Sur Oscar Wilde

Prologue

On perçoit Oscar Wilde l’esthète dilettante jamais à cours de bons mots, mais l’homme est beaucoup plus profond que cela.

  • Bien sûr, il s’est inspiré de ce qui se faisait déjà, comme tous les grands écrivains
  • C’est un penseur du langage tel Nietzsche qui lui était contemporain, qui a travaillé sur l’épaisseur phonique et le sens, et a modifié le point de vue de la littérature
  • Il s’est consacré à ce qu’il jugeait de plus haut: La Beauté et la Littérature

Chapitre 1 : Oscar Wilde, écrivain

Wilde l’Irlandais

Wilde disait:

« Je suis celte et non pas anglais. »

Il préférait d’ailleurs le français et le grec ancien.

« Français de sympathie, je suis irlandais de race et les anglais m’ont condamné à parler le langage de Shakespeare »

Son père était chirurgien, et publia deux recueils sur la culture populaire irlandaise, sur les superstitions et contes de fées. Sa mère était une ardente nationaliste et écrivait des poèmes patriotiques enflammés sous le pseudonyme speranza. Il était donc partagé entre un malaise contre cette Angleterre qui n’intervint pas pendant la grande famine de 1845, et malgré tout, une volonté d’être reconnu.

Oxford, John Ruskin et Walter Pater

Récompensé pour ses compétences helléniques alors qu’il était étudiant à Dublin, il bénéficie d’une bourse et entre au Magdalen College à Oxford. Cela marquera le premier tournant de sa vie, le second étant son incarcération.

Ses disciplines favorites étaient la littérature, la philologie, l’histoire ancienne et la philosophie. Il admirait Platon et idéalisait la Grèce antique, notamment car l’homosexualité y était courante.

Il s’intéressait à Hegel car:

  • Si sa pensée visait à saisir l’essence de la vie, elle ne faisait pas pour autant l’impasse sur l’existence concrète.
  • Les professeurs d’Oxford soulignaient la pertinence de la théorie hégélienne de la dialectique, fondée sur l’idée d’une réconciliation des contradictions : Pour que la vie perdure, il faut que chaque chose soit l’autre d’elle-même, et Wilde eut systématiquement recours au paradoxe dans son oeuvre.
  • Selon Hegel, « les vaincus doivent analyser les stratégies du vainqueur »

John Ruskin (1819-1900)

  • Auteur de « Modern Painters« , « The Seven Lamps of Architecture » et de « The Stones of Venice« 
  • Oscar Wilde l’admire et l’appelle le Platon anglais, prohète du bien et du beau.
  • Ruskin prêchait qu’esthétique et éthique étaient liées, ce que ne partage pas Wilde, qui partage son goût pour l’esthétique mais la dissocie de l’éthique, et écrit notamment dans la préface du Portrait de Dorian Gray:

« Il n’existe pas de livre moral ou immoral, un livre est bien écrit ou mal écrit, un point c’est tout »

Walter Pater (1839 – 1894)

  • Homosexuel, universitaire brillant et écrivain apprécié
  • Wilde le rencontre lors de sa 3ème année d’études en 1877
  • Il lui fait lire les Trois contes de Gustave Flaubert (1821 — 1880)
  • Auteur de « The Renaissance« , Wilde l’évoque dans « De Profundis » en 1897 « that book which has had such strange influence over my life« . C’est notamment sa célèbre conclusion qui considère comme une en soi l’expérience  et non pas le fruit de l’expérience que Wilde interprète comme une incitation à vivre son existence -et donc sa sexualité- en dehors de tous repères moraux, alors que Pater évoquait seulement l’effet bénéfique sur l’esprit plutôt que sur le corps.
    Wilde dit à Yates « La trompette du Jugement Dernier aurait dû sonner au moment où il a été écrit« 
  • Au contraire de Ruskin, Pater dissociait le culte du Beau de la contrainte morale. Il opposait aussi à l’idéalisme et au christianisme le matérialisme et l’hellénisme qui avaient sa préférence. Pour Pater, la vie était une succession d’actes fugitifs ; aussi l’esthète devait-il cultiver l’instant. C’est tout le propos de Lord Henry qui exhorte Dorian Gray à vivre pleinement son existence, comme s’il était une caricature de Pater. Lorsque lord Henry préconise le développement d’ « un nouvel hédonisme », il se réfère à la Conclusion de La Renaissance.
  • Si l’on prend en compte les effets désastreux des conseils qu’il prodigue à Dorian, il apparaît que la posture caricaturée de Pater a eu des effets tout aussi dévastateurs sur Oscar Wilde.

 Création d’une réputation : Oscar Wilde en Amérique

  • Oscar Wilde part pendant 1 an aux États-Unis et au Canada pour faire son auto-promotion. C’est une étape importante dans la création de son image.
  • Trois conférences au programme « La Renaissance anglaise », « Les arts décoratifs » et « La belle maison », qu’il révisa sans cesse lors de sa tournée.

Il déclare au douanier:

Oscar Wilde – « Je n’ai rien à déclarer si ce n’est mon génie ».
Réponse de l’officier – « Cela, Monsieur, est un bien qui aux États-Unis n’a nul besoin de protection ».

  • Si Wilde était attendu par les foules en tant qu’apôtre de l’esthétisme, c’est qu’il incarnait un mouvement déjà connu sur place. Le nom de John Ruskin n’était pas inconnu, et Walter Pater avait en Amérique une notoriété considérable. Wilde était donc attendu en tant que porte-parole d’idées jugées importantes.
  • Une autre raison de l’intérêt porté aux idées d’Oscar Wilde est fondée sur la recherche, aux États-Unis, de nouvelles valeurs : par exemple, le désir des femmes de s’affranchir du joug patriarcal, celui des pères et des maris, notamment car elles avaient assumé certaines tâches des hommes durant la guerre de Sécession : Celle du travail, mais aussi celle de l’art et, d’une manière générale, de la création.
  • Mais ces idées bouleversaient aussi une certaine conception de l’ordre puritain qui voyait dans de tels intérêts des préoccupations « efféminées » et « décadentes ». D’où les caricatures de Wilde le représentant sous la forme d’une créature androgyne :
    certains le soupçonnaient de vouloir déstabiliser les frontières ordinaires entre les catégories établies, notamment celles séparant le « masculin » du « féminin ».
  • Le thème central de ses interventions était l’influence de la beauté de l’environnement sur le bonheur humain : entourons-nous de beaux objets pour être heureux ! L’art ainsi intégré dans le quotidien apporterait paix et quiétude : la conception ici défendue était utilitaire
    et moralisante, Wilde se plaçant du côté de Ruskin, bien plus que de celui de Théophile Gautier ou de Walter Pater.
  • Les « arts décoratifs » consistaient à embellir les objets de la vie quotidienne -tapis, papier peint, vaisselle- à la seule condition que ceux-ci fussent fabriqués à la main. Si la machine est efficace, concéda-t-il, elle est privée de « la vitalité du cœur et de la tête de l’artisan ».
  • L’artisanat est mis en valeur, l’exaltation du travail, la beauté du geste, et la créativité des femmes qu’il fallait encourager, des propos subversifs dans une société qui croyait majoritairement à la puissance masculine.
  • Wilde appela enfin de ses vœux la création d’écoles d’art dans les villes américaines.
  • Wilde exhortait son auditoire à n’accepter que le « beau » et l’ « authentique » : « N’acceptez aucun matériau qui en imite un autre, comme du papier représentant du marbre ou du bois peint imitant la pierre et n’ayez aucun bibelot manufacturé ».
  • Puis conférence à San Francisco le 5 avril 1882 « Poésie et poètes irlandais du XIXe siècle » où il défend le génie de son pays natal.

