La Marche du progrès : Une Chimère ?

Sous le règne de l’adrénaline,
Le coup d’éclat permanent est l’information en temps réel,
Tel un bruit de fond incessant infernal,
Plus c’est sensationnel mieux c’est.
L’homme est un média,
« Le média est un message »,
L’homme est donc un message,
Or il y a plus d’hommes que d’Idées selon Platon.

Sous le règne du stress,
Le coup d’état permanent est dirigé vers le cerveau,
Tel un faisceau constant et abrutissant.
Plus c’est fascinant mieux c’est.
Je fascine donc j’existe.
L’individu n’existe plus,
L’autre est mon spectateur,
Or, le spectateur c’est l’esclave du XXIème siècle.

Sous la doctrine du choc,
On agite, on secoue, on met KO l’individu, pour qu’il s’adapte.
On ne parle pas de la dérive oligarchique de la démocratie.
On n’évoque pas la perversité croissante d’un système destructeur,
On transforme pour progresser, comme si on allait de l’avant,
Et la marche vers le progrès prend des allures triomphale et heureuse.
Comme l’évoque « la marche des gens heureux » des Trois Ménestrels:

Quand nous passons main dans la main sous le ciel clair
On dit de nous « Les voilà les gens heureux »
Et nous allons droit devant nous et le cœur fier
Fiers d’être nous, très heureux d’être amoureux
Rien ne pourrait nous empêcher
De nous aimer

Ringardiser l’adversaire c’est l’ancrer dans ce passé figé,
L’envoyer dans les cordes car il est contre « le progrès »,
Alors que le présent est en mouvement.
On ne s’interroge pas si ce mouvement va en avant ou en arrière,
L’essentiel est bien d’être « En marche ».
Certaines âmes perdues soutiennent même que, pour aller de l’avant,
Il est parfois nécessaire de faire marche arrière, un argument qui laisse pantois …

Or, comme le disait Beaudelaire dans « Chacun sa Chimère » :

Je questionnai l’un de ces hommes, et je lui demandai où ils allaient ainsi. Il me répondit qu’il n’en savait rien, ni lui, ni les autres ; mais qu’évidemment ils allaient quelque part, puisqu’ils étaient poussés par un invincible besoin de marcher.
Chose curieuse à noter : aucun de ces voyageurs n’avait l’air irrité contre la bête féroce suspendue à son cou et collée à son dos ; on eût dit qu’il la considérait comme faisant partie de lui-même. Tous ces visages fatigués et sérieux ne témoignaient d’aucun désespoir ; sous la coupole spleenétique du ciel, les pieds plongés dans la poussière d’un sol aussi désolé que ce ciel, ils cheminaient avec la physionomie résignée de ceux qui sont condamnés à espérer toujours.

Un poème dont l’actualité reste incandescente…
Mais quelle est cette « bête féroce suspendue à son cou et collée à son dos » ?
Cette marche vers le progrès est-elle la condamnation à l’éternelle espérance ?
Ce progrès en est-il seulement un ?
Auquel cas, savons-nous seulement si nous vivrons mieux demain ?

Nous n’en savons rien car le futur est mouvant,
Telle une pièce de monnaie qui tournoie dans l’air.
Dès lors, à qui profite la Marche ? Ou bien serait-ce … le Crime ?
Est-ce donc la « marche des gens heureux » ?
Ou bien celle de « Chacun sa chimère » ?

Je n’en sais rien …
J’essaie de garder les yeux ouverts …
Et de ne pas céder aux sirènes rassurantes de cette croyance du progrès
Qui prend toutes les allures d’une nouvelle religion …
Ulysse! Aide-moi à rester éveillé dans cette tourmente !

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