Ici, là

Nous étions là, en train de siroter tranquillement une menthe à l’eau à l’ombre tandis que le soleil fessait les joues de nos voisins alcoolisés à la recherche d’un bronzage accéléré.
Nous discutions tranquillement de ces paradoxes de début de siècle, de ce mélange de chaos interconnecté dont nous arrivions parfois à nous protéger en s’éloignant de médias apocalyptiques et d’incessantes interruptions électroniques.
Nous prenions du plaisir dans une conversation aussi tranquille que réfléchie, dans un monde qui ne laisse plus de place qu’à la réaction où le cerveau humain semblait remplacé par le moteur à explosion d’un avion.
Une boîte crânienne en décomposition pour cause d’harcèlement électronique dont nous étions incapables de décrocher, une drogue dure à base d’adrénaline pure entretenue par de faux suspense quotidien à base de séries, films d’horreur et autres annonces apocalyptiques.
Et pourtant, parfois, l’Amour – oui l’Amour avec un grand A – était encore possible. Même avec le lavage de cerveau d’une société détruisant à son insu les individus qui la composait. L’Amour faisait de la résistance alors que le don d’une partie de soi n’était plus franchement à la mode. L’Amour résistait héroïquement à l’assaut. Il tenait des jours, des semaines voire des années, cerné par un étau qui imposait le plaisir en priorité, l’infidélité en modèle préconisé par ces inconformistes éclairés dont l’esprit était en fait resté bloqué au dix neuvième siècle.
Il fallait être têtu et pourtant parfois on finissait par céder dans un moment de faiblesse. Et l’ombre du plaisir Roi s’abattait sur nous tel un orage qui semblait ne jamais cesser. Nous étions fait comme des rats, mais, dans des moments de hauteur vertigineuse, on riait de ce piège à cons redoutable qui bientôt nous reprendrait.

Le sourire

Je t’attends près d’un lampadaire, il pleut quelques gouttes sur une Barcelone grise,
Je regarde autour de moi, respire une odeur de cigarette.
Tu n’es pas encore arrivé, tu es en retard, je ne devrais pas me sentir nerveux -je t’ai vu la semaine dernière pourtant, ou était-ce il y a deux semaines? Le temps passe si vite … – même si les circonstances étaient … Particulières!
J’ai mis une chemise aujourd’hui. En ce moment je mets beaucoup de chemises, il s’agit de passer un cap

Un cap, un pic, une péninsule comme dirait l’autre

Je ne suis pas sûr d’avoir très envie de te revoir en fait, je sens que cette rencontre va être différente, la tension s’est apaisée entre nous,
Or c’était la tension qui nous opposait, pourquoi une telle tension s’était crée entre nous, je ne comprends pas,
Désir d’opposition peut-être? Pourquoi dans l’Amour, il y a toujours une opposition comme dans ce film dont j’ai oublié le titre …
« The deep blue Sea », histoire d’une passion entre deux personnes qui n’ont rien à faire ensemble,
Film pendant lequel j’ai dû soupirer une bonne centaine de fois …
Mais qui a dit qu’il faut avoir des points communs ou être d’accord pour s’Aimer profondément?
Au XIXème siècle, il fallait être un bon parti. Au XXIème il faut partager les mêmes valeurs.
Vastes conneries, méconnaissance généralisée de l’Amour.

Tu n’arrives toujours pas, cinq minutes de retard c’est absolument scandaleux même si en Espagne c’est au moins dix minutes d’avance …
Absolument scandaleux et donc tout à fait normal. Je stresse, donc je respire profondément.
La chemise à carreaux est très importante, j’ai bien fait de la mettre.
C’est toi qui me l’avait acheté d’ailleurs … Je ne m’en étais pas rendu compte en la mettant …
J’ai même fait exprès de ne pas mettre ton pull qui me va bien, juste pour ne pas le porter, Ton Pull, et voici que je porte la chemise que tu m’as offerte …
J’ai pourtant pris la première qui venait, enfin c’était la plus belle, celle qui m’a attiré l’oeil,
Jolis carreaux bleus et roses, c’est Forcément parce que c’était la plus belle chemise que je l’ai choisie, et pour aucun autre raison …
C’est toujours quand on essaie de démontrer le contraire de ce que l’on ressent que l’inconscient fait tout foirer …
Comme pour dire « Hé Oh, je ne suis pas dupe, ne le sois pas ton plus! »

J’ai l’impression qu’il pleut beaucoup mais c’est juste pour être en colère,
J’ai très envie d’une cigarette pour paraître occupé,
Prendre cet air détaché qui sied si bien à la situation
– Tu penses à quoi?
– Non non, à rien …
Plante verte, palmier, cactus au Sahara …

Tu arrives enfin, je ne t’ai pas vu arriver, tu es soudain face à moi.
Et puis il y a ce sourire qui s’imprime sur ton visage, un sourire qui semble incontrôlable et m’envahit aussi,
Je ne peux pas m’empêcher de sourire, ça sort de l’intérieur, ça fait du bien alors …
Je continue de sourire et j’ai très envie de te prendre dans mes bras …
Même si plus rien n’est possible entre nous, même si tout est brisé à tout jamais,
Nous nous aimons encore, et pour toujours probablement,
Il va falloir s’y habituer, encore un, l’admettre, refuser le deuil, laisser l’Amour respirer.