La conquête de Londres, succès littéraires

  • 1887 fut pour Wilde une année de succès éclatants qui, en établissant ses talents de conteur, lui assurèrent la place de premier plan qu’il recherchait depuis son départ d’Oxford.
    • La première œuvre d’importance : « Fantôme des Canterville ».
    • Autre nouvelle la même année, intitulée à l’origine « Lady Alroy » et reprise sous le titre du « Sphinx sans secret ».
    • Puis il publia un autre chef d’œuvre, « Le Crime de lord Arthur Savile », qui appartient au genre alors nouveau de l’histoire policière dont le père littéraire était Edgar Poe.
    • Puis Wilde imagina une autre histoire, « Le Millionnaire modèle ».
    • En Novembre 1886 fut fondé un mensuel, « Lady’s World: a Magazine of Fashion and Society ». Parce que cette publication consacrée à la mode féminine et aux mondanités ne connaissait pas un franc succès, Wilde fut sollicité en avril 1887 pour y assurer la fonction de rédacteur en chef. Wilde examina la proposition, non sans formuler quelques critiques. Lady’s World était un journal « féminin » bien plus qu’un journal de femmes. Il ne fallait pas se contenter de publier des articles de mode : Wilde, qui changea
      le titre du magazine en Woman’s World, voulait que les femmes s’expriment sur tous les sujets et dans des domaines variés (art, littérature, histoire, vie moderne), et que les hommes aient plaisir à le lire et à y contribuer en tant qu’auteurs. Wilde voulait donc avant tout lancer un magazine d’idées avec une forte composante littéraire. Au fil des années, son enthousiasme déclina entre les contraintes techniques, la nécessité de rappeler constamment les auteurs à l’ordre, des ventes stables. Sentiment de
      perdre son temps et son énergie : il n’avait pas réussi à créer le magazine intellectuel et culturel dont il rêvait, les articles se cantonnant souvent à des domaines réputés « féminins » (la « poésie », le jardinage, les enfants), parce que l’immense majorité des femmes, enfermées dans l’idéologie de leur temps, ne songeaient pas à traiter de sujets autres. En octobre 1889, le magazine cessa de paraître.
    • Le 29 mai 1884, il épousa Constance Lloyd. Ils eurent deux fils, Cyril, né le 5 juin 1885, et Vyvyan, le 3 novembre 1886. Mais Wilde, qui était toutefois un père aimant, songeait surtout à sa carrière littéraire.
  • Le 30 août 1889 il rencontre à Londres Joseph M. Stoddart, directeur du Lippincott’s Magazine, qui l’avait invité à dîner en compagnie notamment d’Arthur Conan Doyle. Celui-ci avait publié en 1887 Une étude en rouge, la première d’une
    longue série d’histoires mettant en scène le personnage de Sherlock Holmes. Stoddart demanda aux deux écrivains de rédiger un texte de fiction qu’il se proposait de publier dans son magazine. Conan Doyle rédigea Le Signe des quatre (février 1890), et Wilde proposa Le Portrait de Dorian Gray (juin 1890). Le livre fut terminé au printemps, laissant Wilde épuisé et insatisfait. « Je
    crains qu’il ne ressemble à ma vie, rien que des conversations et pas d’action. Je suis incapable de décrire l’action : mes personnages sont assis dans des fauteuils et bavardent. Je me demande ce que vous allez en penser ». La réception critique fut
    très hostile, fondée essentiellement sur des accusations d’immoralisme. Wilde revendiqua le caractère immoral de ses personnages et affirma :

    « un artiste n’a pas de sympathies éthiques. Le vice et la vertu sont simplement pour lui ce que sont, pour le peintre, les couleurs qu’il voit sur sa palette : rien de plus et rien de moins. Chacun voit en Dorian Gray son péché. Quels sont les péchés de Dorian Gray, personne ne le sait. Et si on les décèle, c’est qu’on les a commis ».

  • 1891
    • Seconde édition du portrait de Dorian Gray. Wilde étoffe considérablement le roman et ajoute une préface, qui est un manifeste défendant de façon définitive le principe de la séparation de la morale et de l’esthétique.
    • Rencontre de lord Alfred Douglas, que sa famille appelait Bosie (d’après « Boysie », déformation de « boy », petit garçon), c’était un très beau jeune homme blond aux yeux bleus, le troisième fils de John Sholto Douglas, huitième marquis de Queensberry.
      Alfred Douglas ne fut pas le premier amant de Wilde mais il est celui par qui le malheur arriva lorsque le marquis de Queensberry attaqua Wilde en justice en dénonçant son homosexualité. Wilde continuait néanmoins à beaucoup travailler.
  • 1892: Rédaction de Salomé, pièce écrite en français, et le théâtre, d’une manière générale, devenait sa préoccupation première.
    • L’Éventail de lady Windermere fut donné à Londres le 20 février 1892
  • En 1892 et 1893, Oscar Wilde rédigea deux nouvelles pièces, Une femme sans importance et Un mari idéal.
  • Enfin, il composa ce qui est son chef d’œuvre théâtral, L’Importance d’être constant.
  • Ces pièces eurent un succès considérable et firent de
    leur auteur un homme riche.

Les procès et la prison

Résumé

  • 28 Février 1895 : Le marquis de Queensberry envoie une carte de visite indiquant « Pour Oscar Wilde qui pose au somdomite [sic] ». Wilde se rend au commissariat avec Douglas -qui détestant son père l’entraîne-, et obtient un mandat d’arrêt contre Queensberry.
  • 2 Mars 1895 : Interpellation de Queensberry
  • 3 Avril 1895 : Procès de Queensberry. Wilde se croit sur une scène de théatre, répond avec esprit aux questions de Carlson -l’avocat de Queensbury- sur ses relations avec de nombreux jeunes garçons. Il commet une imprudence fatale lorsque Carlson lui demande s’il avait embrassé un jeune garçon : « Oh, non, jamais de la vie. Il était particulièrement laid ». Clarke, avocat de Wilde, indique que son client acceptait le verdict de « non-coupable » au bénéfice de l’accusé. Queensbury est acquitté, mais il décide à son tour de mettre Wilde en accusation.
  • Ses livres sont retirés de la vente, les conséquences financières sont désastreuses, tous ses créanciers portent plainte contre lui, il est inculpé.
  • Lors d’un autre procès du 26 avril jusqu’au 25 mai, Wilde fut jugé coupable et condamné pour « outrage aux mœurs » à deux ans de travaux forcés.
  • Il purge la plupart de sa peine à Reading, sous le plus dur des régimes, celui des travaux forcés. Wilde souffrit beaucoup, n’ayant pas le droit d’écrire et subissant de nombreuses humiliations.
  • Quand cela lui fut permis, il se remit à écrire, de janvier à mars 1897. Il travailla quotidiennement à ce qui était censé n’être qu’une lettre adressée à Alfred Douglas, plus tard intitulé De profundis, qui est à la fois un long monologue, un réquisitoire implacable, mais aussi un message d’amour voire une tentative inavouée pour renouer avec Douglas. Sa motivation est de renvoyer Alfred Douglas à sa médiocrité, mais aussi de se reconstruire par l’écriture en remettant de l’ordre dans sa vie.
  • 18 mai 1897, Wilde est libéré.

Détail

  • 28 février 1895: Wilde se rendit à son club, l’Albemarle. Le portier lui remit une carte de visite qui avait été déposée
    le 18 février à son intention par le marquis de Queensberry. Quelques mots étaient griffonnés, peu lisibles et assortis d’une faute d’orthographe :« Pour Oscar Wilde qui pose au somdomite [sic] ».
  • La faute d’orthographe pouvait être imputable à l’ignorance de Queensberry. Quant à la formule, « qui pose », elle était ambiguë : fallait-il la lire comme la dénonciation d’une posture et comprendre « qui se donne l’apparence », ce qui ne veut pas dire « qui est » ? Ou fallait-il entendre plutôt « qui a toute l’apparence de », ce qui aurait été une accusation plus directe ?
  • Wilde fut intimement blessé. Robert Ross, ami de Wilde, lui conseilla d’ignorer l’insulte mais Bosie n’était pas de cet avis : la haine qu’il éprouvait pour son père était extrême, et réciproque, et la seule chose qu’il désirait était de le voir traîné devant un tribunal. Wilde savait que Queensberry était puissant, qu’il avait constitué un réseau d’informations très efficace et que l’accusation d’homosexualité était fondée. Mais, manipulé par Douglas, il se rendit en sa compagnie au commissariat où il obtint un mandat d’arrêt contre Queensberry.
  • Celui-ci fut interpellé le 2 mars et conduit au commissariat puis au tribunal : Lord Queensberry était accusé d’avoir diffamé Oscar Wilde.
  • Le procès de Queensberry s’ouvrit le 3 avril à l’Old Bailey, la cour d’assises de Londres.
  • Queensberry avait lancé dans Londres, et ailleurs en Angleterre, de nombreux émissaires chargés
    d’enquêter dans les hôtels, restaurants et tous les lieux où l’écrivain s’était trouvé en compagnie de divers jeunes gens. Edward Carson, l’avocat de Queensberry, pressa Wilde de questions sur ses relations avec un certain nombre de garçons.
  • Wilde, qui se croyait sur une scène de théâtre, répondait avec esprit. Mais lorsque Carson avança le nom de Walter Grainger, l’un des amants de passage, il demanda à Wilde s’il avait embrassé le garçon. Wilde commit une imprudence fatale en lui répondant

    « Oh, non, jamais de la vie. Il était particulièrement laid ».

