Ce monde devenu fou, la Reine Mère est partout

Je t’aime, tu m’aimes, nous nous aimons …
Un peu, beaucoup ou à la folie ? Passionnément …
En plein été sans climatisation, les nerfs s’échauffent.

Le monde devient-il complètement fou ?
Car la tension n’avait jamais été aussi Palpable,
Au sens figuré, mais aussi au sens Propre.

Monsieur Propre rend tout si propre que l’on peut se voir dedans

Tentons donc de nous voir dedans, afin d’y découvrir peut-être quelque chose.
Apparaît alors la Reine-mère qui s’adresse à son miroir magique :

Miroir, Ô mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle ?

Le miroir magique moderne, à la fois téléphone et Facebook.
Et les Mamas and Papas disaient dans I Wanna Be a Star

I wanna be photographed
Asked for my autograph

Je m’aime, tu t’aimes, nous nous détestons …
Un peu, beaucoup ou à la folie ? Passionnément …

Du J’aime dans l’attente d’en recevoir en retour,
L’amour numérique devenu une crypto-monnaie …

Alors, ces réseaux sociaux nous rendent-ils tous Reine-Mère ?

Prends garde au Loup

Prends garde à toi bel inconnu,
Un animal féroce est peut-être bien devant toi !
En effet, bien que n’en ayant ni l’air ni l’allure,
Planqué derrière mes yeux doux,
Et ce niais visage d’innocent,
Je suis bel et bien Loup,
Et toi ma prochaine victime …

Je t’aurai prévenu Petit Poucet,
Tu n’auras donc Rien à me reprocher …
Peut-être même te dirai-je que tu l’avais si bien cherché,
Que je n’ai Vraiment Pas pu m’en empêcher !
En effet, mon irrépressible nature finit toujours par m’emporter.
Je suis un Loup,
Dès lors, pourquoi donc Lutter ?
Autant plutôt en Profiter !

Prends garde surtout à ne point tenter de me sauver,
Tu ne serais que l’énième victime périssant par Bonté,
Qu’une simple ligne de plus sur un coeur desséché.
Ou bien serait-ce par Stupidité ?
Car je ne sais point faire la différence !
Sous ma cape de politesse se cache l’individualiste,
Dont les douces paroles sont des contes si bien tournés,
Que son propre conteur lui-même se laisse ensorceler !

Et si je déclare soudain être « Amoureux de la Vérité » ,
Méfie-toi …
Car le mensonge aura déjà commencé !
Tends bien l’oreille pour saisir
La petite voix de ton intuition étouffée,
Qui seule peut encore, éventuellement te sauver !

Toc ! Toc ! Toc !
— Qui est là ?
— Ouvrez-moi , je suis perdu
— Je n’en doute pas …
Mais que fais-tu en un si sombre lieu ?
— Je cherche où manger et passer la nuit.
Car je crains d’être dévoré tout entier par le Grand Méchant Loup des Bois.
A moins que je ne le souhaite ?
Quel sot, je ne sais plus !
— Bien t’en a pris,
Te voici désormais en sécurité,
Entre donc
Et mets toi bien tout à ton aise …

Et l’on relata l’histoire du Grand Méchant Loup des Bois …
Férocement dévoré par le gentil Petit Poucet !
D’où l’expression

N’est pas toujours Loup celui qu’on croit !

Indépendance de la Catalogne : Une chimère identitaire?

Aujourd’hui j’ai tout oublié et me lève d’un tout autre pied !
Ô père, pourquoi ai-je cette mine renfrognée ?

Exalté tu es, car le jour est pair !

Me voici soudain devenu Conformiste et Centraliste !

L’Espagne est Une et Indivisible !
Car l’union fait la force !
Puigdemont ! Tremble devant l’apocalypse qui gronde !
Et cesse donc tes clairons populistes !
Car ton plan B n’est que Broutille !
Par Toutatis, es-tu donc tombé sur la tête ?
Iras-tu jusqu’à détruire notre beauté cosmopolite ?

Il est bientôt minuit. Soudain, la tête me tourne …
Et je m’endors alors tout étourdi !

Aujourd’hui j’ai tout oublié et me lève d’un tout autre pied !
Ah mère, pourquoi suis-je plus déchaîné que la Méditerranée ?

Exalté tu es, car le jour est impair !

Me voici soudain devenu Insoumis et Indépendantiste !

Vive la Catalogne libre et indépendante !
Affranchie de l’injustice et de l’infamie !
Rajoy ! Ta dictature ne nous écrasera pas deux fois !
Nous résisterons à l’envahisseur espagnol !
Nous bâtirons une société juste, et vraiment démocratique !
Iras-tu jusqu’à détruire notre beauté cosmopolite ?

Il est bientôt minuit. Soudain, la tête me tourne …
Et je m’endors alors tout étourdi !

Cette nuit, je rêve d’un jeu d’échec sur le Guernica-Titanic.
Blanc et noir sont remplacés par des drapeaux.

  • Échec dit le roi : La Catalogne restera espagnole au XXIème siècle !
  • Échec répliquent les tours indépendantistes : La Catalogne sera indépendante au XXIème siècle !
  • 900 blessés catalans dit le fou Rajoy ? Mais que nenni !
  • Mais pourquoi ta loi ne s’applique-t’elle pas à ta corruption lui répliquent les tours indépendantistes ?
  • Le roi décroche et appelle Seat : Délocalisez-vous immédiatement de Catalogne !
  • Le fou Puigdemont réplique : Vous ne m’aurez pas! Je suis déjà en Belgique !
  • Mat ! En taule le gouvernement catalan s’exclame la reine juge !
  • Mat ! Jusqu’au bout nous irons s’écrient en coeur les indépendantistes !

L’equipage du Guernica-Titanic,
Prévenu de l’iceberg depuis 25 ans,
Accéléra graduellement jusqu’à l’impact.

Le Guernica-Titanic coula tragiquement.
L’enquête dira que leur ego les empêcha de virer de bord …
En effet, ils ne surent reconnaître leurs torts.

Surtout, ils avaient un goût fort prononcé pour la mort …
Des pingouins déclarèrent même avoir entendu des chants exaltés avant l’impact …

Je savoure une paella sur une terrasse.

Et dire que ce pourrait-être ma dernière …
Avec leurs enfantillages, ces abrutis finiront par nous faire entrer en guerre !

Pour le dessert, j’hésite entre crème catalane et torrijas, le pain perdu espagnol.
Tout bien réfléchi, je peux bien commander les deux …

Tant d’énergie dépensée pour de vulgaires drapeaux,
Quel gâchis inutile, je ne comprends pas.

Alors, je déguste mes desserts,
Essayant de ne point trop penser
À cette funeste supercherie identitaire.

La Marche du progrès : Une Chimère ?

Sous le règne de l’adrénaline,
Le coup d’éclat permanent est l’information en temps réel,
Tel un bruit de fond incessant infernal,
Plus c’est sensationnel mieux c’est.
L’homme est un média,
« Le média est un message »,
L’homme est donc un message,
Or il y a plus d’hommes que d’Idées selon Platon.

Sous le règne du stress,
Le coup d’état permanent est dirigé vers le cerveau,
Tel un faisceau constant et abrutissant.
Plus c’est fascinant mieux c’est.
Je fascine donc j’existe.
L’individu n’existe plus,
L’autre est mon spectateur,
Or, le spectateur c’est l’esclave du XXIème siècle.

Sous la doctrine du choc,
On agite, on secoue, on met KO l’individu, pour qu’il s’adapte.
On ne parle pas de la dérive oligarchique de la démocratie.
On n’évoque pas la perversité croissante d’un système destructeur,
On transforme pour progresser, comme si on allait de l’avant,
Et la marche vers le progrès prend des allures triomphale et heureuse.
Comme l’évoque « la marche des gens heureux » des Trois Ménestrels:

Quand nous passons main dans la main sous le ciel clair
On dit de nous « Les voilà les gens heureux »
Et nous allons droit devant nous et le cœur fier
Fiers d’être nous, très heureux d’être amoureux
Rien ne pourrait nous empêcher
De nous aimer

Ringardiser l’adversaire c’est l’ancrer dans ce passé figé,
L’envoyer dans les cordes car il est contre « le progrès »,
Alors que le présent est en mouvement.
On ne s’interroge pas si ce mouvement va en avant ou en arrière,
L’essentiel est bien d’être « En marche ».
Certaines âmes perdues soutiennent même que, pour aller de l’avant,
Il est parfois nécessaire de faire marche arrière, un argument qui laisse pantois …

Or, comme le disait Beaudelaire dans « Chacun sa Chimère » :

Je questionnai l’un de ces hommes, et je lui demandai où ils allaient ainsi. Il me répondit qu’il n’en savait rien, ni lui, ni les autres ; mais qu’évidemment ils allaient quelque part, puisqu’ils étaient poussés par un invincible besoin de marcher.
Chose curieuse à noter : aucun de ces voyageurs n’avait l’air irrité contre la bête féroce suspendue à son cou et collée à son dos ; on eût dit qu’il la considérait comme faisant partie de lui-même. Tous ces visages fatigués et sérieux ne témoignaient d’aucun désespoir ; sous la coupole spleenétique du ciel, les pieds plongés dans la poussière d’un sol aussi désolé que ce ciel, ils cheminaient avec la physionomie résignée de ceux qui sont condamnés à espérer toujours.

Un poème dont l’actualité reste incandescente…
Mais quelle est cette « bête féroce suspendue à son cou et collée à son dos » ?
Cette marche vers le progrès est-elle la condamnation à l’éternelle espérance ?
Ce progrès en est-il seulement un ?
Auquel cas, savons-nous seulement si nous vivrons mieux demain ?