Alors qu’on aurait pu se tomber dans les bras, se faire du bien,
Mais non, il y a la peur que « ça recommence »,

Relation, Vie en commun, entre Chiens et Chats,

Incompréhensions, Engueulades permanentes,

Demandes d’Amour ignorées, souffrances …

As-tu perçu mon trouble?
Très vite -trop vite d’ailleurs- il faut reprendre le contrôle, garder la face, sortir le revolver du tiroir,
Retrouver cette petite raideur telle une marque de fabrique.
Le cessez-le-feu s’efface, la conversation sans intérêt reprend, et le duel aussi.
Je te trouve beau, plus que la semaine dernière où j’étais ailleurs …
Tu parles beaucoup comme d’habitude, je parle un peu, tu m’énerves déjà …
Je n’hésite pas à te couper la parole car c’est la seule manière d’en placer une.

Tu me parles de ce garçon que tu as rencontré,
Et avec qui tu sors depuis un mois et -comme c’est étrange- qui porte le même prénom.
Il vit en Irlande, il ne pouvait pas vivre à Barcelone, bien sûr, tu n’es pas prêt pour une relation…
Ah oui, vous avez beaucoup en commun, tant mieux…
Et en plus vous aimez la même musique et avez le même sens de l’humour!
Reproches cachés, c’est parfait, oui je suis content pour toi, je m’en fous en fait,
Je suis même soulagé que tu ne sois pas disponible,
Au moins une assurance de plus pour que « ca » ne reprenne pas …
Tu me testes … Soit …
Plante verte, palmier, cactus au Sahara … J’écoute calmemement …

Bien que n’étant Absolument Pas jaloux, c’est à dire en l’étant forcément, je réplique par un coup bas!
Tu veux la guerre, tu l’auras, il ne fallait pas me provoquer en me parlant en long en large et en travers de lui!
A trop agiter le drapeau, le taureau se réveille souffle, se prépare,
L’opposition reprend, la machine infernale est en marche, me parler de ce garçon pendant 30 minutes c’est trop,
Je dois dire quelque chose, parler un peu de ce que je vis aussi …
Ne pouvait-on pas parler d’autres choses? N’avait-on pas des choses plus importantes à se dire?

Je dégaine, après 30 minutes de silence, ce n’était pas prémédité, ça sort tout seul …
– J’ai pris le numéro de téléphone de ce garçon, celui de ma salle de sport …

… Qui M’attirait Déjà Quand Nous Étions Ensemble.

(Précision totalement inutile)
Tu te souviens?
(M’as-tu bien compris?)

– … Oui mais s’il t’a donné son numéro de téléphone alors qu’il est en couple, il n’est probablement pas très sérieux …
Désir de me voir célibataire …

Je ne veux pas que tu sois seul, ce serait dommage, tu es un mec bien

(Mail de rupture, je n’en crois pas un mot)

Un garçon pas très sérieux donc …
C’est parfait, c’est exactement ce qu’il me faut, un peu d’air et de silence Por Dios!

Les sables mouvants de la déprime

Je sentais soudain une angoisse, cette envie d’en finir avec cet amour qui m’attache et m’empêche.
Je voulais rentrer, rompre immédiatement, sans explications qui ne seraient que de lâches justifications.

Rompre en quelques mots d’une violence inouïe
— je ne t’aime plus
Et le sol se déroba sous ses pieds
— nous ne sommes pas compatibles
Vague excuse exprimant un moment de faiblesse

Car le véritable problème n’était pas l’amour mais que je me sentais m’enfoncer doucement dans ces sables mouvants de la déprime dont je devais à tout prix m’extraire immédiatement, dans un effort surhumain de concentration sur cet Amour que j’aime tant.

Cet Amour doux, vulnérable, qui le fait tant de bien et qu’il faut défendre comme une lionne avec ses petits quitte à y laisser sa peau.

Ô toi mon «Ami»

Comment oses-tu?
Comment peux-tu me traiter ainsi?
C’est ton Amour que tu traînes dans la boue!

Certains diront «ce n’est Rien».
D’autres parleront d’Oubli.

Mais je connais ta souffrance,
Et je bouillonne face à tes tortures.