    Carson sauta sur l’occasion : la laideur du garçon était-elle la seule raison pour laquelle Wilde ne l’avait pas embrassé ? Carson avait pris le dessus.

  • Clarke, avocat de Wilde, intervint pour préciser que son client acceptait le verdict de « non-coupable » au bénéfice de l’accusé. Le juge invita le jury à se prononcer en ce sens, ce qu’il fit après une courte délibération : Queensberry fut acquitté.
  • Queensberry décida à son tour de mettre Wilde en accusation.
  • Wilde fut déféré devant un juge et dès le 6 avril, les journalistes se déchaînèrent contre lui. Ses livres furent retirés de la vente. Les représentations de L’Importance d’être constant se poursuivirent jusqu’au 8 mai, mais le nom de l’auteur fut retiré des affiches et des programmes.
  • Les conséquences financières furent désastreuses : Wilde était privé de revenus et tous ses créanciers portèrent plainte contre lui, même pour de petites sommes. Bien sûr, Wilde fut inculpé.
  • Un autre procès eut lieu le 26 avril jusqu’au 25 mai, où Wilde fut jugé coupable et condamné pour « outrage aux mœurs » à deux ans de travaux forcés.
  • Il fût mené à Holloway pour quelques jours, puis à Pentonville jusqu’au 4 juillet 1895, date à laquelle il fut transféré à Wandsworth. Le 20 novembre, il fut conduit à Reading, son dernier lieu de détention. À son arrivée à Pentonville, on lui fit savoir qu’il serait soumis au régime de travaux forcés le plus dur. Wilde souffrit beaucoup, il n’avait pas le droit d’écrire et subissait de nombreuses humiliations.
  • Comment résister ? En écrivant quand cela lui fut permis. De janvier à mars 1897, Wilde travailla quotidiennement à ce qui était censé n’être qu’une lettre adressée à Alfred Douglas. Plus tard intitulé De profundis (sur la suggestion de l’éditeur Methuen, cinq ans après la mort de Wilde), ce texte est plus qu’une lettre ; c’est à la fois un long monologue, un réquisitoire implacable, mais aussi un message d’amour voire une tentative inavouée pour renouer avec celui que l’écrivain accable de reproches.
    Wilde s’explique en partie sur les raisons qui l’ont poussé à écrire.

    • La première est de renvoyer Alfred Douglas à sa médiocrité. Aussi une grande partie de la lettre est-elle consacrée à ses travers, à sa futilité et à son ingratitude.
    • L’autre raison, plus forte, est le désir de se reconstruire. La question est de savoir comment un homme parvient à se recomposer après l’expérience la plus accablante qui soit, celle de l’incarcération et de ses nombreuses humiliations. La réponse est l’écriture. Grâce à l’autobiographie, Oscar Wilde reprend sa place comme artiste. Il entend, par ce biais, redonner corps à son nom « traîné dans la boue ». Ce faisant, il défend la forme contre l’informe, qu’il associe, sans doute de façon caricaturale, à Douglas et à la vie passée à ses côtés.
      Par l’écriture, l’homme humilié remet de l’ordre dans sa vie.
  • Le 18 mai 1897, Wilde quitta la prison de Reading. Un fiacre le conduisit à la gare de Twyford d’où il prit un train pour Londres. Un second fiacre le mena à Pentonville où se fit la levée d’écrou. Le lendemain matin, à six heures et quart, Oscar Wilde était libre.

Mort et Transfiguration

Resumé

  • Wilde se rend en Normandie, commence « La Ballade de la Geôle de Reading« , revoit Lord Douglas puis part à Naples.
  • L’argent manque, de plus sa femme -sachant qu’il avait repris sa relation avec Douglas- annule la pension qu’elle lui versait. Il quitte donc Naples et revient à Paris, où il mourut en 1900.
  • Il doit subir une opération de la gorge, payée par ses amis, puis erre à nouveau sur les boulevards en quête de garçons de passe, avec le sentiment de vivre un cercle infernale qu’il nomme « Le Cercle des Boulevards », il continue à voir Bosie.
  • Il croise Gide et boit un verre avec lui, bien que celui-ci ressent « une absurde honte » craignant d’être vu avec lui.
  • 31 janvier 1900 : Mort du marquis de Queensberry
  • Wilde passe de nouveau quelque temps en Italie et en Sicile, mais sa santé se détériore, il meurt le 30 novembre 1900.
  • Enterrement à Bagneux, puis en 1909 son corps fut transféré au cimetière du Père-Lachaise.
  • Parution de « De profundis » en 1905
  • 14 février 1995: un vitrail lui est dédié à Westminster Abbey à Londres : Oscar Wilde est enfin officiellement reconnu par le pays qui l’avait condamné.

Détail

  • Wilde se rendit rapidement à Newhaven afin de prendre le bateau pour la France et s’installer d’abord à Dieppe puis à Berneval-sur-Mer. Il s’y sentait bien et les conditions psychologiques et matérielles étaient réunies pour que l’écrivain se remette au travail.
  • Le 7 juillet, il annonça que dès le lendemain il commencerait à composer un poème, qu’il intitula plus tard la Ballade de la Geôle de Reading. La rédaction fut achevée en décembre, qui est la dernière œuvre de Wilde.
  • Il revoyait aussi lord Alfred Douglas et finit par se lasser de la Normandie : il ne songea plus qu’à une chose, partir pour l’Italie, plus précisément à Naples.
  • Le 25 septembre 1897, Wilde, une fois arrivé à Naples, s’installa en compagnie de Douglas dans un premier temps à l’Hôtel Royal des Étrangers puis dans une villa sur la colline du Pausilippe. L’argent manquait et Constance, qui versait une pension à son mari, dont
    elle avait refusé de divorcer, menaçait de suspendre ce versement. Elle savait que Wilde avait repris sa vie avec Douglas, ce qui était pour elle intolérable. Le 16 novembre, Wilde apprit que la pension octroyée par Constance ne lui serait plus versée.
  • Il quitta Naples le 13 février et loua une chambre dans un petit hôtel de la rue des Beaux-Arts, l’hôtel de Nice, situé non loin de l’hôtel
    d’Alsace où il mourut moins de deux ans plus tard.
  • Une satisfaction, tout de même, la publication de la Ballade de la geôle de Reading connut un grand succès.
  • Et un chagrin : le 7 avril 1898, Constance Wilde, devenue Constance Holland, le nom de Wilde étant devenu très lourd à porter, mourut à Gênes à l’âge de quarante ans après avoir subi une opération de la colonne vertébrale.
  • Wilde dut subir une opération de la gorge liée aux infections contractées pendant les années de prison ; certes, l’opération se passa bien mais il se trouva dans l’impossibilité de payer les médecins. Quelques amis, prêts à lui venir en aide, furent sollicités.
  • Une fois remis, il reprit ses errances sur les boulevards en quête de garçons de passe, tout en déplorant de n’avoir pas les moyens de s’acheter des cigarettes et de l’alcool : il avait le sentiment d’être plongé dans le plus effroyable des cercles de l’Enfer qu’il baptisa « Le Cercle des Boulevards ». Il voyait par ailleurs Bosie très souvent, et il leur arrivait de croiser de vieilles connaissances.
  • Un soir, Wilde, installé à une terrasse de café, aperçut André Gide qu’il appela par son nom. Celui-ci, embarrassé d’être vu à ses côtés, s’assit néanmoins à sa table, dans un premier temps en tournant le dos aux passants. Wilde le pria de s’asseoir près de lui face à la rue, ce qu’il fit malgré ce qu’il décrivit plus tard comme « une absurde honte ». Gide fut également frappé par l’apparence de Wilde :

    « Wilde était encore bien mis ; mais son chapeau n’était plus si brillant ; son faux-col avait même forme, mais il n’était plus aussi propre; les manches de sa redingote étaient légèrement frangées ».