Nous n’en savons rien car le futur est mouvant,
Telle une pièce de monnaie qui tournoie dans l’air.
Dès lors, à qui profite la Marche ? Ou bien serait-ce … le Crime ?
Est-ce donc la « marche des gens heureux » ?
Ou bien celle de « Chacun sa chimère » ?

Je n’en sais rien …
J’essaie de garder les yeux ouverts …
Et de ne pas céder aux sirènes rassurantes de cette croyance du progrès
Qui prend toutes les allures d’une nouvelle religion …
Ulysse! Aide-moi à rester éveillé dans cette tourmente !

La tragédie est-elle réelle ou seulement médiatique?

Le grand écart est atteint.
Jamais la réalité n’avait semblé si éloignée de la fiction.
Ou bien si proche?
On en doute…

Un coup d’oeil par la fenêtre …
Ciel est nuageux, tout est calme.
Un coup d’oeil sur Twitter,
L’apocalypse est pour demain, ou pour le 19 Février 2017.

Qu’en penser? Où est donc la réalité?
Le présent médiatique tragique va t’il se réaliser?
Ou s’agit-il simplement de la bonne vieille stratégie visant à occuper notre temps de cerveau disponible,
Et donc à réduire notre capacité à penser et à vivre aussi.

En attendant, que faire?
Stocker de l’eau et de la nourriture,
Ou se la couler douce?
Incroyable mais pourtant vrai, le doute est en ce moment permis!

Sur Oscar Wilde – Les poèmes en prose

Resumé

The Artiste: Il créa l’image du Plaisir fugace (qui ne dure qu’un instant) à partir de l’image de la Douleur éternelle (qui dure pour toujours)

The Doer of Good : Jésus a guéri un lépreux, un aveugle, et a pardonné une prostituée, ils vivent désormais une vie de jouissance. Il a ressuscité un jeune homme qui est désormais en pleurs. La vie est soit une jouissance continue, soit un fardeau désespérant, dont est absente toute spiritualité. Et Jésus ne représente plus rien.

The Disciple : Narcisse se noie dans l’étang où il admirait sa propre image. Mais l’étang est un personnage plus narcissique que Narcisse lui-même : Car il admirait sa propre beauté dans les yeux du jeune homme

The Master : Joseph d’Arimathie rencontre Jesus mourant. Joseph pleure mais sur le sort de Jésus sinon sur le sien car n’ayant pas été crucifié malgré tous les miracles qu’il a lui aussi accompli!

The House of Judgement : L’Homme est nu devant Dieu pour le jugement dernier. Dieu l’envoie en enfer mais l’Homme répond que c’est impossible car il n’a jamais cessé d’y vivre. Au ciel alors dit Dieu mais l’Homme réponde qu’il n’a jamais pu se l’imaginer. Dieu est impuissant et l’Homme est abandonné à lui-même.

Détail

Oscar Wilde s’est intéressé à un autre genre littéraire, le poème en prose, fondé
sur des recherches de cadences, d’images et de sonorités.

Le Français Aloysius Bertrand, auteur de Gaspard de la nuit (1842), en fut le
créateur, bien que l’on parlât, dès le 18e siècle, de « prose poétique », souvent
lyrique et empruntant à la poésie un certain nombre de procédés : assonances (répétition d’une ou plusieurs voyelles), allitérations (répétition d’une ou plusieurs consonnes), anaphores (répétition de mots ou de groupes de mots en début de phrase ou de vers), et métaphores (figure de style qui, par analogie, désigne une chose par une autre).

Pour sa part, Baudelaire, auteur de Petits poèmes en prose (1855-1869) définit
ce genre comme

« une prose poétique, musicale, sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s’adapter aux mouvements lyriques de l’âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience ».

Aussi Wilde publia-t-il à son tour ses propres Petits poèmes en prose qu’il fit paraître dans la Fortnightly Review en juillet 1894.
Ces poèmes sont au nombre de six, « L’artiste », « Le fauteur du bien », « Le disciple », « Le maître », « La maison du jugement » et « Le maître de sagesse ». Wilde, qui en était très satisfait, les décrivit à une amie, Adela Schuster, comme « de petites paraboles colorées qui vivent quelques instants dans une cellule de mon cerveau et qui le quittent pour aller battre la campagne ».

Dans le premier d’entre eux, « L’Artiste », Wilde met en scène un sculpteur désireux de « façonner l’image du Plaisir qui ne dure qu’un moment ».
Celui-ci part à la recherche d’un bloc de bronze ; « mais nulle part dans le monde
entier on ne put trouver aucun bronze, que le bronze de la statue de La Douleur qui dure pour toujours ».
En se servant d’« un grand four » et du bronze dont était faite l’effigie de la douleur éternelle, il crée alors l’effigie du plaisir fugace, issu de la douleur. Le four et le feu, en tant qu’instruments de la création, symbolisent certes le pouvoir de l’imagination, mais le poème laisse surtout entendre que souffrance et création sont liées. Cela explique que Wilde mentionne le poème dans De profundis, affirmant qu’il préfigure ce que seront les dernières années de sa vie.

« Le Fauteur du bien » est un autre exemple de cette relation sombre à l’existence. Le poème met en scène Jésus, jamais nommé. Celui-ci rencontre trois personnages débauchés. Lorsqu’il leur demande pourquoi ils mènent une telle existence, ils lui répondent que, puisqu’il les a guéris (le premier était lépreux, le second aveugle) ou qu’il leur a accordé son pardon (le troisième personnage, une prostituée, lui répond que « la voie où [elle] marche est agréable », cette voie étant celle de la prostitution), ils sont enchantés de leur vie de plaisir. Enfin, Jésus rencontre un jeune homme en pleurs. Il lui en demande la raison et le jeune homme lui répond : « J’étais mort autrefois et tu m’as fait lever d’entre les morts : que ferais-je d’autre que de pleurer ? ».
La vie est soit une jouissance continue, soit un fardeau désespérant, dont est absente toute spiritualité. Quant à Jésus, qui ne représente plus rien, il est désormais sans pouvoir et sans influence.

Ce même ton se retrouve dans les autres poèmes.
Dans « Le Disciple », l’inspiration est cette fois-ci païenne, le personnage central étant Narcisse. Selon la mythologie, insensible à l’amour d’Écho, des nymphes et des femmes, le jeune homme se penche au dessus d’un étang pour y admirer son image réfléchie. Amoureux de lui-même, il tombe et se noie. Mais Wilde subvertit le mythe grec en faisant de l’eau un personnage plus narcissique que Narcisse lui-même.
Pourquoi l’étang est-il si triste de la mort de Narcisse ? Parce qu’il admirait sa propre beauté dans les yeux du jeune homme ! Quoi de plus faux que l’échange amoureux, et qui aime qui, s’interroge Wilde.

De même, dans « Le maître », Joseph d’Arimathie rencontre un jeune homme en larmes, au corps déchiré par des épines. Toutefois, ce n’est pas sur Jésus crucifié qu’il pleure, mais sur lui-même, les miracles qu’il a accomplis valant bien, selon lui, ceux de Jésus, en fin de compte contesté dans sa légitimité.

Le même cynisme et la même ironie prévalent dans « La Maison du Jugement ». L’Homme, et non pas un homme, apparaît nu devant Dieu, qui lui annonce qu’en raison de ses nombreux péchés, il va l’envoyer en Enfer. L’Homme lui répond que c’est impossible. « Pourquoi ne puis-je t’envoyer en Enfer ? », lui demande Dieu. « Parce que je n’ai jamais cessé d’y vivre », réplique l’Homme. Il ira donc au Ciel. Mais l’Homme conteste l’idée et quand Dieu lui demande pourquoi, l’Homme lui répond : « Parce que jamais et nulle part je n’ai pu l’imaginer.» Dieu est impuissant et l’Homme, selon Wilde, est abandonné à lui-même. Certes, « Le maître de sagesse » se termine sur une rencontre plus positive entre un hermite et Dieu, mais le ton général étant ce qu’il est, le lecteur peine à y croire.

Sur Oscar Wilde — La Sphinge

« La Sphinge »

Resumé

  • Publié en 1894 mais sans doute rédigé en 1874
  • Il cherche un modèle, pense d’abord à Alfred Tennyson et son « In Memoriam » suite de sonnets elégiaques, puis compose en fait quatre-vingt-sept distiques (vers rimant deux par deux), avec des termes complexes pour la rime.
  • Le choix de Sphinx n’est pas anodin:
    1. Wilde connaissait bien La Tentation de Saint Antoine de Gustave Flaubert (1874).
    2. La figure du sphinx est également présente dans Mademoiselle de Maupin (chapitre XIII), dans « Les Chats » de Baudelaire
    3. et dans une nouvelle d’Edgar Poe, qui porte ce titre (« Le Sphinx »).
      Mais ces trois sources ne sont pas attestées.
    4. En revanche, Wilde connaissait « Chacun sa chimère », poème en prose de Baudelaire, dont il parle avec enthousiasme dans « Le Déclin du mensonge » et il est évident que ce texte l’a inspiré.
    5. La figure du sphinx était également très appréciée des artistes symbolistes. Le monstre est représenté sous forme mi-animale mi-féminine, en raison du thème de la « femme fatale », très en vogue, tout au long du 19e siècle.
  • Évocation langoureuse et « décadente » de la créature, dieux égyptiens, Cléopâtre, Vierge Marie, l’empereur Hadrien et son amant Antinoüs sont tous situés dans un monde et une atmosphère baignés de sensualité morbide et toujours hors du commun
  • L’un des premiers grands textes de Wilde car il comprend quelques-uns des thèmes importants de l’auteur: le regard inquisiteur, la femme fatale, et la volupté dangereuse
  • Poème qui met en avant l’étrangeté du vocabulaire, et montre que, pour Wilde, les mots, leur musicalité, leur orthographe, c’est-à-dire ce que les linguistes appellent le « signifiant », ont plus de valeur que ce que à quoi ils renvoient.Wilde met en quelque sorte la poésie en musique, réalisant en partie le rêve des symbolistes, celui d’accomplir la synthèse des arts.
  • À la fin du poème, le narrateur congédie la sphinge pour se réfugier auprès d’un crucifix, faisant ainsi le choix du christianisme contre le paganisme. Le Christ « pleure en vain sur toutes les âmes », car les hommes vivent selon Wilde dans un monde sans Dieu.

