuse et patiente pour composer un ouvrage érudit ou un texte d’une certaine longueur.
B.− Par métonymie: Ouvrage, texte produit à force de veilles et de travail. J’avais lu l’élucubration de Zola dans le « Figaro ». Elle a remué « la ville et la province » Flaubert
P.ar extension et péjoratif: Production déraisonnable, extravagante.

S’agirait-il, dès lors, d’une invitation envoyée par mon inconscient à plus de travail d’écriture et donc à beaucoup plus d’élucubrations?

Dali, Einstein, Antoine et … Didier Barbelivien, quel curieux breuvage…

J’étais ému par cette découverte, par cet appel de l’inconscient que je trouvais fort beau… Avais-je bien décodé le message? Qu’y avait-il d’emmerdant à cela? Que je n’écrivais pas assez? C’est une évidence, j’aimerais écrire plus, beaucoup plus… J’aimerais écrire un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, et pourtant, tel un feignant, je ne m’y mettais pas. Mon père aurait peut-être dit que j’étais en quelque sorte un hippie de l’écriture

Las, après quelques heures d’émotion, je devais bien me rendre à l’évidence. En effet, ce rêve traduisait une situation que je refusais de voir, quelque chose que je refusais d’admettre. Il ne pouvait donc pas s’agir d’un compliment concernant de soi-disant « grandes capacités d’écriture » (car autant l’admettre tout de suite, il est hors de question qu’elles soient petites…). Non, il s’agissait bien d’élucubrations au sens direct du terme, à savoir que je parle beaucoup, mais que j’agis bien peu…

Et qu’il est justement grand temps d’agir. Même si travailler en entreprise me déplaisait profondément, même si je ne voyais pas comment je pourrais gérer cela avec des études de philosophie en stand-by, je n’avais néanmoins pas le choix, il me fallait travailler, quoiqu’il m’en coûte…

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