  • Pourtant Wilde ne voulut pas perdre la face. Bien qu’il reconnût être « absolument sans ressources », il tint à l’inviter. Il lui donna aussi une leçon, lui expliquant que lorsqu’il était « riche, joyeux, couvert de gloire » et qu’il avait rencontré Verlaine ivre mort, il s’était senti honoré d’être aperçu à la table du grand poète.
  • Le 31 janvier 1900 disparut le marquis de Queensberry.
  • Wilde passa de nouveau quelque temps en Italie et en Sicile, mais sa santé se détériorait. Il ne se remettait pas de ses deux années de prison, d’autant qu’il y avait fait une chute qui l’avait grièvement blessé au tympan. L’infection gagnait du terrain et il dut être opéré le 10 octobre 1900. Ses quelques amis, dont Robert Ross, lui apportaient une aide financière mais sa situation matérielle était devenue catastrophique.
  • Fin novembre, Wilde dut s’aliter et le 30 novembre, il mourut dans sa chambre d’hôtel.
  • Son enterrement eut lieu à Bagneux le 3 décembre et c’est là qu’il reposa jusqu’en 1909, date à laquelle son corps fut transféré au cimetière du Père-Lachaise, une donation ayant permis de financer le transfert puis la construction du tombeau que l’on connaît.
  • En 1901, L’Éventail de lady Windermere fut mis en scène au Coronet Theatre de Londres, il est vrai sans nom d’auteur.
    La même année, Salomé fut jouée à Berlin et, en 1905, fut créée à Dresde la Salomé de Richard Strauss dont le livret est fondé sur la pièce de Wilde. L’opéra fut jugé « hystérique » par Cosima Wagner, veuve du musicien.
  • De profundis parut en 1905 dans une version expurgée en raison de l’hostilité d’Alfred Douglas qui n’y voyait que des calomnies, mais si Oscar Wilde était toujours un paria en Grande-Bretagne, ce n’était pas le cas en Allemagne et en France où il était considéré comme un grand écrivain.
  • Ainsi, peu à peu, tout au long du 20e siècle, se développait l’idée que, contrairement à ce qu’avait affirmé André Gide, c’était dans son œuvre, et non pas dans sa vie qu’Oscar Wilde avait mis son génie.
  • Le 14 février 1995, soit un siècle jour pour jour après la première de L’Importance d’être constant, un vitrail lui fut dédié dans le transept sud de Westminster Abbey à Londres : Oscar Wilde était enfin officiellement reconnu par le pays qui l’avait condamné.

La fin du social

Il est curieux de constater comme, parfois politique et personnel se rejoignent…
Ainsi, alors que le socialisme traverse sa plus grande crise européenne, je prends soudain conscience de la vacuité du « social » ou du petit théâtre des relations humaines, basées sur l’image de l’Autre.
Partagées parfois entre acteurs et spectateurs, les uns et les autres sont prisonniers de leurs rôles respectifs.
Et tout cela est absolument ennuyeux, à mourir.
Cela signifie t’il pour autant que l’autre n’est plus rien? Non à condition que les relations soient plus franches, et donc moins dans l’image, ce qui implique moins d’effort et plus de naturel, ce qui nécessite parfois de gros réajustements.
Bien sûr, cela n’est pas toujours possible. Certains vont demander des explications, ce qui est d’autant plus impossible que, comme l’a très bien dit Lacan, « pas tout…« 

Ma drogue à moi

La drogue n’est pas qu’une substance chimique d’origine externe
Telle la cocaïne ou l’héroine…
Certains comportements aussi sont addictifs,
Mais la Science ne les a peut-être pas encore bien détectés.

Ma drogue à moi c’est le « Bon Garçon ».
Cette belle image de moi renvoyée par les autres agit tel un anxiolytique.
Malheureusement, je ne suis pas tel que vous le pensez.
Ce qui fait donc de moi un imparfait inconnu!

Pour être un « Bon Garçon », je suis prêt à dire le contraire de tout ce que je pense,
Jusqu’à trahir mes plus profondes convictions… Volatilisées!
L‘amnésie s’installe comme un éléphant applatit une fourmi,
C’est à dire dès l’instant même où ma drogue commence à faire effet.

Oh, je vous entends ricanner penser:

« Mais rien de bien grave jusqu’ici!
Chacun doit faire des efforts en société!
Et surtout, ne soyons pas égoïste!
Un peu d’altruisme n’a jamais fait de mal à personne, que diable! »

Alors, le bon garçon vous écoute, s’efforce et suit vos bons conseils.
Mais patatra, l’inconscient fait des siennes!
Lapsus à répétition, tristesse, négativité, dépression, descente aux enfers…

Le « bon garçon » est un bombardier allemand au dessus de Londres,
Chargé d’autant de bombes que d’efforts réalisés…
Dans une vrille qui semble sans issue, il se décide enfin à tout lâcher.

Miracle, il reprend doucement de l’altitude.
À 38 ans, il était grand temps …

Improphile

Tout est dans les nuages …
Et plus seulement nos rêveries …

Bientôt, tout battement, du coeur jusqu’au cil sera ausculté,
Dans ce grand projet de santé mondiale que sera la télémétrie vivante.

Mettra t’elle à jour le mystère de la pensée?
Découvrira t’on encore ce que l’on sait déjà?
À savoir par exemple, que l’animal pense et sent aussi!

Oh, quelle grande découverte scientifique quand on en aura enfin la Preuve!
Prix Nobel et applaudissements à la clé …

Mais que cache donc notre estimable besoin de certitude?
Une envie de ne plus trop se casser la tête, peut-être?

L’homme-en-données sera t’il décodé, compris -et donc Vaincu– par la Machine?
Ce progrès s’accompagnera forcément -encore- d’une nouvelle perte de liberté …

Alors que les grands électrodes cérébraux rappliquent à toute vitesse,
L’Humanité est-elle en péril ou réellement en progrès?

Et que devient l’Art?
Appauvri par un effet de gravitation scientifique menant droit au trou noir cérébral …
La Science pour savoir, certes, mais cela n’est pas tout!
Il y a d’autres choses dans la vie!

Elle promet l’Avenir mais prépare un Enfer-sous-contrôle,
Comme le fit avant-elle -mais dans une moindre mesure- sa prédécesseur éclairée …

Le progrès serait réel s’il était accompagné par un contrôle démocratique.
Mais l’attaque est généralisée
Combien de temps tiendront les états et les langues
Avant d’être vaincu par cette grande lessive globalisante?

Nous parlons déjà tous anglais,
Quand serons-nous tous américains?

Pourvu que ça tombe à côté

Ce début de 21ème fonçait dans une direction inquiétante.
La douceur du quotidien semblait parfois altérée par une dimension parallèle,
L’angoisse perpétuelle d’une violence à venir,
Étrange atmosphère d’un ciel orageux dont on admire fébrilement la beauté …

Pourvu qu’ça tombe à côté

L’impuissance politique était portée à son comble,
Les scientifiques invitaient le monde à agir pour empêcher l’apocalypse,
Certains pensaient heureusement être sauvés par le progrès.

Le système médiatique diffusait la peur pour augmenter ses revenus publicitaires.
Actualités morbides, séries télévisées à suspense et autres films d’horreur,
Les annonces apocalyptiques pleuvaient,
Et maintenaient l’instinct de survie en alerte …

Parc’que ça servira p’tet bien un jour…

En effet, l’homme était réduit à l’état de zombie,
Pas celui fantasmé du coin de la rue,
Sinon le spectateur exposant ses neurones à ce grand lavage de cerveau collectif.

Cette culture d’angoisse conduit droit à la régression.
Il faut donc prendre toutes les mesures nécessaires afin de s’en préserver.
Cultiver une résistance basée sur des plaisirs simples,
Si accessibles et pourtant si difficiles d’accès.

La fin du petit rêve

Rêvons un peu ferme donc ses portes pour rendre sa place à Antoinet.
Comme si le rêve n’avait jamais réellement commencé,
À moins qu’il n’ait été qu’un artifice?

En effet, votre serviteur est incapable de ne rêver qu’un peu…
C’est soit l’âpre réalité ou le fantasme fou,
La tablette de chocolat entière ou complètement consommée, il faut choisir,
Pas d’entre deux!

J’ai certes ressenti de nombreuses fois que certains textes, trop réels peut-être, n’avaient pas leur place ici,
Puisqu’il était parfois question aussi de cauchemars…
Mais pas de feintes excuses, ce n’est pas un nom qui empêche d’écrire!
Sinon une flemmardise un peu trop cultivée à coup de desserts chocolatés,
Le sucré pour échapper à la réalité et amortir sa soi-disant dureté,
Lorsque fuir devient urgent, c’est que le réellement nécessaire ou encore le nécessairement réel est trop angoissant…
L’angoisse de l’inconnu pire que celle de la mort disait Lacan.