Détail

Un poème mérite une attention particulière : La Sphinge, sans doute rédigé en
1874 mais publié en 1894. Une fois encore, Wilde cherchait un modèle et il pensa dans un premier temps à Alfred Tennyson et, en particulier, à son In Memoriam, suite de sonnets élégiaques, ce qui signifie qu’ils déplorent la perte d’un ami très cher du poète, en l’occurrence Arthur Hallam.

Mais, Wilde préféra choisir un mode de composition à ses yeux plus virtuose, c’est-à-dire plus « esthète » et plus « artiste ». Il composa ainsi quatre-vingt-sept distiques (c’est-à-dire des vers rimant deux par deux), chaque vers comptant seize syllabes et comprenant une rime interne, le mot central du premier vers rimant avec le dernier mot du second.

Écrire devenait un exercice acrobatique.

Pour compliquer encore les choses, il choisit pour la rime des termes complexes, employant parfois des mots rares : par exemple, « hippogriffes » fait écho à « hiéroglyphes » et le nom propre « Amenalk » à « catafalque ». Wilde se servait d’ailleurs d’un dictionnaire.

Le choix du thème, le sphinx, ou la sphinge, puisqu’il s’agit d’une créature féminine, n’était pas dû au hasard. Wilde connaissait bien La Tentation de Saint Antoine de Gustave Flaubert (1874), et c’est à ce modèle qu’il emprunta le mot « mandragore » ou encore les noms propres « Tragelaphos » et « Oreichalch », choisis pour leur étrangeté. La figure du sphinx est également présente dans Mademoiselle de Maupin (chapitre XIII), dans « Les Chats » de Baudelaire et dans une nouvelle d’Edgar Poe, qui porte ce titre (« Le Sphinx »). Mais ces trois sources ne sont pas attestées.

En revanche, Wilde connaissait « Chacun sa chimère », poème en prose de Baudelaire, dont il parle avec enthousiasme dans « Le Déclin du mensonge » et il est évident que ce texte l’a inspiré.

La figure du sphinx était également très appréciée des artistes symbolistes, par
exemple Gustave Moreau en France et Fernand Khnopff en Belgique. Tous deux représentent le monstre sous une forme mi-animale mi-féminine, en raison de
la vogue, tout au long du 19e siècle, du thème de la « femme fatale ».

Oedipe et le Sphinx (Gustave Moreau)
Oedipe et le Sphinx (Gustave Moreau)
Des caresses, ou l'Art, ou le Sphinx, Fernand Khnopff, 1896
Des caresses, ou l’Art, ou le Sphinx, Fernand Khnopff, 1896

Le poème commence par une évocation langoureuse et « décadente » de la créature avant d’évoquer de nombreux personnages appartenant à des univers différents : les dieux égyptiens, Cléopâtre, la Vierge Marie puis l’empereur Hadrien et son amant Antinoüs, et bien d’autres encore, tous situés dans un monde et une atmosphère baignés de sensualité morbide et toujours hors du commun. Les « lézards » sont bien sûr « géants », les « hippopotames » sont « monstrueux », et cet adjectif revient à plusieurs reprises, parce qu’il est lié à l’excès et non au raisonnable.

« La Sphinge » est selon moi l’un des premiers grands textes de Wilde. Tout d’abord, parce qu’il comprend quelques-uns des thèmes importants de l’auteur.
Par exemple, ceux du regard inquisiteur (regarder ce qu’on n’a pas le droit de voir) et de la femme fatale, que l’on retrouvera dans Salomé, où chaque personnage en observe un autre en le désirant.
Un autre thème est bien sûr celui de la volupté dangereuse incarnée par la créature (voir encore une fois Salomé, vierge et sacrilège lorsqu’elle exige la tête
du prophète Iokananaan, c’est-à-dire Jean-Baptiste).

Ensuite, et cela est plus important encore, c’est aussi un poème qui, en mettant en avant l’étrangeté du vocabulaire, montre que, pour Wilde, les mots, leur musicalité, leur orthographe, c’est-à-dire ce que les linguistes appellent le « signifiant », ont plus de valeur que ce que à quoi ils renvoient.
Ce qui intéresse Wilde est le pouvoir qu’ont les mots de se refléter les uns les autres, et de déployer les échos qu’ils suscitent dans leurs réverbérations.
Avec « La Sphinge », Wilde met en quelque sorte la poésie en musique, réalisant en partie le rêve des symbolistes, celui d’accomplir la synthèse des arts.

Un dernier point mérite d’être souligné. À la fin du poème, le narrateur congédie la sphinge pour se réfugier auprès d’un crucifix, faisant ainsi le choix du christianisme contre le paganisme.
Toutefois, le Christ qu’il décrit, les yeux épuisés et remplis de larmes, loin
d’incarner pour l’homme l’espoir du salut, n’est qu’une victime parmi d’autres.
Il « pleure en vain sur toutes les âmes ». Pourquoi « en vain » ? Parce que les
hommes l’ignorent. Cela signifie qu’en dépit de leurs constructions mythologiques, ou de leurs convictions, ils vivent selon Wilde dans un monde sans Dieu, ce qui est un premier point de rencontre entre Oscar Wilde et Friedrich Nietzsche, dont j’aurai l’occasion de reparler.

Sur Oscar Wilde – Chapitre 2

Chapitre 2 : Oscar Wilde, poète

Wilde, lecteur

Résumé

  • Intérêt pour Swinburne:
    • Ses « Poèmes et Ballades » avaient connu un succès de scandale. On lui reprochait son paganisme, son anti-christianisme et l’érotisme de ses vers.
    • Fascination pour son sado-masochisme, notamment la flagellation (contrairement à Wilde), et son amoralisme
    • Poésie musicale et positions esthétiques proches de Wilde lorsqu’il affirma : « Je défends l’art pour l’art contre la rigueur de la morale. ».
  • Intérêt pour Keats:
    • Une référence constante et un modèle avoué pour Wilde qui perçoit de la sensualité et de la musicalité dans ses vers, et de son esthétique qui annonce l’esthétisme
    • Il lui consacre un essai, deux poèmes, une conférence et s’insurge contre la vente aux enchères de ses lettres d’Amour.
  • Intérêt pour Walt Whitman (homosexuel), ainsi que Beaudelaire, Mallarmé et Théophile Gautier
  • Intérêt pour le catholicisme, notamment son esthétique, et le rapprochement qu’elle opère des pôles opposés : l’ancienneté et la modernité, la mortification du corps et sa glorification, et l’esprit et la sensualité.

Détail

Un écrivain, et un poète, est en premier lieu un lecteur et Oscar Wilde ne déroge pas à la règle. Lorsqu’il était étudiant à Trinity College, Wilde lut beaucoup de poésie. Il avait découvert Algernon Charles Swinburne, né en 1837, dont les Chants d’avant l’aube avaient paru en 1871 et, en 1872, il se passionna pour Atalante à Calydon, tragédie de Swinburne inspirée par le modèle de la tragédie grecque. Wilde connaissait très bien le grec ancien, de même que la littérature grecque de l’époque classique (par exemple, Homère, Eschyle, Sophocle, Euripide et bien sûr Platon). Pourquoi cet intérêt pour Swinburne ? Sans doute parce que, à leur parution en 1866, ses Poèmes et Ballades avaient connu un succès de scandale. Les critiques s’en étaient violemment pris à son paganisme, à son anti-christianisme et à un érotisme fortement perceptible dans ses vers. S’y ajoutait, chez Swinburne, une fascination pour ce qu’on appelle désormais le sado-masochisme avec l’accent mis sur notamment la flagellation, dont, à l’inverse de Wilde toutefois, il était lui-même adepte. Mais Wilde était séduit par son amoralisme. Enfin, Swinburne, dont la poésie est souvent qualifiée de musicale, avait d’une façon générale des positions esthétiques proches de celles de Wilde, par exemple lorsqu’il affirma : « Je défends l’art pour l’art contre la rigueur de la morale. ». Il est ainsi compréhensible qu’Oscar Wilde, qui reprit cette idée dans la préface du Portrait de Dorian Gray, ait été séduit par cet écrivain, désormais considéré comme l’une des plus grandes voix de la poésie anglaise, et, avec John Keats, sa principale source d’inspiration pour ses propres poèmes.

Keats, l’un des plus grands poètes romantiques, est pour Wilde une référence constante et un modèle avoué, et en partie identificatoire en raison de la sensualité qu’il perçoit dans ses vers, et de leur musicalité. En raison, également, de son esthétique qui annonce, selon Wilde, ce qui sera l’esthétisme, tendance artistique et littéraire qui prend le parti de l’art pour l’art contre le naturalisme. Cette position critique ne lui est pas propre puisque, dans les années 1890, si Shelley était considéré comme le précurseur du Symbolisme, Keats était lu justement comme celui de l’art pour l’art. Cette idée fut développée par Arthur Symons, notamment, qui voit en outre en lui un précurseur de la littérature décadente, torturé par sa sensibilité, selon lui maladive. Wilde, pour sa part, a consacré à Keats une conférence (« Keats’ Sonnet on Blue ») lors de sa tournée aux États-Unis en 1882, après avoir reçu des mains d’Emma Speed, fille de George Keats, frère du poète, le manuscrit original. Il lui a également consacré un essai, « The Tomb of Keats » (« Le tombeau de Keats », publié en 1877) et surtout deux poèmes, « The Grave of Keats » (« La tombe de Keats ») et « On the Sale by Auction of Keats’s Love Letters » (« Sur la vente aux enchères des lettres d’amour de Keats »), événement qui avait suscité son indignation. Ces deux poèmes sont remarquables pour la façon dont Wilde représente le poète romantique, dans les deux cas invisible : Keats est soit enterré soit seulement incarné par ses lettres vendues aux enchères. Keats, vu par Wilde, est par ailleurs un fantasme homérotique (il insiste sur ce qu’il estime être sa beauté physique) et une présence absente, révélatrice du devenir du romantisme en cette fin de siècle.

