Le retour des hordes

Il y avait quelque chose de frappant et de commun,
Tant dans les manifestations des Gilets Jaunes à Paris, qui avaient détruit l’Arc de Triomphe,
Que dans celles des indépendantistes Catalans à Barcelone, qui avaient détruit la plaça Urquinaona.

La Bête humaine féroce était bel et bien de retour.
Elle n’avait, certes, jamais cessé d’être en nous …
On ressentait toujours cette furieuse respiration monter en soi …
On la voyait parfois prendre possession de nous,
S’exprimer à notre place, et ce, parfois, à notre plus grande surprise …

Mais il ne s’agissait plus, ici, de bêtes furieuses isolées,
Mais bien de hordes barbares et incontrôlées,
Qui, pétant les plombs, détruisaient tout sur leur passage …
Il était, bien sûr, facile de tacler son adversaire de barbarie …
Le barbare, c’est l’autre, l’adversaire, ou encore l’étranger chez les grecs …

Mais qu’y avait-il de commun dans ces deux cas ?
Pourquoi avaient-ils perdu la tête ainsi ?
Les avait-on gazés ? La violence policière les avait-elle provoqués ?
On évoquait des bandes de casseurs,
Faisant le déplacement spécial pour tout détruire …

Et si l’on me plaçait, moi le pacifiste, au coeur d’un de ces groupes,
Si j’étais chauffé à blanc par l’ambiance électrique qui doit les animer,
Saurais-je m’en extraire, aurais-je la force de m’en extirper ? Rien n’est moins sûr …
Il est fort probable que je me laisserais contaminer par cette rage …
Cette même rage qui permet bien souvent l’avénement du pire de soi …

Mais il y avait quelque chose de plus, dans ce 21ème siècle …
Cette rage était développée, elle était alimentée …
Non par un homme politique précis, ni même par un quelconque courant,
Elle était sous-jacente, on la sentait monter, elle vous attrapait l’esprit,
Et il devenait impossible d’en décrocher …

C’était l’énergie enragée d’une drogue particulièrement dure …
Appelons-la jouissance de par son côté morbide et tout à fait insidieux …
Débranchez, et après deux semaines, vous succombez à l’appel des sirènes,
Si vous ne capitulez pas, la réalité prend l’allure de cauchemar …
Peut-être parce qu’à force de jouissance, la réalité nous semble bien plus terrible qu’elle ne l’est véritablement …
Ou bien peut-être parce que la réalité de ce 21ème siècle est véritablement insupportable

La jouissance est une drogue bien pire que la nicotine,
Elle est beaucoup plus répandue et particulièrement insidieuse …
Brillamment relatée dans L’Odyssée, Ulysse demande à être accroché à un mat,
Et ce, afin de ne pas succomber au chant des sirènes
Et donc, pour ne pas se jeter à l’eau comme le feront ses marins …

Et quel est donc le chant des sirènes du 21ème siècle ?
Il s’exprime sous forme d’un appel constant …
À s’informer pour savoir ce qui se passe après quelques heures ou minutes …
À reprendre une bière même quand on n’a plus soif …
À regarder un autre épisode de cette série que l’on aime tant …
À manger un autre morceau de délicieux chocolat …

Il y a donc toujours quelque chose de séquentiel,
Un doigt dans l’engrenage et paf, le corps en entier y passe …
Consommation, surconsommation puis perte de contrôle …

Une vie sans objet vaut-elle d’être vécu ?
Faut-il se priver de bière ? Ou bien de chocolat ?
Ce 21ème siècle était bien celui des addictions …
La Bête était parfois provoquée, ou exploitée à des fins
Qu’elles soient politiques ou mercantiles …

Les Bêtes devenues pions, jouets du pouvoir,
Un Pouvoir technologique tel Apple ou bien politique tel Macron,
Un Pouvoir lui-même soumis à sa propre jouissance …
À son insatiable désir de plus
Qui nous conduit donc tous droit vers l’autodestruction …

Une autodestruction sociétale et donc, aussi et par miroir, individuelle.

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