Mais, un homme peut retrouver la face,
Ne serait-ce qu’une minute avant sa mort,
Malgré toute l’angoisse qu’elle lui procure,
Et partir sur une bonne impression…

Et pour ma part, j’aimerais pouvoir écrire encore cent ans!
Pas une minute à perdre donc,
Je m’y remets dès maintenant,
Et j’efface cette berceuse pour tenter de la remplacer par un âpre désir d’incandescence,
Ce truc qui ne peut se vivre qu’au présent!

Ces envies qui font qu’on le reste

Pardonne-moi de t’interrompre dans ce grand moment d’ennui…
En fait, je ne sais si je t’interromps ou te soulage…
Je te voyais tellement absent, pris dans une rêverie, ou un fantasme peut-être?
En fait, derrière ce visage en apparence calme et inexpressif, ton inconscient tapait à ma porte…

Ô rage ô désespoir ô viellesse ennemie !
N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?

J’ouvrais la porte, le priais de s’assoir lorsqu’il me fit part de ses envies…
De partir en vrille, d’extase, d’exaltation oui,
De ces envies qui nous poussent à brûler la vie par les deux bouts et nous empêchent donc de le rester…
Jamais rassasiées tel un ogre avide de petits enfants,
Une drogue, l’héroïne qui, d’exploits en exploits nous porte sur des sommets,
Oui l’inconscient était entré et il criait pour que nous partions vite loin fort à tout jamais, pitié Aaaahhhhh!
Faire quelque chose qui lui donne une impression de vivre bien que cela conduit droit vers la mort!
Bien que n’y tenant plus, je ne cédais pas à ces envies…
Je refermais doucement la porte et vivais l’instant avec cette douceur incomparable qui accompagne l’ennui.
En un mot, j’étais heureux, simplement, et simplement heureux…

Poésie à sants

Le quai d’une gare n’est jamais magnifique, et pourtant, il arrive quelquefois d’un simple détail pour transformer le cadre…
Je m’assieds sur un banc en attendant mon train vers un ailleurs à la fois lointain et proche,
J’entends un faible son ou plutôt un rythme à base de croche deux doubles..
Je lève la tête et voit en face, de l’autre du quai, deux filles et un garçon assis sur le banc d’en face…
La première sur la gauche est vêtue de noir jusque ses cheveux,
La seconde porte un manteau blanc,
Le troisième est vêtu de noir mais son jean est troué au niveau des genoux…
Bercé par le rythme, il pose doucement sa tête sur la fille vêtue de blanc,
Une épaule confortable, mais… Celle-ci se lève et laisse son manteau blanc !
Bien embêté par cet oreiller qui déménage, le garçon se déplace doucement sur l’autre siège, s’assied sur son manteau, puis demande à sa nouvelle voisine si elle peut rapprocher son épaule et pose la tête dessus.
Tam talata tam, le rythme le berce à nouveau et il sombre lorsque son ex voisine revient, lui demande son manteau et par vexée alors qu’il sombre à nouveau non sans se demander s’il ne devrait pas courir le chercher…
Le contraste est saisissant entre le non design utilitaire du quai de gare de sants avec ses lumières couleur néon, et la douce beauté de ces trois compères…

Ulysse et les sirènes, deuxième

La bonne humeur rapatriée en urgence?
Malaka oui, c’est possible, mais sans ambulances ni sirènes hurlantes!
Ulysse, de retour en Grèce, les renvoie prestement à ces abysses auxquelles elles appartiennent !
Soudain donc, la Grèce, berceau de la démocratie européenne,
Mais aussi, et surtout, leader intergalactique de l’art de vivre, tout du moins avant le grand crac de…
2009?
Ou 2010?
Ou bien 2011?
Mais encore 2012?
Ah bon c’était peut-être bien 2013?
À moins que 2014?
Mais attendez, la France, elle, est en crise depuis 1977.
C’est bien simple, c’est la crise tout le temps! On étouffe !
La crise interminable, la crise parce que quels que soient les efforts, ils ne sont jamais suffisants.
Il faut toujours donc faire des sacrifices, baisser les salaires, gagner en compétitivité, pour retrouver des poings de croissance afin de pouvoir ex-porter.
Et blablabli ! Et blablabla !
Ce ne sont que des prétextes pour frapper sur des populations…
On connait la petite musique lancinante, hypnotisante,
On finit tous par y succomber en lisant « les média », et donc par fermer sa gueule, et bosser telle une machine.
C’est tout simplement l’effet du chant des sirènes… On l’écoute et puis à trop vouloir comprendre, on en perd son âme…
Et pendant ce temps là, les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent,
Non mais à quoi bon bosser lorsque le travail devient esclavagisme ?
Et donc les grecs, ce peuple surdoué dans l’art de vivre et épargné jusqu’ici par ces potions amères, se sont fait littéralement massacrer pendant 5 longues années par une bande de brindezingues obsédés par les chiffres et totalement déconnectés de la réalité … et pire, des gens au point de les considérer comme quantité négligeable devant les chiffres…
Oui, des extrémistes.
Et c’est donc à ce prix que des familles ont perdu toutes leurs économies pour renflouer les caisses des banques…
L’Argentine, pays magnifique, savant mélange d’Europe et d’Amérique ne s’en est pas encore remise, quinze ans après l’administration forcée de la même potion, rendez-vous compte …
Et puis soudain, Miracle!
Fin de la tragédie grecque !
Non seulement un parti de gauche arrive au pouvoir, ce qui n’était pas arrivé depuis les années soixante dix…
Parce que le comble c’est que c’est la même droite qui a coulé l’économie du pays qui prétendait la sauver!
Mais, en plus, un ministre des finances de gauche beau, intelligent, brillant stratège et bon communicant apparaît!
Ulysse! Te voilà, sublime ! J’en tombe à la renverse !
Ah, mes amis grecs, vous avez osé, oui!
Je n’ai rien vu venir, je n’y croyais plus!
Et vous nous sauvez aussi de l’affre du dimanche soir et de sa sombre compagne : la sourde angoisse du lundi,
Cette machine outil que l’on appelle Travail et dont le bruit du lendemain empêche parfois de dormir la nuit…
Mais ce soir je respire car…
Oui c’est bien cela j’ai soudainement retrouvé la voix la plume mais aussi l’espoir perdu dans cet outrage…
Plus que jamais, les grecs sont des dieux et les dieux sont grecs,
L’avenir de l’Europe commence en Grèce et ce, pour l’éternité !
Ulysse, Ainsi soit-il,
Adieu Austérité et pendant qu’on y est Adieu Alain Juppé !
Vive la croissance, l’expansion, la grandeur, le bien-être, la vie !

Non au mac do de l’esprit: Je vous aime Charlie

Il y a  certaines choses terrifiantes dans la vie…
L’assassinat de Charlie Hebdo en est une.
La fatwa lancée 200 ans après notre révolution française pour réduire au silence Ahmed Salman Rushdie en est une autre.
J’éprouve un sentiment proche de celui du onze septembre, mais avec l’espoir en plus : On a touché le fond. Les tentatives de récupérations ne marcheront pas.
Rejouer le coup des guerres de civilisation est certes à la mode, mais la ficelle est un peu grosse et surtout usée. Il serait peut-être temps de cesser ces visions réductrices qui associent islam et meurtres et se poser des questions de fond :
Comment a réagi la société espagnole devant les attentats d’ETA tuant des milliers de civils espagnols, oui des milliers! A t’on assimilé pour autant basque et terrorisme ?
Et l’Angleterre protestante avec l’IRA? Les catholiques étaient-ils tous  suspects ? A t’on rallumé les guerres de religion ?
Et Israël avec l’attentat contre Yitzhak Rabin où, curieusement, le pays semble s’être laissé emporté par son agresseur d’extrême droite qui aura réussi à tuer non seulement l’esprit d’un homme mais aussi, et surtout un processus de paix !
On peut donc choisir après un acte comme celui-ci, et cela peut-être un choix fondateur.
La France est à la croisée des chemins, mais pas sur le chemin des croisés comme cela plairait à certains… Car, je crois que les français ne sont pas les rhinocéros de Ionesco. J’ai décidé de croire en mon peuple, en mon pays.

Dans ces moments complexes, une hygiène de la tête est néanmoins conseillée : Tout d’abord éviter les quarante mille analyses en boucle de ces médias qui font du sensationnalisme, des larmes et vendent du temps cerveau disponible… Ne pas s’isoler pour autant mais écouter les médias avec parcimonie en sélectionnant des sources variées et de qualité.