Wilde lisait aussi les Feuilles d’herbe (Leaves of Grass) de Walt Whitman, le plus grand poète américain du 19e siècle, qu’il rencontra lors de son séjour aux États-Unis, le 18 janvier 1882, et qui ne faisait pas mystère de son homosexualité. Whitman y fait l’apologie du corps, par exemple dans « I sing the body electric » (« Je chante le corps électrique »), et celle du monde matériel et de la nature. Cela, pour autant, ne l’empêche pas de célébrer la puissance de l’esprit humain.

Wilde lut aussi Les Fleurs du mal de Baudelaire, qui l’inspira par exemple lorsqu’il composa « The Sphinx » (« La Sphinge »), Baudelaire faisant allusion à cette créature mythique dans son poème « Les Chats ».

Il découvrit également Mallarmé, dont l’Hérodiade fut l’une des sources de sa propre Salomé. Wilde se passionnait aussi pour les artistes préraphaélites, parmi lesquels Dante Gabriel Rossetti, John Everett Millais et William Holman Hunt. Il considérait de plus en plus que l’art ne devait avoir pour but que lui-même, et la lecture de Théophile Gautier, dont la préface de Mademoiselle de Maupin (1835) fut considérée comme le manifeste de « l’art pour l’art », renforça ce sentiment. Gautier y défend l’inutilité de l’art affirmant qu’ « Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid […]. — L’endroit le plus utile d’une maison, ce sont les latrines. »

C’est aussi à cette époque qu’Oscar Wilde s’intéressa au catholicisme (il lut avec passion l’autobiographie du cardinal Newman, Apologia pro vita sua, consacrée à sa conversion) et cette fascination l’accompagna toute sa vie durant, jusqu’à sa mort. Ce qu’il cherchait dans l’Église romaine était moins un cadre spirituel qu’une esthétique, celle qui, en France, séduisit Joris-Karl Huysmans dont le roman À rebours influença
en partie Wilde dans Le Portrait de Dorian Gray. Ce n’est pas un hasard si la plupart des amis homosexuels de Wilde, ou ceux qui étaient associés à ce qu’on appelle la Décadence, comme Aubrey Beardsley, Lionel Johnson, John Gray et André Raffalovich, se convertirent à cette religion. Selon eux, elle rapprochait de façon stimulante des pôles opposés : l’ancienneté et la modernité, la mortification du corps et sa glorification, et l’esprit et la sensualité. Il n’est donc pas étonnant que Rome figure en bonne place dans certains poèmes de Wilde, par exemple dans « Rome Unvisited » (« Rome non visitée »), qui en souligne la « sainteté », de même que celle de la Vierge Marie, ou encore dans « Easter Day » (« Jour de Pâques ») qui exalte la splendeur du Pape.

Wilde, jeune poète

Resumé

Écrit en 1898, la « Ballade de la Geôle de Reading » éclipsé le reste des créations poétiques d’Oscar Wilde. Pourtant, dès 1881, il fut paraître « Poèmes« .

  • Le premier poème est « Hélas » jouant sur l’homophonie avec Hellas (la Grèce), dans lequel les esthètes interprètent la Grèce comme lieu de liberté (homo)sexuelle. Il prend aussi ses distances avec les valeurs valorisée par les Victoriens: devoir, labeur, les vertus viriles, etc. Il pose aussi la questioné récurrente dans l’oeuvre de Wilde:

« l’art peut-il faire oublier l’éthique ? »

  • Un autre poème intitulé « Humanitad » inspiré par le « Libertad » de Whitman et défend la liberté humaine. Il critique le manque d’idéaux de l’Angleterre contemporaine, se termine sur l’image de la crucifixion, non pas de Jésus, mais de tous les hommes.
  • On voit souvent en Oscar Wilde un dilettante, ce qui est faux, car il met constamment l’accent sur la perfection de la forme. Le sonnet, fondé sur des contraintes en tant que forme fixe, est l’un de ses objets favoris. L’attention portée à la métrique est extrême, comme chez un autre de ses modèles, Théophile Gautier.
  • La critique anglaise tend à caractériser Keats de poète « féminin », en raison de la prééminence supposée de la sensation et de l’émotion (sur la pensée) dans sa poésie.
    Dans « The Grave of Keats », Keats est à la fois divinisé et homo-érotisé.
    Dans « The Tomb of Keats » il fait le choix de l’homo-érotisme et l’associe à saint Sébastien.
  • La réception critique des « Poèmes » ne fut pas très bonne car Wilde fut accusé de plaggier ses références, alors qu’il s’inscrit dans une longue tradition, celle de Shakespeare et de Molière, par exemple, qui n’ont jamais caché qu’ils écrivaient après et avec leurs prédécesseurs.

Détail

Le poème le plus accompli et le plus célèbre d’Oscar Wilde est la « Ballade de la Geôle de Reading », son chant du cygne qu’il publia en 1898. Si, en raison de sa puissance, ce poème a en grande partie éclipsé le reste de sa production poétique, il n’en est pas moins vrai que, dès 1881, Wilde fit paraître un recueil, intitulé simplement Poèmes, dont la rédaction avait commencé des années
plus tôt.
Le recueil commence par un poème intitulé « Hélas ! ». Ce titre, écrit en français,
joue sur l’homophonie de « Hélas » et « Hellas » (la Grèce), qui est l’une
des sources d’inspiration importante du volume.
Ce jeu de mots associe la Grèce à la nostalgie d’un passé et d’un lieu idéalisés,
à un fantasme homoérotique, la Grèce antique étant interpétée par les esthètes fin-de-siècle, de façon simplifiée, comme le lieu de la liberté (homo)sexuelle.
Ce sonnet, en outre, prend ses distances vis-à-vis de notions valorisées par les Victoriens : le devoir, le labeur et, d’une manière générale, les vertus « viriles ». « Hélas ! » pose aussi une question récurrente dans l’œuvre de Wilde : l’art peut-il faire oublier l’éthique ?
Les autres poèmes, qui sont souvent des poèmes dits « de circonstance », sont d’inspiration variée. Certains sont consacrés à Italie, d’autres à la Grèce antique ou au monde médiéval, apprécié des Préraphaélites dans leur poésie comme dans leur peinture. Une autre source, qui reprend en partie les précédentes, est l’errance dans la ville et aussi la beauté masculine.

Quelques poèmes, enfin, ont une teneur politique, par exemple « Humanitad », qui défend la liberté humaine. Le titre de ce poème a été inspiré par le « Libertad » de Whitman. Ce poème, qui s’en prend aux manque d’idéaux de l’Angleterre contemporaine, se termine sur l’image de la crucifixion, non pas de Jésus, mais de tous les hommes. Cela permet de modifier en partie l’image ordinaire que l’on a de Wilde, souvent perçu comme un dandy esthète, alors que le moraliste n’est jamais très loin.

Parmi les idées reçues sur Oscar Wilde, il en est une qui voit en lui un dilettante, ce qui supposerait une absence de sérieux. Rien n’est moins vrai. Si l’on s’en tient à la poésie, on constate qu’il met sans cesse l’accent sur l’importance et la perfection de la forme, ce qui explique que le sonnet, qui est fondé sur des contraintes en tant que forme fixe, soit l’un de ses objets favoris. La forme suppose également une attention extrême portée à la métrique, comme chez un autre de ses modèles, Théophile Gautier dont il avait lu Émaux et camées (recueil publié en 1852). Par exemple, « Le Jardin des Tuileries », de Wilde, présente des points communs avec la « Fantaisie d’hiver » de Gautier. Il n’est pas fortuit que, dans Le Portrait de Dorian Gray, Dorian lise à son tour Émaux et camées, dont quelques vers sont cités.

Je voudrais maintenant faire quelques remarques stylistiques sur deux de ces poèmes, en l’occurrence « La tombe de Keats » et « Sur la vente aux enchères des lettres d’amour de Keats », pour illustrer la façon dont Wilde puisait dans ses sources. Wilde fait dans ces deux sonnets un usage abondant des allitérations (répétition d’une consonne) et des assonances (répétition d’une voyelle), et de tours directement empruntés à Swinburne, comme par exemple dans le vers 3 de « La tombe de Keats »

« Taken from life when life and love were new »/
« Arraché à la vie dans la fraicheur de la vie et de l’amour »

La répétition du mot « life », son association (attendue) avec « love », l’effet phonique ainsi créé, l’évocation d’un passé indéfini sont fréquents chez Swinburne. On fera la même remarque au sujet des mots monosyllabiques (une syllabe) ou bisyllabiques (deux syllabes), appréciés par Swinburne dans certaines de ses descriptions, notamment celles de batailles ou de scènes violentes, en raison du rythme haché qu’ils imposent au vers.
Wilde y a recours dans les deux tercets de « Sur la vente aux enchères des lettres
d’amour de Keats ». La référence implicite à Swinburne se justifie en outre par l’appréciation que portait le poète sur Keats, proche de celle de Wilde.
Pour Swinburne, Keats incarnait la « poésie pure », idée reprise par Walter Pater puis par Wilde.