Tu es le marquis de Sade,

Et donc je te hais.

Être ami, c’est accepter de ne pas jouer les premiers rôles,
Et pas tout le monde en est capable.

Mon Cher Jean

Je t’écris au crépuscule de ma plus grande histoire d’Amour,
Alors que malgré un ciel bleu mistral,
Je sens s’abattre sur mes épaules
Des ténèbres qui semble ne jamais devoir prendre fin.

Il me quitte, nous nous quittons, peu importe qui quitte qui.
Mais je sens en moi cette implacable machination sur le point de s’accomplir,
Malgré tous mes efforts, toutes mes luttes,
Je n’ai pu résister à mes envies de Liberté.

Quelles sont-elles? En quoi remettent-elles en cause ce couple?
Des envies de sortir Seul, de rencontrer des gens Seul, de m’amuser Seul.
Pourquoi Seul et pas en couple? Je ne sais pas …
Je l’ai pourtant aimé comme jamais je n’avais aimé.

Jamais ne me suis-je complètement donné,
Jamais je ne le laissai entrer,
Comme si mon je ne sais quoi lui résistais,
Pour rétablir une distance sans laquelle je sentai le danger.

Bien sûr, des regrets …
Comme cette impression de ne pas avoir assez essayé,
De ne pas être plus rond, plus parfait,
De ne pas avoir su maintenir l’Altitude du Bonheur que nous atteignions parfois.

Des angoisses aussi, ou serait-ce de morbides envies?
La crainte de retomber dans ce vice si mal oublié,
De mourir d’insalubrité sentimentale et d’ennui,
Cette maladie qui me guette et m’attend dans un recoin de la Nuit.

 

Beginners – Le courage de Se Vivre

Ce film respire la profondeur, les émotions, il évoque subtilement l’homosexualité, les relations familiales, l’Amour …

Hal – Christopher Plummer – perd sa femme, il a 75 ans. Quelques mois plus tard, il annonce son homosexualité à son fils Oliver – Ewan McGregor. Il ne l’a vécu que dans les chiottes de l’Amérique des années 50 et souhaite donc l’expérimenter pendant le temps qu’il lui reste à vivre après la découverte de son cancer.

C’est un film d’espoir. Les trésors de courage déployés par cet homme de 75 ans sont admirables, encourageants, libérateurs.

Son fils Olivier est notre guide. Il l’accompagne dans ce sprint de vie et narre dans des séquences alternées son enfance ainsi que la reconstruction qui suit, cet Après-Lui.

L’ombre du père est masquée par l’omniprésence de sa mère. Sa souffrance de ne pas être désirée par un mari froid et affairé apparaît sous forme de séquences récurrentes, l’insatisfaction d’un lointain baiser. Bien qu’il ait désiré se couler dans ce moule hétérosexuel, il a échoué. Une lâcheté scandaleusement tranquille.

Mais c’est dans son sursaut – tardif mais croissant – que réside l’Espoir. Cette volonté de Se Vivre et pas Vivre Pour  – les autres, la société –  le libère d’une pesanteur qui l’empêchait de se laisser aller. Il vit, il Aime,  il partage des moments profonds, heureux, authentiques avec son amant, son fils, ses amis. Il accepte l’imperfection de sa relation et c’est ce qui lui permet de la vivre pleinement. Il renvoie son fils à sa solitude lorsqu’il critique la polygamie de son couple « Tu es bien seul pour donner des conseils matrimoniaux ». Une critique de la recherche du partenaire parfait, ou de la relation parfaite. « Il vaut mieux une girafe que de passer sa vie à désirer un lion ». Aimer – comme Ecrire – est une activité à pratiquer tous les jours …

Dans sa reconstruction après la mort de son père, Oliver tente d’extraire sa tristesse par le dessin, il échoue. Invité à une fête déguisée, le voici en Freud qui « couche » sur le divan les invités. Et il fait la rencontre de celle qui lui renvoie sa propre tristesse. Il tente alors de vivre une vraie relation qui se termine comme ses trois relations précédentes. Comme le dit Andy, le chien de son père « C’était perdu d’avance. Et bien avant de la connaître … ». Oliver se retient, comme s’il reproduisait la distance entre ses parents, il ne parvient pas à maintenir le couple, il censure son bonheur …

Allez donc voir la suite!

Histoires de Couple – 1

Le code a changé conte des tranches de vie,

Histoires de couples forcément passionnantes,

Hasards qui font et défont,

Amours à vif ou édulcoré.

Le code a changé conte ces moments de désespérance,

Montagnes russes de l’Amour,

Soudaine Rupture, Réconciliation inespérée,

Pile ou Face, la pièce retombe sans raison apparente,

Attirée par une force abstraite nommée Amour.

Un couple vit-il toujours ces doutes?