En effet, les cinq sens forment notre perception et nous permettent d’accéder à une réalité partielle.
Telle notre cuisine qui cultive le goût, il nous faut donc aussi cultiver la liberté de penser. Et pour cela, éviter les mac do de l’esprit. C’est à mon sens le meilleur hommage que l’on puisse faire à ces hommes libres morts dans leur art. Oui, je vous aime Charlie.

Pour une Mémoire Vive

Aller mieux commence souvent par une prise de conscience dérangeante…
Mais ensuite, comment ne pas l’oublier?
Un quelque part en soi meurt d’envie que cette perturbation s’efface afin que tout redevienne comme avant…

Le conatus de Spinoza est une force de la nature insoupçonnée pour que le quotidien persiste à continuer d’exister.

Au réveil, le rêve s’échappe au grand galop, et l’oubli chasse ces nuages de l’âme perturbants.
Et tout redevient comme avant. Et l’on tourne à nouveau dans l’infernal cirque de la vie quotidienne…

Alors, comment garder cette mémoire vive allumée?
En opposant l’optimisme de la volonté au pessimisme de la pensée! Oui Je veux!

Objet Volant Non Identifié

C’est le retour de l’ovni, virevoltant de droite à gauche, ou de gauche à droite.
Cet objet si imperceptible mais présent à la fois, qui empêche bloque capture l’esprit, crée frustrations et colère, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie puis à la rage.
Alors, la seule manière de sortir de l’objet c’est d’écrire et donc reprendre une hauteur pour transformer le sacrifice en générosité.
Retrouver son centre sans chercher à être entendu, mais avec des mots qui glissent depuis ma bouche à votre oreille comme si je vous embrassais.
Écrire telle une nécessité supérieure, j’allais dire une hygiène, mais non quelle horreur!
Et pourtant, telle une douche tiède froide ou chaude, un bain aux arômes relaxants, l’écriture est l’hygiène de l’âme. Elle peut en être aussi bien les chiottes qu’une toilette de chat ou un moment sensuel.
Les médecins de demain tout comme ceux d’hier recommandent d’écrire quelques lignes en plus du petit verre de pinard et de la petite marche quotidienne…
Mais tout cela ne serait rien que de la merde s’il ne s’agissait pas de moments privilégiés avec soi-même, des moyens détournés d’atteindre une forme de grâce dans l’oeil du cyclone.
Un simple prétexte donc pour discuter avec soi-même…

L’Amour dans un grand huit

Demain je ne t’aimerai plus du tout, ce sera la fin de notre histoire.
Aujourd’hui je t’aime un peu et tu me sembles quelconque,
Hier je t’aimais passionnément, tu étais magnifique!
C’est l’Amour tel un grand huit,
Qui monte, descend, mais toujours à pic!

Ponctualisé par ces notifications venues d’ailleurs qui nous perturbent à présent.
Un message et soudain la réalité change,
De la pénombre à la lumière,
Je ne t’aime plus, j’en aime un autre,
Ou encore j’ai envie de tous ces autres.

Et puis il y a ces paroles d’amour prononcées hier et qui sonnent faux aujourd’hui.
Je ne t’aime plus ou serait-ce que je ne veux plus t’aimer pour pouvoir aimer le prochain?

L’Amour tel un grand huit est quelque chose de brutal,
On en sort secoué, remué, avec une forte envie de vomir qui peut durer des semaines…
Que faire sinon rompre quand les sentiments font du yoyo?

Ici, là

Nous étions là, en train de siroter tranquillement une menthe à l’eau à l’ombre tandis que le soleil fessait les joues de nos voisins alcoolisés à la recherche d’un bronzage accéléré.
Nous discutions tranquillement de ces paradoxes de début de siècle, de ce mélange de chaos interconnecté dont nous arrivions parfois à nous protéger en s’éloignant de médias apocalyptiques et d’incessantes interruptions électroniques.
Nous prenions du plaisir dans une conversation aussi tranquille que réfléchie, dans un monde qui ne laisse plus de place qu’à la réaction où le cerveau humain semblait remplacé par le moteur à explosion d’un avion.
Une boîte crânienne en décomposition pour cause d’harcèlement électronique dont nous étions incapables de décrocher, une drogue dure à base d’adrénaline pure entretenue par de faux suspense quotidien à base de séries, films d’horreur et autres annonces apocalyptiques.
Et pourtant, parfois, l’Amour – oui l’Amour avec un grand A – était encore possible. Même avec le lavage de cerveau d’une société détruisant à son insu les individus qui la composait. L’Amour faisait de la résistance alors que le don d’une partie de soi n’était plus franchement à la mode. L’Amour résistait héroïquement à l’assaut. Il tenait des jours, des semaines voire des années, cerné par un étau qui imposait le plaisir en priorité, l’infidélité en modèle préconisé par ces inconformistes éclairés dont l’esprit était en fait resté bloqué au dix neuvième siècle.
Il fallait être têtu et pourtant parfois on finissait par céder dans un moment de faiblesse. Et l’ombre du plaisir Roi s’abattait sur nous tel un orage qui semblait ne jamais cesser. Nous étions fait comme des rats, mais, dans des moments de hauteur vertigineuse, on riait de ce piège à cons redoutable qui bientôt nous reprendrait.

Une petite dernière ou ce paradis futur

La religion catholique, oui je sais ça commence mal, peut jouer ses meilleurs tours aux plus athées d’entre nous. À ceux qui le sont par opposition plutôt que par conviction, surtout.
Combien reportent leur plaisir indéfiniment « à plus tard », aimantés à leurs devoirs et obligations, surtout celles qui ne dépendent que d’eux même.
N’est-ce pas l’une des meilleures illustrations d’une croyance inconsciente en un paradis -le plaisir-, remis systématiquement c’est à dire éternellement à plus tard?
Serait-ce une forme de suicide que de remettre un plaisir quel qu’il soit, immédiat, quelque chose que l’on peut vivre là maintenant à un plus tard incertain?
Le report du plaisir à plus tard serait donc un sacrifice de ses envies qui peu à peu gangrène un être jusqu’au plus profond de sa moelle.
La guérison est à la fois simple et complexe. Il faut parvenir à suivre ses envies, et pour les emmerdes, et bien on verra plus tard, éventuellement.

Ainsi donc, aux fourmis qui reportent leur plaisir à « plus tard » s’ouvrirait un paradis éternel aussi incertain que le soleil du lendemain alors que pour les cigales du jour d’hui, les plaisirs quotidiens les précipiteraient dans les ténèbres éternels!

¡Pues vaya mierda, hoy quiero disfrutar, y mañana también!

Paradoxes

La direction était choisie, la ligne bien tracée, et en avant marche!
Une deux une deux une deux, le soldat progresse,
Le travail est abattu comme une opération commando,
Et soudain, l’acte manqué, le Patatra!
Oublis … des clés, de prendre ses médocs, de fermer la porte…
Alors ralentissement … stop … arrêt sur image … réflexion …
Mais que se passe t’il?
Les certitudes s’écroulent, la conscience tel un soleil embrumé apparaît:
Sa vie est une chute libre.

Alors, il ouvre par hasard une de ces portes refermée il y a longtemps,
Un compartiment comme dirait l’Autre,
Et tombe « par hasard » sur le message d’une vie antérieure.
Il réalisa soudain que la vie en opération commando n’était pas pour lui,
Pour les autres peut-être …
Mais, incapable de fixer la date de l’armistice,
Il retomba instantanément dans son inlassable chute …

L’âge Atomique

C’est l’histoire de deux amis, éternels adolescents,
Deux poètes, rebelles, au verbe incandescent qui transperce une banquise.
De quoi réveiller cet amour passé, jamais oublié,
D’un doux soleil caressant le brouillard de Novembre.
Impénétrable, défense insoumise, tyran enfoui…

Au fur et à mesure que le sirocco souffle,
Les vestiges d’amour préhistorique s’éveillent,
Telle une faille spatio-temporelle, le passé au présent.
Et les doutes d’une maturité nouvelle surgissent.
Et si … le tyran n’était pas « que lui »?

Le décalage est parfois frappant,
Le changement, l’adaptation, l’oubli,
Le matérialisme, la société, le refus de choisir,
De prendre un risque, celui de perdre,
Mais d’être vraiment soi peut-être,
Et s’assumer, enfin, peut-être, un jour, ou bien jamais?

Le sourire du Chat

Nu, revêtu simplement de son élégance singulière,
Il avance nonchalant, dans un silence teinté de mystère,
Il déambule, sa silhouette est belle et dédaigneuse à la fois.