Une autre question se pose, celle de homo-érotisme : dans « The Grave of Keats », apparaît une contradiction entre la divinisation de Keats et son homo-érotisation, qui diffère de la position habituelle de la critique anglaise du XIXe siècle.
Celle-ci, en effet, se contente ordinairement de féminiser Keats, perçu tantôt comme un être androgyne, tantôt comme l’incarnation d’une poésie délicate et « efféminée », donc résolument non « masculine ». Cette appréciation est récurrente chez les Victoriens qui voient fréquemment en Keats un poète « féminin », en raison de la prééminence supposée de la sensation et de l’émotion (sur la pensée) dans sa poésie.
Certains, cependant, Matthew Arnold par exemple, mettaient en avant son énergie, jugée « masculine ».
Wilde tranche le débat en faisant le choix de l’homo-érotisme. En effet, dans l’essai « The Tomb of Keats », il voit en lui « a divine boy » (« un divin garçon »), un « prêtre de la beauté » (« a priest of beauty ») et il l’associe à saint Sébastien, comme il le fait dans le poème, dans une rêverie homo-érotique, le martyr étant décrit comme un « ravissant garçon aux cheveux bruns » (« a lovely brown boy »), aux « lèvres rouges » (« red lips »), aux « yeux divins » (« divine eyes »), au corps « transpercé de flèches » (« pierced by arrows »), et au regard extatique tourné vers « l’Éternelle Beauté des cieux entrouverts » (« the Eternal Beauty of the opening heavens »), l’ouverture, si on y voit aussi une allusion sexuelle, signifiant de toute manière l’accès programmé à une jouissance.

Saint Sébastien de Guido Reni
Saint Sébastien de Guido Reni

Cette référence homo-érotique n’est pas surprenante, l’un des tableaux préférés
de Wilde étant le Saint Sébastien de Guido Reni (1615).
Le saint était alors, en raison de sa beauté supposée, de ses relations sans doute amoureuses avec l’empereur Dioclétien, de la nature de son supplice (son corps transpercé) et de la jouissance qu’on se plaisait à déceler dans son extase l’une des figures les plus appréciées des esthètes homosexuels de l’époque.

Quelques mots, enfin, sur la réception critique des Poèmes. Celle-ci ne fut pas très bonne car on reprocha à Wilde de plagier tous les poètes qui l’avaient inspiré, l’idée étant qu’il aurait été incapable d’écrire si les autres n’avaient pas existé.
S’il y a une part de vérité dans l’accusation, celle-ci omet un fait essentiel. Pour Oscar Wilde, il n’a jamais été question de dissimuler les emprunts, ce qui aurait
alors été en effet du plagiat, mais plutôt de les exhiber. Écrire, pour lui, suppose écrire avec les autres et rendre si sonores les échos que s’en indigner fait contresens.
Ce faisant, il s’inscrit dans une longue tradition, celle de Shakespeare et de Molière, par exemple, qui n’ont jamais caché qu’ils écrivaient après et avec leurs prédécesseurs.

À cet étudiant chinois

L’image de cet étudiant chinois écrasé par un char sur la place Thyenanmen est fascinante et terrifiante à la fois. C’est l’homme dont l’individualité est anéantie par un système -quel qu’il soit.

Appelez le communisme, capitalisme voire même matriarcat c’est la même chose, rien n’arrête un système dont le seul but est de survivre et s’étendre par la conquête , quitte à aplatir l’individu.

La fin justifie les moyens.

L’usage du nous est parfois révélateur d’un système totalitaire, dans le sens où il englobe et prive de parole l’autre, qui est placé dans une affirmation par défaut. Et il n’existe de pire fascisme que celui qui endort et se cache derrière les bonnes intentions et autres bons sentiments.

Car personne n’est désintéressée et c’est probablement celles et ceux qui cachent le plus leur intérêt ou besoin des autres qui sont aussi les plus manipulateurs. À l’heure de l’hypermédia, l’aliénation mentale est reine et fait renaître, en réaction, un autre type de fascisme de ses cendres.

En finir avec Eddy Bellegueule

Je me souviens de ma mère me tendant ce bouquin « En finir avec Eddy Bellegueule », visage angoissé et demande implicite…

– As-tu vécu cela?

Et ma réponse:

– Non maman, ce n’est pas mon histoire, j’ai vécu autre chose

Je me souviens d’un véritable choc en lisant ce bouquin, telle une décharge électrique…
Puis d’une colère mêlée d’admiration contre la force de cet homme,
Ce parvenu parisien qui reniait sa famille et son passé jusqu’à oser changer de nom!
Enfin d’une jalousie devant la Liberté désormais sienne, en coupant si « Malevichement » avec ses racines …
Je critiquais dans un déni acerbe le style qui s’écroulait complètement dans la dernière partie du livre,
Et me permettait de le détruire sereinement afin de l’oublier au plus vite et d’éviter de se poser des questions…

Un an et demi après l’avoir lu, j’y reviens suite à la lecture d’un article d’Edouard Louis dans Libération.
Comme si ce rejet commun de la Picardie liait nos passés, même si je n’ai pas vécu la même chose…

Je me souviens de la double-écriture en français et picard tout d’abord,
Mais surtout l’électrochoc vint de la lecture que j’en faisais…
En effet, ce fameux texte en italique résonnait dans mon esprit avec ce fameux accent picard que j’avais toujours méprisé…

Je me souviens donc des gens dans ce plateau du Santerre à deux vitesses,
Ceux qui parlaient français sans accent -les gens intelligents et pleins d’Avenir donc- et les autres, les ploucs.
En sixième, j’ai compris que les gens intelligents pleins d’Avenir étaient aussi snob et cruels…
Petits bourgeois habillés en Chevignon et Levi’s et se moquant de tous ceux qui ne leur ressemblaient pas,
Les snobs, malgré leurs marques et bonnes notes en classe ne brillaient pourtant pas par leur intelligence.
Comme le disait si bien le plus grand d’entre nous:

Je fus frappé à quel point, chez ce jeune homme et les autres très rares amis masculins de ces jeunes filles, la connaissance de tout ce qui était vêtements, manière de les porter, cigares, boissons anglaises, cheveux, –et qu’il possédait jusque dans ses moindres détails avec une infaillibilité orgueilleuse qui atteignait à la silencieuse modestie du savant– s’était développée isolément sans être accompagnée de la moindre culture intellectuelle. 1

La bande des premiers de la classe méprisait donc profondément les ploucs et ne se mélangeait avec eux qu’à l’occasion de rares activités, comme les cours de sport, dessin ou encore musique où tous chantaient horriblement faux…
Dans ces moments particuliers, ni l’accent ni une meilleure maîtrise du langage n’accordaient de privilège…

Intolérance, homophobie, domination, cruauté,
Il ne faisait pas bon vivre non plus avec les snobs picards …
À tel point que je revenais souvent chez les ploucs malgré cet accent picard que j’abhorrais tant.
Puis, je me décourageais devant les mauvaises odeurs et blagues de caniveau,
Comme désolé de ne trouver ma place nulle part …

Mon erreur fût de ne pas comprendre plus tôt que j’étais très bien tout seul.
Que, dans cet environnement détestable, mes bouquins, mon piano et mes chats étaient mes seuls et véritables amis …

Mon salût vint grâce à la musique qui m’offrît une première échappatoire, au lycée, à la ville.
Amiens, tel un nouveau début avant de partir plus loin encore.
La ville à la rescousse pour s’extraire d’une nullité ambiante, avec un doute toujours,
Celui de savoir si je suis parti assez loin et si je peux encore être rattrapé…

 

Docteur Jekyll ou Dorian Gray et Mister Hide?

Mais qui était-ce vraiment?
Je n’évoque pas cette superbe image de soi si plaisante à contempler,
Telle cette reine appelant le jugement de sa conscience

– Miroir mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle?

– Madame la reine, vous êtes la plus belle au pays.

Cette image si parfaite qu’elle s’était forgée ressemblait comme deux gouttes d’eau à ce diabolique Dorian Gray
Qui, d’un oeil assassin observe son portrait révéler sa véritable nature alors que son apparence est toute autre …

Que ce soit il ou elle, peu importe! Mais qui était-ce réellement?
De Docteur Jekyll, Mister Hide, Dorian Gray ou bien de son portrait?

– Miroir mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle?

– Madame la reine, vous êtes la plus belle ici, mais Blanche-Neige est encore mille fois plus belle.

Et soudain, la reine, par jalousie, devint assassin…
Ce n’était pas de sa faute bien sûr mais bien celle de Blanche-Neige…

Le pistolet

C’est une sensation bizarre, une sorte de vertige devant des créations délaissées, qui, par miracle ont survécu au vent d’hiver …
C’est un rayon de soleil qui – certes – ne fait pas le Printemps, mais réveille des espoirs de lendemains qui chantent …
C’est un mélange d’envie de recommencer et cette peur systématique de ne pas en être capable
Cela ne fait que dénoter une incapacité au Bonheur tant les doutes empêchent de Vivre et d’Aimer.

Mais … Personne n’est incurable, et la lecture de Nietzsche est curatrice même pour le pire des névrosé.

Alors Pan, je tiendrai la plume tel un pistolet que je ne quitterai plus jamais,
Sauf bien sûr à délaisser cet Autre que j’eus tant de plaisir ce soir à retrouver.
Arrêter d’écrire, c’est se trahir un peu, beaucoup, passionnément, à la folie.

Faut-il boycotter le capitaine Phillips?

Cinéma: Capitaine Phillips
Cinéma: Capitaine Phillips

Depuis ce soir, Philips, ce ne sont plus seulement des télévisions et des ampoules basses consommations. C’est aussi une plongée de 2h14 dans un racisme débridé avec le film « Capitaine Phillips ».

Le capitaine Richard Phillips: Une histoire vraie

Issu d’une histoire vraie, le capitaine Richard Phillips est un homme d’une bonne cinquantaine d’années. Marié, il est inquiet pour l’avenir de ses deux fils, car la compétition pour trouver un travail aujourd’hui est beaucoup plus rude qu’à son époque. Et le monde beaucoup plus complexe.

Le capitaine Phillips est donc affrêté à une mission pour mener un porte-conteneur de 152 mètres contenant des vivres humanitaires au Kenya en passant le long des côtes somaliennes.

Pendant ce temps là, dans un village côtier de la Somalie, des mafieux obligent des pêcheurs reconvertis en pirates à prendre la mer et ramener un bateau.

Après son départ, le capitaine Phillips est informé par email de la présence de pirates dans cette zone. Son intuition le décide à renforcer la sécurité du navire et à lancer une simulation d’alerte juste avant la première attaque des pirates.

L’abordage du Maersk Alabama

Les pirates réussissent à aborder. Et soudain tout bascule…

Cela devient gênant quand on rentre dans l’affrontement entre noirs et blancs.
Cela devient révoltant lorsque les pirates noirs sont présentés comme méchants et stupides. Leur instinct animal prend le dessus dans les moments de tension, leurs yeux deviennent exorbités, ils fument et prennent de la drogue.
D’un autre côté, les blancs sont intelligents, civilisés et courageux. Victimes des pirates, ils cherchent à bien faire leur job pour sauver leur vie, leur bateau ainsi que les marchandises humanitaires.

Images vs Discours: Schizophrénie ou hypocrise?

Et c’est là que le bat blesse. Le discours montrant une réalité soi-disant complexe s’oppose à des images brutales et manichéenes. Cette schizophrénie engloutit le message en le rendant secondaire, et révèle la toute puissance des images qui nous renvoient en pleine gueule les pires clichés racistes, de ceux qui conditionnent l’esprit à garder une main sur son sac lorsqu’un noir ou un arabe vient demander sa route…

Je n’évoque pas les trois navires de l’armée américaine venus vaincre les quatre pirates armés d’AK47 et en sandales … Mais où donc était le sous-marin nucléaire?

Conclusion

Faut-il boycotter le capitaine Phillips, donc? Sans ambiguité oui, car les clichés véhiculés par le film sont à vomir!

Le tricycle

J’ai trois ans et demi, peut-être quatre tout au plus. Je suis sur mon tricycle jaune. Gosse invincible. Rien ne peut m’arriver. Je suis le gentil de toutes facons, j’ai dû sauver la terre une dizaine de fois dans les dernières heures. Rien ne m’arrête, sauf peut-être Stéphane qui s’amuse à jouer au méchant et contrarie donc systématiquement mes plans. C’est très fatigant alors qu’on pourrait très bien sauver le monde ensemble mais non, nous ne sommes jamais d’accord, alors c’est coup bas contre coup bas! On ne lâche rien, Jamais! Meilleurs ennemis!

Contrairement aux opinions de la plupart des adultes touchés le plus souvent par une grande amnésie collective, la vie d’enfant n’est ni reposante ni drôle! Il y a beaucoup de travail pour empêcher le pire de s’accomplir, en l’occurrence les plans démoniaques de Stéphane le méchant! C’est très important! On ne peut pas laisser faire!

Il y a certes des moments de répit, comme là sur mon tricycle jaune, sur ce petit pont en ciment devant le garage de la maison de mes grands parents. Plus que du répit, c’est de l’ennui même, un ennui à mourir. Je ne sais pas ce que fait Stéphane sur son grand vélo à deux roues et deux roulettes, mais malheureusement pour moi, il ne semble pas très diabolique. Peut-être fait-il souffrir une mouche, bref, rien de très important … Mon intervention n’est pas nécessaire, le monde n’est pas en péril, mon orgueil n’est pas remis en question, tout va bien …

Alors, je regarde autour de moi. Que vais-je bien pouvoir faire dans ce moment de calme? Rester tranquille, regarder les oiseaux? Vous n’y pensez pas, il doit quand même y avoir des choses importantes à faire … Mais on n’a pas vraiment besoin de moi en ce moment, l’oisiveté m’est pesante, je m’ennuie et j’ai envie de faire un truc. C’est une sorte de légère démangeaison interne comme pour combler un vide … Il faut agir … Faire quelque chose, vite! Je ne peux quand même pas faire souffrir la mouche avec Stéphane! Mon status de gentil universel ne s’en remettrait pas, et puis … mon orgueil m’en empêche … Même si ce ne serait pas la première fois que je m’assieds dessus pour un acte passionnant, pas maintenant!

Alors il y a bien cette rivière qui coule sous le petit pont, et ce bord à quelques pas … Mamie – la sainte protectrice – m’a dit de faire bien attention à ne pas tomber dans la rivière. Sa voix est montée dans les aigus pour insister. Mais pourquoi? Et si je tombe, que se passe t’il? Rien de terrible sans doute … Du moins je ne crois pas … Alors je m’approche silencieusement du bord. Je regarde Stéphane, il est toujours très occupé. Je regarde la rivière … Le courant est important … Le danger est réel … Le coeur palpite … J’ai envie de savoir:

Que se passe t’il si je tombe?

Qu’y a t’il en dessous?

Alors je me colle au bord en tricycle. Je place doucement une roue dans le vide, joue à basculer, trouve un premier point d’équilibre. C’est drôle le danger, on se sent soudain très éveillé, les sens en action, la respiration plus rapide … Je ne cherche pas à tomber réellement … Du moins je ne pense pas … Juste à me faire peur … Trouver la limite … Mais j’avance irrésistiblement vers le vide.

Je dépasse le point d’équilibre, me penche en arrière, rétablit superbement la situation … Ouf j’ai eu vraiment peur … Mais soudain le tricycle glisse! Et je tombe  dans cette rivière qui m’engouffre dans les égouts …

Affres de minuit

Les idées s’obscurcissent avec la tombée du jour. Heureusement, l’écriture est cette pleine lune qui empêche les ténèbres de m’envahir totalement. Je résiste, par ce bout de souffle qui m’anime. Je m’accroche à cette branche de beauté pour éviter la chute totale, vrille vers la mort qui s’ensuit.
Ivresse des ténèbres, jouissive souffrance, masochisme incontrôlé, nihilisme totalitaire, complaisance dans une grossemerditude intolérable et infinie …

Réagir …
Quelques lignes et soudain, rebond, coup de talon, refus du trentième sous-sol. Non!

Je Veux!

Colère contre les autres qui n’écoutent pas, ne comprennent pas, solitude … La colère comme rebond? Ce n’est probablement pas par là …

Mais alors où est-il ce trentième souffle, celui qui peut arrêter net Hugo, ouragan des ouragans? Où faut-il aller le chercher?
Chanter peut-être? Mal forcément, de quoi assurer un été pourri à tous les barcelonais, qui l’auront bien mérité…
Humour, espoir, et soudain rayon de soleil qui réchauffe le coeur.

Oh blog, divin coeur, tu me sauves la vie ce soir et m’éclaire une voie que je n’aurais pu trouver sans toi.

Le sourire

Je t’attends près d’un lampadaire, il pleut quelques gouttes sur une Barcelone grise,
Je regarde autour de moi, respire une odeur de cigarette.
Tu n’es pas encore arrivé, tu es en retard, je ne devrais pas me sentir nerveux -je t’ai vu la semaine dernière pourtant, ou était-ce il y a deux semaines? Le temps passe si vite … – même si les circonstances étaient … Particulières!
J’ai mis une chemise aujourd’hui. En ce moment je mets beaucoup de chemises, il s’agit de passer un cap

Un cap, un pic, une péninsule comme dirait l’autre

Je ne suis pas sûr d’avoir très envie de te revoir en fait, je sens que cette rencontre va être différente, la tension s’est apaisée entre nous,
Or c’était la tension qui nous opposait, pourquoi une telle tension s’était crée entre nous, je ne comprends pas,
Désir d’opposition peut-être? Pourquoi dans l’Amour, il y a toujours une opposition comme dans ce film dont j’ai oublié le titre …
« The deep blue Sea », histoire d’une passion entre deux personnes qui n’ont rien à faire ensemble,
Film pendant lequel j’ai dû soupirer une bonne centaine de fois …
Mais qui a dit qu’il faut avoir des points communs ou être d’accord pour s’Aimer profondément?
Au XIXème siècle, il fallait être un bon parti. Au XXIème il faut partager les mêmes valeurs.
Vastes conneries, méconnaissance généralisée de l’Amour.

Tu n’arrives toujours pas, cinq minutes de retard c’est absolument scandaleux même si en Espagne c’est au moins dix minutes d’avance …
Absolument scandaleux et donc tout à fait normal. Je stresse, donc je respire profondément.
La chemise à carreaux est très importante, j’ai bien fait de la mettre.
C’est toi qui me l’avait acheté d’ailleurs … Je ne m’en étais pas rendu compte en la mettant …
J’ai même fait exprès de ne pas mettre ton pull qui me va bien, juste pour ne pas le porter, Ton Pull, et voici que je porte la chemise que tu m’as offerte …
J’ai pourtant pris la première qui venait, enfin c’était la plus belle, celle qui m’a attiré l’oeil,
Jolis carreaux bleus et roses, c’est Forcément parce que c’était la plus belle chemise que je l’ai choisie, et pour aucun autre raison …
C’est toujours quand on essaie de démontrer le contraire de ce que l’on ressent que l’inconscient fait tout foirer …
Comme pour dire « Hé Oh, je ne suis pas dupe, ne le sois pas ton plus! »

J’ai l’impression qu’il pleut beaucoup mais c’est juste pour être en colère,
J’ai très envie d’une cigarette pour paraître occupé,
Prendre cet air détaché qui sied si bien à la situation
– Tu penses à quoi?
– Non non, à rien …
Plante verte, palmier, cactus au Sahara …

Tu arrives enfin, je ne t’ai pas vu arriver, tu es soudain face à moi.
Et puis il y a ce sourire qui s’imprime sur ton visage, un sourire qui semble incontrôlable et m’envahit aussi,
Je ne peux pas m’empêcher de sourire, ça sort de l’intérieur, ça fait du bien alors …
Je continue de sourire et j’ai très envie de te prendre dans mes bras …
Même si plus rien n’est possible entre nous, même si tout est brisé à tout jamais,
Nous nous aimons encore, et pour toujours probablement,
Il va falloir s’y habituer, encore un, l’admettre, refuser le deuil, laisser l’Amour respirer.