Sans un regard, tressaillement d’oreille ou mouvement
Qui trahirait le quelconque intérêt qu’il me puisse porter …
M’en voici donc convaincu: Mon Chat me snobe!

Et pourtant je le traite en Dieu …
Je l’héberge le câline l’aime depuis que j’eus le privilège d’être son élu.
Je le nourris, m’extasie, porte l’adoration jusqu’à nettoyer son cabinet …

Je suis son petit homme, servant, esclave volontaire …
Mais si « mon » chat n’existait que pour être adulé?
À moins que je n’existe que pour me prosterner?

Du haut de son regard abyssin, il me nargue avec son sourire matois,
Me prend de haut, et semble se moquer de ma condition de pauvre humain
Bougeant parfois à peine une oreille en guise de consolation …

Aux fusilleurs de l’Amour

À vous les fusilleurs de l’amour!
Vous vous croyez modernes, mais prescripteurs nihilistes, voilà ce que vous êtes!
Et si je vous méprise autant aujourd’hui, c’est qu’hier, vos croyances je fis miennes,
Et c’est à la ruine de l’âme, du corps, au coeur de l’abime qu’elles m’ont mené.
Au suicide, voilà ce que vous appelez inconsciemment de vos vœux!

Vous ne comprenez rien a l’Amour et vous vous en déclarez maîtres.
L’Amour serait donc une alchimie basée sur les points communs entre deux êtres.
Chacun, suivant sa catégorie sociale, aurait droit à un alter ego.
Nous serions donc constamment dans la recherche d’un mieux!

Être d’accord en guise de jouissance ultime.
Demain, l’algorithme permettant à chacun de trouver son Autre rendra l’humanité paradisiaque.
La solitude éradiquée, ces « parfaits binômes » pourront procréer pour le plus grand bonheur d’une société archéo-parentale comblée par une technologie assouvissant ses rêves les plus fous.
Certains, une poignée d’ambitieux ne se contenteront pas des propositions formulées par « le système ». Ils trouveront des moyens de se marier avec quelqu’un dans une catégorie supérieure, tels les mariages entre bourgeois et nobles du 18eme siècle en guise de réussite sociale!

Mais pourtant, une courbe que l’on choisit d’ignorer tous les jours démontrera une çroissance de la misère intellectuelle.
Celle du suicide, drame d’une société réglementée qui encadre l’humain et le tue de l’intérieur.

Fuyons mes amis! Résistons à cette propagande nihiliste!
N’en doutez pas, si personne ne comprend rien a votre Amour, c’est qu’il est véritable car de par sa nature, il est incompréhensible.

Bientôt, nous aurons des capteurs dans le cerveau.
Ils nous indiquerons si nous sommes heureux ou tristes.
Nous serons alors invités à réagir en conséquence pour redresser la situation, car bien sur, la tristesse doit être évitée.
Un projet de loi pour éradiquer la tristesse sera approuvé à l’unanimité par des « politiques hommes ».
En robots hédonistes à la volonté annihilée nous serons donc transformés.

D’ici la, je serai loin mais parmi vous,
Jouant la comédie de la ressource humaine,
Amoureux fou ou Fou furieux, je n’ai pas encore vraiment décidé…

L’amant

Je fermais les yeux et son visage apparaissait. Je ne pensais pas m’être autant attaché à ce garçon. Il ne s’était encore rien passé entre nous, quelques conversations, des sourires inconscients comme lorsque deux personnes apprécient le moment, une voix un peu plus aiguë peut-être, la recherche de sujets de conversation tout à fait banales pour faire durer ces trop brefs moments passés ensemble, car ni l’un ni l’autre n’avait pu, n’avait su demander le numéro de téléphone, trop concentrés sur le moment, pas du tout sur le coup d’après.
Il n’était pas là donc, alors que justement, précisément c’était le soir où je comptais l’inviter à boire un verre, pour prolonger enfin ces conversations trop courtes, se rapprocher, s’embrasser peut-être. Alors que c’était le soir où je pensais à l’après, il n’était pas là, comme un coup de tonnerre pour me rappeler qu’il n’y aurait jamais de suite, que tout se vivrait toujours dans l’urgence du présent, et qu’il faudrait se contenter de celà, pour l’éternité. Le reste nous était interdit, nous étions maudits pour cause d’adultère, mon superbe amant ne serait que chimère, il me fallait me rendre à l’évidence, peut-être même ne le reverrai je jamais plus.
On l’avait assassiné pour empêcher un bonheur futur, l’antérieur cherchant à prévenir le naufrage qui s’annonçait.
Ou bien pire, il avait eu peur et n’oserait plus jamais me recroiser.
C’était la fin d’une histoire qui n’avait jamais commencé, et dont le seul déroulement avait été dans ma tête.
Mais s’il y avait une seule chance – si petite soit-elle – pour que cette histoire eût lieu, je me promettais de tout mettre en oeuvre pour pouvoir la vivre, et rien ni personne ne pourrait m’arrêter.

Le nageur

Contrairement à l’autre vestiaire, il n’y a pas grand chose à attendre de celui ci, ou bien je n’ai rien à craindre, c’est selon, un peu des deux sans doute, une angoisse qui cache beaucoup d’envie.
Et pourtant, mon petit doigt ne semble pas si désolé, une surprise est toujours possible.
Pendant que je choisis un casier, la surprise prend la forme d’un magnifique nageur. Sa combinaison ressemble à celle d’un lutteur, elle lui colle à la peau.
Sans prendre le temps de se déshabiller, il file à la douche et se place dans cette diagonale parfaite qui permet de nous regarder.
Il se déshabille au fur et à mesure que je me change, dans des regards subjectifs dont nous partageons le tempo.
Mais il faut faire vite car je vais bientôt partir. Il comprend et revient à peine rincé, tandis que je me dirige dans les toilettes pour l’attendre…

Garçons

Il y avait deux garçons très intéressants dans mon gymnase. En fait, il y en avait plus de deux, mais ces deux là se détachaient par leurs corps et beautés respectives.
L’un portrait une paire de lunettes qui lui donnait un faux air d’intellectuel, ce qui n’est pas très courant dans une salle de sport. C’était le garçon parfait pour aller au cinéma, ou encore au musée, à présenter à ses parents, qui s’intégrerait très bien dans la famille. Un très bel homme bon chic bon genre, cultivé, modeste, probablement gentil, d’une telle sagesse que sa véritable nature sauvage s’exprime au lit, soudain, lorsque toutes les barrières sont lâchées.
L’autre – son rival – est bien différent. Sa beauté est solaire, il rayonne tellement qu’il en est insolent. Il subjugue la salle lorsqu’il est présent. Les autres n’existent plus, leurs muscles se retiennent afin de ne pas déranger. Mais c’est surtout son regard qui fascine. Car on décèle la conscience de sa propre beauté dans ses yeux, la maîtrise de son pouvoir sur les autres par l’effet qu’il exerce sur eux. Car à son visage brun répond un corps musclé, dont la finesse s’étend par des jambes superbes jusqu’en bas du corps.
C’est l’amant parfait, celui des nuits enflammées, impresentable d’orgueil mais certainement pas impénétrable, celui que l’on chevauche et qui vous chevauche en retour, avec qui l’on rêve dans des nuits follement agitées de partir au bout du monde dans un coup de folie qui ranimerait le plus mort des vivants.

Surmenage

On paie toujours la jouissance,
Pas sur le moment bien sûr mais dans un après sans pitié auquel il faut s’attendre,
D’ailleurs on se dit parfois qu’on n’a pas vraiment le choix alors que pas du tout,
On a toujours le choix de ne pas jouir,
De prendre les choses calmement telles qu’elles viennent,
De ne pas se laisser démonter par ses angoisses et de réduire la vitesse,
Ralentir un peu, repasser en roue libre même si ça monte c’est parfois nécessaire.

On en a besoin mais pas forcément le courage ou la force, la jouissance quelle qu’elle soit est une fuite, une échappée vers un ailleurs que l’on souhaite meilleur,
Dans ce cas, il y a des fantasmes liés au surmenage,
des envies de grandeur, de richesse, de célébrité ou pire, les trois à la fois!

Et le problème vient d’une forme de colère qui naît en soi,
de ne pas être plus aidé dans sa quête par les autres,
mais en fait c’est heureux car ça freine un peu,
au moins ça énerve mais ça n’encourage pas.

Mais il y a cette colère, cet énervement
Qui n’est que la conséquence postérieure de la jouissance,
Et qui ne repose sur rien d’autre mais qui utilise un objet, l’autre,
Pour lui faire payer les pots qu’il n’a pas cassés.