Alors qu’on aurait pu se tomber dans les bras, se faire du bien,
Mais non, il y a la peur que « ça recommence »,

Relation, Vie en commun, entre Chiens et Chats,

Incompréhensions, Engueulades permanentes,

Demandes d’Amour ignorées, souffrances …

As-tu perçu mon trouble?
Très vite -trop vite d’ailleurs- il faut reprendre le contrôle, garder la face, sortir le revolver du tiroir,
Retrouver cette petite raideur telle une marque de fabrique.
Le cessez-le-feu s’efface, la conversation sans intérêt reprend, et le duel aussi.
Je te trouve beau, plus que la semaine dernière où j’étais ailleurs …
Tu parles beaucoup comme d’habitude, je parle un peu, tu m’énerves déjà …
Je n’hésite pas à te couper la parole car c’est la seule manière d’en placer une.

Tu me parles de ce garçon que tu as rencontré,
Et avec qui tu sors depuis un mois et -comme c’est étrange- qui porte le même prénom.
Il vit en Irlande, il ne pouvait pas vivre à Barcelone, bien sûr, tu n’es pas prêt pour une relation…
Ah oui, vous avez beaucoup en commun, tant mieux…
Et en plus vous aimez la même musique et avez le même sens de l’humour!
Reproches cachés, c’est parfait, oui je suis content pour toi, je m’en fous en fait,
Je suis même soulagé que tu ne sois pas disponible,
Au moins une assurance de plus pour que « ca » ne reprenne pas …
Tu me testes … Soit …
Plante verte, palmier, cactus au Sahara … J’écoute calmemement …

Bien que n’étant Absolument Pas jaloux, c’est à dire en l’étant forcément, je réplique par un coup bas!
Tu veux la guerre, tu l’auras, il ne fallait pas me provoquer en me parlant en long en large et en travers de lui!
A trop agiter le drapeau, le taureau se réveille souffle, se prépare,
L’opposition reprend, la machine infernale est en marche, me parler de ce garçon pendant 30 minutes c’est trop,
Je dois dire quelque chose, parler un peu de ce que je vis aussi …
Ne pouvait-on pas parler d’autres choses? N’avait-on pas des choses plus importantes à se dire?

Je dégaine, après 30 minutes de silence, ce n’était pas prémédité, ça sort tout seul …
– J’ai pris le numéro de téléphone de ce garçon, celui de ma salle de sport …

… Qui M’attirait Déjà Quand Nous Étions Ensemble.

(Précision totalement inutile)
Tu te souviens?
(M’as-tu bien compris?)

– … Oui mais s’il t’a donné son numéro de téléphone alors qu’il est en couple, il n’est probablement pas très sérieux …
Désir de me voir célibataire …

Je ne veux pas que tu sois seul, ce serait dommage, tu es un mec bien

(Mail de rupture, je n’en crois pas un mot)

Un garçon pas très sérieux donc …
C’est parfait, c’est exactement ce qu’il me faut, un peu d’air et de silence Por Dios!

On vous ment!

Vous qui croyez impossible de concilier l’inconciliable!
A qui on explique qu’il faut faire des choix simples,
Être raisonnable ou pire, normal, ce mot ignoble!

Vous qui avez été assez crédule pour y croire,
Et qui pourtant – malgré les somnifères – ne dormez pas si bien la nuit,
Et bien je vous le dis, dans le blanc des yeux, sans sourciller:

Vous vous trompez!
Votre recherche de tranquillité
Est une chimère au goût si funèbre que vous êtes déjà mort
Sans même vous en rendre compte.

Vous me répondrez alors:

Mais je ne souhaite qu’un peu de quiétude

Et bien le moment est venu de choisir!
Prenez donc un puissant calmant!
Veillez surtout à ce qu’il vous soit fatal!

Ainsi vous pourrez profiter de la tranquillité durant l’éternité!
Et moi de ne plus subir vos sinistres leçons de morale!

Et pourtant, l’espoir est permis même aux plus cons d’entre nous!
Oui, ressusciter est toujours possible, je ne perds pas espoir en vous,
Tant que vous vous maintenez à une saine distance qui me permette de respirer convenablement.

Et pourquoi pas après tout?
Que celui qui n’a jamais été crucifié lève la main et se jette immédiatement d’une falaise!
Ainsi, commencera t’il enfin à vivre!

Un peu Beaucoup Passionnément … À la Folie?

Dans le Fantasme l’esprit prend la fuite,
Atteignant des altitudes célestes inégalables.
Bien au delà de la stratosphère, les pensées peuvent devenir
Solaires Lunaires Galactiques Lumineuses Grandioses!

La pensée s’étire dans une extravagante infinité,
L’idée naissante n’a pas le temps de mûrir qu’elle est déjà idolâtrée.
Alors elle se consume et nous consomme,
Elle brule et aspire l’être tel un corps bouffi de jouissance.

Heureusement ou Malheureusement
– Chacun décidant ce qui lui est « préférable » –
Un certain retour à la réalité s’opère.
En douceur ou « Brace Brace » en catastrophe,
Atterrissage, et tête à Terre.

Alors, Rêve ou Fantasme?
L’un évade quand l’autre embrase.
Difficile de s’abstenir de ce mal qui fait du bien,
Même s’il ramène droit dans la caverne
Ah! La Caverne …

Mon Cher Jean

Je t’écris au crépuscule de ma plus grande histoire d’Amour,
Alors que malgré un ciel bleu mistral,
Je sens s’abattre sur mes épaules
Des ténèbres qui semble ne jamais devoir prendre fin.

Il me quitte, nous nous quittons, peu importe qui quitte qui.
Mais je sens en moi cette implacable machination sur le point de s’accomplir,
Malgré tous mes efforts, toutes mes luttes,
Je n’ai pu résister à mes envies de Liberté.

Quelles sont-elles? En quoi remettent-elles en cause ce couple?
Des envies de sortir Seul, de rencontrer des gens Seul, de m’amuser Seul.
Pourquoi Seul et pas en couple? Je ne sais pas …
Je l’ai pourtant aimé comme jamais je n’avais aimé.

Jamais ne me suis-je complètement donné,
Jamais je ne le laissai entrer,
Comme si mon je ne sais quoi lui résistais,
Pour rétablir une distance sans laquelle je sentai le danger.

Bien sûr, des regrets …
Comme cette impression de ne pas avoir assez essayé,
De ne pas être plus rond, plus parfait,
De ne pas avoir su maintenir l’Altitude du Bonheur que nous atteignions parfois.

Des angoisses aussi, ou serait-ce de morbides envies?
La crainte de retomber dans ce vice si mal oublié,
De mourir d’insalubrité sentimentale et d’ennui,
Cette maladie qui me guette et m’attend dans un recoin de la Nuit.

 

Beginners – Le courage de Se Vivre

Ce film respire la profondeur, les émotions, il évoque subtilement l’homosexualité, les relations familiales, l’Amour …

Hal – Christopher Plummer – perd sa femme, il a 75 ans. Quelques mois plus tard, il annonce son homosexualité à son fils Oliver – Ewan McGregor. Il ne l’a vécu que dans les chiottes de l’Amérique des années 50 et souhaite donc l’expérimenter pendant le temps qu’il lui reste à vivre après la découverte de son cancer.

C’est un film d’espoir. Les trésors de courage déployés par cet homme de 75 ans sont admirables, encourageants, libérateurs.

Son fils Olivier est notre guide. Il l’accompagne dans ce sprint de vie et narre dans des séquences alternées son enfance ainsi que la reconstruction qui suit, cet Après-Lui.

L’ombre du père est masquée par l’omniprésence de sa mère. Sa souffrance de ne pas être désirée par un mari froid et affairé apparaît sous forme de séquences récurrentes, l’insatisfaction d’un lointain baiser. Bien qu’il ait désiré se couler dans ce moule hétérosexuel, il a échoué. Une lâcheté scandaleusement tranquille.

Mais c’est dans son sursaut – tardif mais croissant – que réside l’Espoir. Cette volonté de Se Vivre et pas Vivre Pour  – les autres, la société –  le libère d’une pesanteur qui l’empêchait de se laisser aller. Il vit, il Aime,  il partage des moments profonds, heureux, authentiques avec son amant, son fils, ses amis. Il accepte l’imperfection de sa relation et c’est ce qui lui permet de la vivre pleinement. Il renvoie son fils à sa solitude lorsqu’il critique la polygamie de son couple « Tu es bien seul pour donner des conseils matrimoniaux ». Une critique de la recherche du partenaire parfait, ou de la relation parfaite. « Il vaut mieux une girafe que de passer sa vie à désirer un lion ». Aimer – comme Ecrire – est une activité à pratiquer tous les jours …

Dans sa reconstruction après la mort de son père, Oliver tente d’extraire sa tristesse par le dessin, il échoue. Invité à une fête déguisée, le voici en Freud qui « couche » sur le divan les invités. Et il fait la rencontre de celle qui lui renvoie sa propre tristesse. Il tente alors de vivre une vraie relation qui se termine comme ses trois relations précédentes. Comme le dit Andy, le chien de son père « C’était perdu d’avance. Et bien avant de la connaître … ». Oliver se retient, comme s’il reproduisait la distance entre ses parents, il ne parvient pas à maintenir le couple, il censure son bonheur …

Allez donc voir la suite!

Alors l’Excès?

J’évoquais hier une réaction allergique à la tranquilité,

Une envie de Crier, Taper du pied, Vivre!

N’était-ce pas excessif?

Ou trahirais-je – dès le lendemain – l’Envie exprimée la veille?

 

Je ne renie rien et le réaffirme encore aujourd’hui!

La Tranquilité peut-être un résultat, un état transitoire,

Mais elle ne doit pas être un but en soi!

Car elle condamne le Désir,

En tuant l’Angoisse qui y est associée.

C’est bien plus simple de ne rien vivre.

 

Dans une époque binaire,

Une vie nihiliste est bien sûr possible,

Mais certainement pas souhaitable!

Pourquoi fuir sa nature et refuser de Vivre?

 

Mais l’excès inverse – fuire l’Ennui – n’est pas meilleur que le mal!

La Surexcitation, l’Exaltation, la Passion

Conduisent à une forme de destruction,

Ils nous consument!

 

Dès lors, comment trouver :

L’équilibre dans l’Action,

La constance dans le Mouvement,

Et la mesure dans le Risque,

Sans tomber dans l’Excès et la Folie?

 

Epuisante Tranquilité

Tranquilité, quiétude, calme, sérénité, paix, équilibre, sagesse,

Que de mots emmerdants!

 

Alors qu’Agitation, Excitation, Passion, Branle-bas de Combat,

On a envie de Crier, de taper du pied,

On sent le Feu et le Sexe au coin de la rue!

On s’exalte, on respire, on vit!

 

Ces Mots deviennent pourtant Maux

Dès qu’on mesure la vie En Années plutôt qu’en Aventures,

En Quantité plutôt qu’en Qualité!

Attention donc à bien choisir son Cul!

 

Fuir l’Exaltation et la Passion

Ne conduit qu’au Néant, à la Vacuité de l’Inexistence

A ce repos éternel qui de toutes façons nous attend déjà bien trop tôt.

Une vie plate, nihiliste en somme, pas excitante, en un mot :

CHIENTE!

 

Pourquoi rechercher le morbide avant l’heure?

Pourquoi tenter de s’approcher de cet état par petits pas?

Pourquoi ne pas se suicider, et en finir une fois pour toutes?

 

La recherche de Tranquilité est une tâche Tuante

Lorsqu’on est d’une nature bouillonnante!

Je l’Abandonne donc Sans Regrets.

Lutte – 1

C’est la Lutte partout,
Le combat Permanent,
Contre Personnes et Objets,
Indifféremment.
Indéfiniment.

 

C’est une compétition harassante,
Trou noir d’une Humanité évanescente.

 

ConCentré sur la confrontation,
Volonté de dépasser l’Autre.
Toute émotion est réduite à néant,
Oubli de l’Humain.

 

Tout désir s’efface,
La Lutte anesthésie
Dans un sommeil de Jouissance,
Et une vie d’Abruti.

Histoires de Couple – 1

Le code a changé conte des tranches de vie,

Histoires de couples forcément passionnantes,

Hasards qui font et défont,

Amours à vif ou édulcoré.

Le code a changé conte ces moments de désespérance,

Montagnes russes de l’Amour,

Soudaine Rupture, Réconciliation inespérée,

Pile ou Face, la pièce retombe sans raison apparente,

Attirée par une force abstraite nommée Amour.

Un couple vit-il toujours ces doutes?

Jouissance Accoutumée

Jouissance, routine de souffrance, interminable supplice,
Sentiment produisant une douleur intense, contenue, anale,
Puis Descente, Cercle vicieux, Déprime, Dépression : C’est la Chute Libre.

Comment enrayer cette fusion du coeur ?

Tout commence par une reddition sans condition,
Véritable confession sans faux semblant,
S’avouer son mal-être sans concession.

Faire un constat d’échec cuisant,
C’est paradoxalement exprimer l’envie du Rebond.
Ce premier petit pas pour l’Homme est Nécessaire mais insuffisant.
Il en faudra d’autres beaucoup plus grands,
Le cheminement sera long, tout ne peut se régler maintenant.

Sortir le bouillant gâteau du four,
Laisser refroidir doucement sans que la pâte s’effondre,
Réduire l’acidité de la jouissance par des plaisirs simples,
L’Amour, la Beauté de la Lune d’un soir sont d’excellents ingréedients …

Rencontre avec un Autre

J’ai rencontré un Autre, Quelle découverte étrange …
Il me ressemblait, son corps, son visage, un Autre Moi !
Était-ce un jumeau, un portrait de Dorian Gray?

Mais que faisait-il ici?
Dans un endroit si glauque …
Et pourquoi y étais-je aussi?

Sur son visage, je lus Angoisses,
Tourments de corps et âme,
Jouissance Impérieuse.

Dans ce miroir, je vis celui que je ne voulais plus être :

Excité, Tourmenté,
Dans une chute libre à l’infini.

Cette vision, ce rêve, ce fantasme
M’ont à la fois fasciné et répugné.
En guise d’Adieu, je souhaite m’émanciper,
Je veux rompre cette duplicité :
Lui laisser Sa jouissance pour n’en garder que Mon effroi,
Telle la souche du virus permet le salvateur Vaccin.
Etre Inoculé mais Sain et donc enfin …

Rester Aérien !

Infidélité Platonique

Ca me prend le matin ou la journée, soudaine envie d’un autre.

J’en perds toute concentration, tout amour disparait écrasé par une force subite,

Ce désir d’autre grandit, m’envahit, j’ai envie de saisir ces moments furtifs, être infidèle pour de Vrai.

Elle me destabilise, c’en est obsessionnel, je ne sais comment m’en débarrasser.

J’essaie de prendre l’air, de me changer les idées,

Mais rien à faire, il ne s’agit ni de lui, ni d’elle mais d’une profonde envie d’autre,

Et pourtant je m’arrête, je ne m’autorise l’infidélité qu’en fantasmes.

– « C’est une infidélité platonique. »

Alors la tête vrillée par ce sentiment grisant,

Je ressens le besoin de me recentrer sur mon Amour pour lui, et sur moi.

Cette envie d’infidélité n’est qu’une traduction sexuelle de quelque chose de plus profond,

Beaucoup plus qu’un désir sexuel, c’est une envie de m’être infidèle,

Sans que je comprenne réellement pourquoi.

Handicapé – 1

J’ai tout pour être heureux.

Et pourtant je n’y arrive pas,

Quelque chose m’en empêche.

C’est parfois le souvenir d’un ancien amant,

Ou encore un souci qui me squatte l’esprit.

C’est toujours d’une grande importance

Un problème d’amour, de travail, ou d’argent.

Les problèmes ne manquent pas,

Surtout lorsqu’on leur donne tant d’importance …

Ces soucis m’occupent l’esprit le soir et la nuit.

Pourtant, dès mon reveil le lendemain je ne comprends pas :

Mais comment ai-je pu me laisser dévorer par de telles insignifiances?

Je persiste et signe ! J’ai Tout pour être heureux !

Un mec qui m’Aime,

Une famille aimante et en bonne santé,

Assez d’argent pour vivre un quotidien agréable.

Rien de grave donc, sauf que …

Mon quotidien est bien trop satisfaisant pour me pousser à chercher plus loin.

Celà ne ressemble ni de près ni de loin au Bonheur que je prétends rechercher.

Pire, je déprime, descends, me sens happé et ne sais comment réagir.

Le Bonheur semble impossible, inaccessible, hors de portée.

Est-ce parce que je ne veux pas?

Ces vieilles habitudes qui ruinent le quotidien?

La routine qui m’empêche de vivre mon lot de petit bonheur quotidien?

Je ne crois en rien de celà.

Je pense que le bonheur est une décision qui demande Courage et Sacrifices.

Je pense n’avoir eu le courage ni de prendre cette décision, ni de faire ces sacrifices.

Et je me complais dans mon quotidien satisfant.

Mais le temps passe, et je ne vis toujours pas ce dont je suis le plus capable.

Je pense à Lui – 1

Je pense à lui

Ce n’est pourtant pas à lui que je devrais penser.

Penser à lui est déjà une forme d’infidélité.

Tant pis!

Lui c’est un autre …

Je nous vois ensemble partout.

Peu importe le lieu, lit, balcon, terrasse,

Tous ont pour destination Vénus ou Mars …

La seule pensée de ses baisers me donne le tournis,

Cet enlacement de langues et corps,

Ce monde englouti dans une courte éternité,

Cette perte de notion du temps dans une avalanche émotionnelle.

C’était il y a longtemps,

J’y pense Toujours …

Et telle une mousse au chocolat,

Mon être en veut Encore.

Adrénalinovore

L’avalanche nait dans ses cheveux,
S’étend sur son corps,
Perçant cou, épaules, contractant peau, dévalant avant-bras,
Elle reflue à ses extrémités,
Qui s’étendent comme pour la retenir.

Tsunami le long du dos,
S’échouant parfois au creux de ses reins …
Le corps ne sursaute pas,
Conquis par une chaire de poule rapide, puissante,
L’irradiant jusqu’en son Centre.

Aspirée par l’écran de télévision,
Recevant son shoot d’adrénaline journalier,
Sa conscience n’est plus,
Les Frissons glissent sur elle,
Elle vibre en direct les soubresauts de son héros.

Et lui transmet sa Jouissance.