Il y a tout cela et c’est la conséquence logique d’un week-end travailleur.

Et bien qu’étant pris dans cet engrenage,
Il faut absolument ralentir la machine, freiner, s’arrêter pour souffler un peu
Au risque d’exploser en vol telle la navette challenger
Dont la maintenance avait peut-être été défaillante
Et qui se termina en ce dramatique accident alors que son objectif était les étoiles.

N’est ce pas celui de tous?

Les sables mouvants de la déprime

Je sentais soudain une angoisse, cette envie d’en finir avec cet amour qui m’attache et m’empêche.
Je voulais rentrer, rompre immédiatement, sans explications qui ne seraient que de lâches justifications.

Rompre en quelques mots d’une violence inouïe
— je ne t’aime plus
Et le sol se déroba sous ses pieds
— nous ne sommes pas compatibles
Vague excuse exprimant un moment de faiblesse

Car le véritable problème n’était pas l’amour mais que je me sentais m’enfoncer doucement dans ces sables mouvants de la déprime dont je devais à tout prix m’extraire immédiatement, dans un effort surhumain de concentration sur cet Amour que j’aime tant.

Cet Amour doux, vulnérable, qui le fait tant de bien et qu’il faut défendre comme une lionne avec ses petits quitte à y laisser sa peau.

Un monde sans merde

Un monde sans merde!
Voila un projet fort éloigné,
Tant nous en sommes submergés.

Dans ces moments surréalistes,
Annonciateurs d’apocalypse dans lequel
L’espoir n’existe plus, le désespoir non plus,
L’Humain semble vaincu.

Coma éthylique ou mort clinique?
Conscience endormie ou définitivement morte?

Les « grands esprits » regardent ailleurs,
Leur nez plongés dans cette marée
Infinie et dégoulinante de données,
De laquelle on extraira bientôt
Une « Vérité » bien particulière
Justifiant les pires atrocités.
A cela, il nous faudra résister.

Ces grands esprits qui savent nous parasitent, ils nous empêchent,
Avec leur flot de certitude, nous cherchons à comprendre
De quoi sera fait cet Avenir si magnifique qu’ils souhaitent nous vendre.
Leur dédier du temps de cerveau disponible, voila notre erreur.

La science en nouvelle religion englobe la société et abrutit les esprits les plus vifs.
Elle nous porte dans une culture de l’instant qui nous fait oublier l’essentiel.
L’humain, les mots, la baise, l’Amour.
Rien n’est plus important.

C’est parce qu’on oublie ces Essentiels,
Ces besoins dont les bienfaits apparaissent
Lorsqu’ils sont utilisés de manière combinée
Lecture pour s’enrichir, Ecriture pour s’élever
Amour pour s’émouvoir, Baise pour se libérer.

Si le monde s’emmerde un peu plus chaque jour,
S’il nous entraîne dans cette spirale infernale,
C’est parce que nous avons perdu cette capacité de retraite,
Cette prise de distance avec le temps pour revivre cet essentiel qui nous fait défaut.

Si l’espoir le désespoir semblent perdus, rien n’est perdu pour autant.
Dans ces moments sombres, le probable devient incertain, et l’impossible probable,
Lorsque tout est noir, le sursaut devient nécessaire.
Et si ce monde sans merde n’était pas si loin?

Virus médiatique et Délire du marché

Les bourses mondiales font les montagnes russes,
Dans leur mouvement perpétuel aussi brusque qu’incompréhensible,
On alterne entre baisses et dégradations de notes,
Les nouvelles apocalyptiques se succèdent dans un cauchemard à rallonge.

Le système est-il enlisé dans la recherche du gain immédiat?
La crise est-elle financière, politique, sociale?
On ne sait même plus, pas le temps d’y penser,
Il faut survivre, avancer, « s’en sortir« ,
Par le haut si possible, par le bas c’est impensable!

Nous voici donc irradiés par un nuage médiatique,
Dans son mouvement continu il captive l’attention,
La radioactivité des mauvaises nouvelles s’étend et nous contamine,
Subrepticement, un virus – le pessimisme – colonise notre esprit,
Dans une succession d’événements qui nous dépassent.

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Je voudrais te dire …

Je voudrais te dire que je ne t’aime plus mais je te hais,
Je voudrais te dire le mal que tu me fais mais tu es sourd,
Je voudrais te dire adieu mais imperturbable tu restes muet.

Je suis face à ce mur de silence,
Qui semble bien décidé d’en finir,
Ce silence qui pue la mort.

Et ni mes cris ni mes larmes n’y pourront rien changer.

Hermétique, insensible tel un diamant poli,
Je suis exilé par ta volonté de tyran.

Ton silence me soumet.
Et personne ne m’a jamais traité comme celà.

Je ressens cette violence inouïe,
Fruit d’une impuissance contre-nature mais assumée,
Pour tenter – dans un dernier souffle – de nous sauver.

Mais pour combien de temps accepterai-je cette souffrance?
Pour un jour ou pour un an?
Tes paroles – mon oxygène – me viennent à manquer,
Et ton plaisir de sadique me fait suffoquer.

Procrastination, la Paresse Intellectuelle Tue

La «PIT», cette nouvelle donnée économique,
Ou plutôt anti-culturelle à souhait,
Tant la Paresse Intellectuelle, Tue.

Peut-être – comme moi – vous empêche-t’elle de créer?

On l’appelle procrastination,
Virus du 21ème siècle,
Certes fort mal nommée,
Mais connaît-on une maladie au joli nom?

Alors on procrastine, on esquive, on papillonne,
Appelez celà comme vous voulez,
Mais si vous ne trouvez pas d’écrit pendant deux jours,
Vous imaginerez bien quelle mouche m’aura encore piqué!

Ne Rien Faire

Alors devant la débauche d’activités pour esquiver,
Ou l’effort pour rentrer dans la plus complète inactivité,
Et l’épuisement créé par la culpabilité ainsi générée,

Peut-être devrait-on s’y mettre pour de vrai,
ni devoirs ni obligations,
Mais à toutes ces choses dont on a envie et ne fait jamais.

Et lorsque vient enfin le moment où l’on pourrait,
On préfère s’abandonner ou s’exciter à tout sauf au plaisir.
Vous conviendrez de la grandeur de ce n’importe quoi!

Alors, on s’y remet?
A moins bien sûr que vous ayez encore autre chose à faire…

Rien

Certaines périodes sont vides,
Ou sont-elles trop denses
Pour en dire quelque chose?

L’intensité assèche,
L’objectif absorbe l’être.
A chacun son fonctionnement,
Qui vous prend
Qui vous absorbe
Qui vous malaxe.

C’est un prédateur,
Il vous prend dans sa mâchoire
Il ne vous lâche pas
Il vous broie.

Vous voici dans ce sable mouvant
Où s’agiter c’est couler!

Il faut ralentir inspirer expirer
Ralentir encore lire écrire
Ralentir toujours regarder observer
Ralentir enfin, trouver ce rythme grec
Ce truc qui n’existe que là-bas
Et que ces fous veulent supprimer.

Oui parce que vous comprenez, les dettes et bla bla bla
Mais la culture et pas bla bla bla?
Et la cuisine le temps de vivre la respiration méditerranéenne toujours pas bla bla bla?
Ah non non non, productivité ressources humaines produit à l’intérieur de brutes et bla bla bla!

Madame mademoiselle monsieur
Tout ceci n’est qu’immense vulgarité.

On nous vend la faillite d’un paradis sur terre
On s’approprie notre temps.

J’ose, un conseil stendhalien
Surtout se foutre Complètement de Tout!
Certains ont connu le bonheur dans des périodes pires que la nôtre.

Alors pourquoi pas nous?

Au cinéma

Au cinéma devant le grand écran blanc, grand silence apaisant avant le feu d’artifice, le film. Et puis les gens rentrent, peu a peu le silence disparaît, les bande annonce pétaradantes le remplace, place au film!
Manuale di amore, film décevant avec pourtant tous les ingrédients, les acteurs, l’histoire, l’amour, l’italie surtout, un jeune cupidon qui tire 3 flèches sur des hommes dont l’âge diffère.
Des histoires d’adultère, des coups de foudre, la peur de l’impossible.
Pourtant, il manque quelque chose, les acteurs n’y croient pas, seul de niro, retraité, convainc.

Barcelone change, l’été se termine, l’automne s’annonce, les feuilles tombent déjà, le climat, encore une fois double dérègle, comme le temps, en avance.